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des vices. AfÎQ de nous garantir contre elle et les siens, nous ne devons rien rechercher au delà de ce qu'exige la inécessité, mais donner tout le reste aux pauvres et amasser ainsi un trésor pour le ciel. Car la fin du monde n'est plus guère éloignée : et pourtant, on cultive peu la prédication; Ton s'y rend avec peu d'empressement (v. 880 sq.). A la fin du premier livre, le poète revient à la sobriété : elle possède la vertu de vaincre le démon, tout comme la salive d'un homme sobre a celle de faire disparaître le venin du serpent.
De même que l'auteur, dans le livre que nous venons d'étudier, a emprunté à l'Ancien Testament les types de la vertu qu'il glorifie, ainsi les empruntera-t-il maintenant au Nouveau Testament pour le deuxième livre. Il débute par Téloge de la vierge Marie, d'autant plus que la sobriété s'allie en elle à la chasteté (v. v. 86). Marie, à qui le poète donne ici les épithètes les plus variées du règne végétal et du règne minéral (1), surpassait Abraham par la foi et Daniel par le courage. Vient ensuite Anne la veuve, pudique comme une colombe, qui fut honorée précisément pour cela du don de prophétie. Après elle, c'est le tour de saint Jean-Baptiste : le poète consacre un long chapitre (v. 117, sq.) à sa passion, pour la peinture de laquelle (2) il fait usage de toutes les couleurs de sa palette (3). Jésus-Christ lui-même, en triomphant du Tentateur, nous a montré le vrai chemin; avec sa grâce, nous pouvons le vaincre également. Le poète nous met ensuite en garde contre la
1 Cedrus, cypressus, platanus, nux, myrtus, oliva,
Myrra, storax, calamus, Ihus, balsama, cassia, nardus, Onyx, cristallus, prasius, berillus, iaspis. V. 9 sq.
Plus lard (v. 44), il l'appelle encore : « Margarita micans praecellens unio fremmas. »
2. Dans la description du festin luxurieux d'Hérode, il est parlé des différents instruments de musique, v. 161 :
Ebrietas, luxus, peLulantia, lusus inanis, Harpa, iirae, cilharae. psalteria, fistula, musae, Cimbala, sambucae, simphonia, timpana, sistra. Organicumque melos aptabat filia mortis, Vipera vipereo saltatrix germine creta.
Sibilat ut serpens, utregulus ore volucrem Sorbeat, ad caput haec tendit fera bestia vatis, etc.
3. Ici se rattache une violente diatribe contre l'amour des femmes.
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gourmandise et notamment contre rivrognerie, dont il dr-pcinl les suites dans un tableau vivant et eiïrayant mrnie au point d'amener le dégoût (v. :n5 sq.). La sobr'uHé, au contraire, nous accompagne au paradis; c'est elle que nousdcvims prendre pour maîtresse, car elle est la maîtresse des vertus cardinales elles-mêmes : c'est elle qui emp^'cbe les autres trois de faire un écart quelconque, la prudence de devenir sectaire, la justice de dégénérer en sévérité, la bravoure en cruauté (v. 441 sq.). Le Christ donna lui-même l'exemple de la tempérance, lorsqu'il prouva sa nature humaine. En nous réconciliant avec le Père, il est notre u Paix » (1). Nous ne devons demander que du pain, du poisson, un œuf: le premier signifie la charité; le deuxième, la foi; le troisième, l'espérance.
Le poète s'adresse ensuite à ceux qui sont tombés et les convie à se relever par le repentir et par la confession (v. ö52sq.) en rappelant Texemplc de saint Pierre, et en traitant avec détails la parabole de l'Enfant prodigue. Vient après et sans transition, l'éloge de la pudeur ou plutôt de la virginité, dont Marie est le type. Malheureusement, la virginité s'est enfuie au ciel, et « n'a laissé sur la terre que de rares traces de son culte. » Le vice, on le nomme nature, et un acte d'adultère éhonté reçoit des rires approbateurs ! Et cette faute atteint aussi les veuves et les religieuses; des prêtres eux-mêmes salissent leur étole (2). Celui qui veut être un diamant, doit se garer du sang de bouc, de la volupté qui le brise (v. 788). Les prêtres doivent avoir la pureté éclatante des ornements qu'ils portent à l'autel; sans cela l'hypocrisie ne les rend que plus coupables. Toutefois ce reproche, ou ce soupçon, ne s'adresse pas à tous : les bons reçoivent les éloges et les avertissements du poète. Celui-ci rentre ensuite en lui-même (v. 906 sq.), pour déplorer ses propres faiblesse qu'il exagère apparemment,
1. Fax, dont les trois lettres désignent la sainte Trinité : « P patrem^ A genitum, quod Graecus nominal Alfa, X duplex, ab utroque venit quia Spiritus almus. »V. 514 sq.)
2. Vixque sacerdotes jam corde carere secundos Flere decet, sed scire pudet qui crimine stolas Non vitant maculare suas ; reverentia celsi Digna ministerii tenet hos non ulla, nec ipsa
Pollutis manibus sacranda ofTerre récusant. V. 770 sq.
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celui qui prêche aux autres, doit agir d'après les leçons qu'il donne. Sa muse l'a convié à répandre ces plaintes, afin de prévenir ainsi Féternité, par son repentir. Qui le protégera de l'enfer? Ce n'est que par la confiance qu'il a en sa foi qu'il ^i espère être sauvé par la grâce de Dieu. Dans un épilogue, le H poète enfin remercie Dieu, dont il exalte la magnificence, de " lui avoir permis de mener son ouvrage abonne fin.
Ce volumineux poème, auquel maints détails isolés et inté- H ressauts pour l'histoire de la civilisation donnent de l'attrait, ]|j nous témoigne bien en même temps de l'érudilion théologique de Milon, laquelle était considérable pour cette époque, comme aussi notamment de sagrande connaissance de laBible. La langue et la versification, quelque peu de cas que le poète prétende avoir fait de la quantité (1), révèlent un disciple intelligent des Anciens, qui s'entend aussi, à l'occasion, à faire parade de ses connaissances de la mythologie antique (2).
Un pendant très intéressant à cette Vie de saint Milon est une autre Vie composée par un de ses contemporains, plus jeune que lui et son compatriote; et cette dernière n'obtint pas moins de sufi'rages. Son auteur comptait, lui aussi, parmi les savants les plus remarquables de cette époque. C'est la vie de saint Germain, par Heiric d'Auxerre (3), moine du couvent dédié au saint dans cette ville même; saint Germain était, lui
i. En disant, dans l'épilogue, v. 1034:
Posthabui leges ferulas et munia metri :
Non puto grande scelus si syllaba longa brevisque
Altera in alterius dubia statione locetur ;
Quodsi, ut credo, nequid carmen jam jure vocari,
Sit satis huic saltem censeri nomine rlthml. La fin du passage est digne de remarque. Que le jeu de l'allitération ne soit pas absent non plus de ce poème, il est facile de se l'imaginer, quoique l'exagération en soit moins fiéquente : un exemple, dans lequel elle semble être au service de la mémoire, est au 1. I, v. 979 :
Virtus viva valet vitiorum vincere virus.
2. Par exemple, 1. I, v. 831 sq., où sont nommées, entre autres, les Harpies et les Furies.
3. Acta SanctorumJulu, tom. VII, p. 221 sq.; — Kaulich, Geschichte der scholast, Philosophie, vol. I, Prague, 1863; — Prantl, Geschichte der Logik, vol. II, pages 41 sq.; — Sickel, Lettre sur unmss. de Melk, venu de Saint- Germain d'Auxerre, dans la Bibliothèque de l'École des Chartes, Sér. V, vol. III: — Diimmler, N. A., p. 528 sq.
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aussi, im Auxerrois. Hoirie (Hail né, on 8U,à llerv, jhvs d'Auxerre; déjà, à l'âge de huit ans, il avait re(ju la tonsmv et il fut ordonné sous-diacre en 8^)9 (1). Génie précoce a[)paremment, comme Walahfrid, Hoirie n'était pas redevable au cloître seul de son éducation; bien plus, dans un poème à llildebold(2), évoque d'Auxerre, il dit qno les maîtres do sa jounesse furent Loup et Haimon : le premier lui enseigna los lettres profanes, le second la théologie, ot chacun d'oux, ajouto-t-il, était célèbre dans sa spécialité. Le premier est assurément l'abbé bien connu de Ferneres, dont nous avons déjà parlé; mais, par contre, je ne saurais dire qui pouvait bien être l'autre ; il n'est pas impossible qu'il appartînt ogaloment au monastère de Ferrières (c'est même ce qui est le plus vraisemblable), ou bien encore à la ville d'Auxerre ellomême (3). En offrant ce poème à son évêque, il lui offrit en même temps un fruit de son application au travail, un recueil de passages choisis de Yalère-Maxime, Suétone, Solin, Julien de Tolède, saint Jérôme, saint Augustin, Bède, etc., passages que ses maîtres lui avaient communiqués dans leurs leçons. D'après une tradition, peu certaine il est vrai, du xe siècle (4), Hoirie aurait aussi été l'élève de l'Irlandais Elias, évoque d'Angoulême, lequel, toujours d'après cette tradition, aurait eu lui-même Erigène pour maître. Cette tradition n'est point invraisemblable en tant qu'Hoirie se montre effectivement très versé dans la philosophie de Jean Scot; bien plus, des gloses que nous possédons encore de lui et qui commentent d'anciens ouvrages philosophiques, notamment les Catégories