V. vol. I, p
4. C'est bien là le cas également pour plusieurs épîtres contenues dans le recueil des poésies, et pour les lettres en prose, dont les poésies, n'ayant été composées ou du moins envoyées que comme annexes, ne nous ont pas été conservées.
['^0.] ÉPIGRAMiMES, POKSIK KPISTOLAIHK .37
assurément) (1), sans oublier les services assidus du sénéchal et de l'échanson. Dans une autre; é[)Ure, le poète pri(i le roi de le protéger contre les critiques malveillantes. Mais la plus importante est en môme temps la plus lon<'Uf;- foruu'ic de quarante-trois distiques (c. 232), elle est adressée à Charles, pendant son expédition à Rome, en l'an 800; le poète Ta écrite avec le pressentiment du grand événement qui allait avoir lieu, c'est-à-dire du rétablissement de l'empire d'Occident par Charlemagne. Il lui donne bien encore le nom de roi, uiais il parle de sa domination, comme étant déjà universelle (2). Alcuin lui recommande de rendre la paix à Rome, la capitale du monde, et de réparer les pertes du monde. En qualité de recteur de l'Ég-lise, Rector Ecdesiae, il doit surtout abolir la simonie.
Moins intéressantes, au contraire, sont les lettres adressées au pape Léon ; elles ne contiennent que des consolations ou des souhaits. Parmi ces poèmes, il y en a qui sont adressés à des membres de la famille de Charles, comme aussi à des amis et élèves de l'auteur, tels que Angilbert, Arno, Candidus (à l'occasion de son voyage à Rome), Paulin d'Aquilée, Benoît d'Aniane ; quelques-uns même sont envoyés à des personnes étrangères. Parmi eux, il y a un poème badm et aux expressions énigmatiques : Alcuin l'adresse à Béonrad, auquel il donne familièrement le nom de Samuel (3).
Nous avons encore à faire remarquer d'une manière toute particulière deux épîtres. L'une est écrite d'Angleterre, où Alcuin était retourné : elle est adressée à ses amis du continent, principalement à ceux qui étaient dans les provinces rhénanes, où se trouvait la cour à cette époque. Le poète y décrit la route que prendra cette épître et y énumère les salutations propres et les commissions particulières à chacun de ses amis : c'est un
1. On est en droit de soupçonner que c'est elle, si on considère Tépigramme c. 256(v. 5.)
2. «Taliacompescat tua, Rex! veneranda potestas ; Äedorcm regni te Dens Inslituit. » Uegni ne saurait être pris ici que dans le sens d'empire universel. Voir également les vers qui suivent immédiatement.
3. V., dans Hagen, Carmina mcdiiaevi, Berne, 1877, u" 77, p. 128.
38 ALcuiN [30-31.]
poème humoristique, assaisonné de satire et de bonhomie (1). L'autre (c. 260) est adressée aux u frères » d'York, ses anciens disciples. Elle débute par une description du printemps, à la suite de laquelle Alcuin provoque ses amis à saisir « la lyre de Virgile » pour chanter des chants spirituels et honorer ainsi leur ancien maître, qui fait actuellement l'éducation du roi Charles. On y trouve aussi une exhortation aux jeunes gens : l'auteur leur recommande de se livrer à l'étude, afin de se mettre ainsi en garde contre Bacchus et^e l'enfant la Crète. A cette dernière épitre semble se rattacher une élégie d'un caractère à demi-bucolique, qui fut apparemment expédiée au destinataire, à la suite d'une lettre en prose (2) : c'est le Carmen 211, De Cuculo. Dans ce poème, Alcuin exhorte, sur un ton de plaisanterie, un de ses anciens élèves, Daphnis (le destinataire de la lettre 239), ainsi que Ménalque, sénéchal de la cour, à joindre leurs voix à la sienne pour plaindre le coucou, un jeune chantre qui n'a été que peu de temps l'élève d' Alcuin, et qui, éloigné de lui maintenant, menace de se perdre dans les ondes de Bacchus. Le printemps est revenu, le coucou doit se réveiller de son sommeil et revenir, lui aussi, pour joindre sa voix à la leur, afin qu'ils pleurent tous ensemble ses propres malheurs ! Ce jeune et trop joyeux poète du cercle d'Alcuin s'appelait Dodo (3). Une autre élégie (c. 263), qui accuse une tendance semblable et qui a les couleurs d'une bucolique, est adressée également à un ancien élève d'Alcuin; devenu un savant distingué et un poète remarquable, voilà que sa langue se tait maintenant et semble endormie, comme lui-même, par Bacchus. Il s'est perdu au milieu des délices de la vie de la cour et y a oublié
1. 0pp. II, p. 449. Poefae latini, I, p. 220. Ce poème offre plus d'un côté intéressant, même au point de vue de l'histoire de la civilisation.
2. C'est la lettre d'Alcuin adressée à Dodo (Ep. 286); cette lettre explique, en effet, des détails du poème qui, sans elle, resteraient incompréhensibles. Tel est le deuxième vers, par exemple : <( Quem subito rapuit saeva noverca suis. » Celte marâtre ne devient intelligible que par la phrase suivante du début de la lettre : u Immitiorque noverca tamtenerum de paterno gremio per Jibidinum vortices caro rapuit.:» Cette lettre contient, au reste, une admonestation sérieuse d'Alcuin.
3. V. àson sujet Sickel, Alcuinstudien, I, op. c, p. 525 sq. et cf. plus loin la remarque sur le poème : « Gonflictus veris ethiemis. )>
[31-32.] POl'^SlKS DIVLIHSKS .'{9
Albinus, comm(3 il s'y est oublié lui-mèni«'. Dans ce poiMiio, Alcuiii l'appelle Corydon; c'est apparoiTimont le m(*'me qui a composé des églogues, et dont nous parlons plus loin sous le nom de Naso (1).
Parmi les écrits poétiques d'Alcuin, nous trouvons encore un poème, au mètre élégiaque, sur le rossignol (c. 276); cet oiseau, qui loue le Créateur de sa voix mélodieuse, doit servir d'exemple aux hommes.
Alcuin s'est aussi essayé dans d'autres genres et dans d'autres formes de poésie, quoique cependant il ne nous soit parvenu que peu de poèmes de ces essais. C'est là le cas de la poésie lyrique, genre qu'on serait tenté de croire qu'il a cultivé avec une prédilection toute particulière; c'est bien à elle, en effet, qu'il doit son nom académique, et nous savons de plus que ses vers étaient chantés à la cour, avec accompagnement de musique (2). Il ne nous reste de lui toutefois qu'une ode spirituelle au mètre saphiqne (c. 1), une prière du soir, et uu poème, plein d'élégance, en vers adoniques (c. o64). Relevons de plus deux acrostiches qui représentent en môme temps des images et par où Alcuin se rapproche encore de Fortunat (3); l'un se rapporte à la croix de Jésus-Christ, ce qui est digne de remarque, ainsi que nous le verrons, par rapport à Raban, élève d'Alcuin; l'autre roule sur Charlemagne, qui, en qualité d'empereur, prend ici le nom de Flavius Anicius Carlus (4).
Il nous est également parvenu de l'auteur quelques énigmes en hexamètres, principalement des logogriphes (c. 273 sq.), ainsi qu'une fable intitulée la Poule et le Loup, avec une interprétation chrétienne (c. 278).
Il nous reste encore à considérer, parmi les ouvrages d'Alcuin, une partie spéciale^ aussi importante que pleine d'attrait; en elle-même et d'après la tendance de la composition, ce n'est point un produit littéraire, aussi n'est-ce qu'ici
1. V. ma dissertation : Naso, Angilbert, etc. ..in der Zcilschr. f. deutsch. Alterth, N. F. X, p. 329.