V. plus haut p
4. Rudolfus Fuldensis coenobii presbyter et monachus, qui apud totius pêne Germaniae partes doctor egregius et insignis floruithistoriographus et poeta, atque omnium artium nobilissimus auctor habebatur. Monum. Germ. histor. Script. I, p. 378.
5. Par exemple Dümmer, Gesch. d. oatfrank. Reichs, vol. 1, p. 877.
6. D'après cela, on peut déjà déterminer à peu près l'époque de sa composition: mais nous trouvons encore une date plus précise dans le silence de Rudolf relativement à la translation des restes de Lioba sur le Pétersberg (c. 23) translation faite en 838 sur l'ordre de Raban. Il en parle, par contre, dans ce qu'on est convenu d'appeler « Vila Rabani, » c. 47.
P^^-] VITA LloHAi: ;{(j;;
sur la Tauber (1). Elle; faisait partie de ces innnies savaiilcs anglo-saxonnes, que saint Honiface avait fait venir en Allemagne pour appuyer son ministère de missionnaire, eu les plaçant à la tête des monasti^res ; Lioba était eu outre une de ses parentes, et, ainsi que le prouve déjà la correspondance échangée entre les deux et qui nous a été conservée (2), elle garda avec lui les meilleures relations. KUe avait pris le voile dans le monastère de Winbrunn, en Angleterre, où l'excellente abbessc Tctta était alors supérieure. C'est à elle aussi, en sa qualité d'institutrice de Lioba, que Rudolf croit devoir consacrer ses premiers détails. 11 nous dit ensuite comment Lioba, déjà vouée, à sa naissance, au service de l'Eglise, sut gagner au couvent, encore toute jeune fille, l'amour de ses supérieures par son application à l'étude et par sa vie réglée. C'est donc ainsi qu'elle était toute préparée à remplir, comme abbesse, les vœux de saint Boniface. Effectivement, son monastère devint une pépinière de maîtresses (inufjhtrae) pour les autres maisons d'Allemagne (c. 11). Sa réputation de savante, ses vertus et ses manières affables ne cessaient pas d'aniener à son monastère les filles de la noblesse et même les matrones qui voulaient se retirer de la vie du monde. Avec cela, elle aimait à rester en correspondance avec le monde extérieur : c'est ainsi qu'elle visita souvent le couvent de Fulda et la cour de Charlemagne; elle était intimement liée avec Hildegarde^ épouse de l'empereur. Parvenue à un âge avancé, elle se retira dans un monastère près de Mayence, où elle mourut (vraisemblablement en 779), après avoir encore fait une nouvelle visite à la reine. Elle fut enterrée à Fulda, non dans le même tombeau que saint Boniface, comme il l'avait désiré, mais bien à côté de lui. Plus tard, ses restes furent transférés dans la nouvelle église, et ensuite sur le
Pétersberg.
Dès le début du livre, Rudolf cite les sources auxquelles il a puisé : ce sont, outre la tradition orale, des notes d' u hommes
1. ViUi 8. Uohac ,A'ù.x\^ iMabillon:Ad«85. ord.Bened. mec //i, pars 2, p. 221 sq. ; — ReLtberg, Kirchengcschichtr Deutschlands II, p. 336 sq.
2. WEpp. Bonif'.2o, 91, 93, 97,(lontIa première est de la nuiiii de Lioba. dans les Momim. Mogunlina de Jaf^'c, Berlin, 1856.
366 lUDOLF [334.'
vénérables », (11111 uiûiiie Mago iiütaiiinieiiL ; elles reposenl elles-mêmes sur les communications de quatre élèves de la sainte. Ce qui doit répondre de la vérité de ces rapports, c'est, comme le pense Rudolf, non seulement l'honorabilité des personnes dont ils émanent, mais encore les miracles, « qui se produisent fréquemment auprès des reliques de la sainte ». Rien ne saurait mieux montrer combien Rudolf croyait fermement à ces miracles et quelle importance il leur accordait. Voilà aussi pourquoi il fait un récit détaillé et plein de vie non seulement de tous les miracles que Lioba opéra soit pendant sa vie, soit après sa mort-, miracles dont plusieurs s expliquent très facilement dune manière naturelle^ mais de ceux mêmes que fit Tetta, la maîtresse de Lioba (1).
En procédant ainsi, Rudolf agissait complètement dans le sens de son maître Raban et il se préparait par conséquent, d'une manière toute spéciale, à composer un ouvrage dans b'quel il se proposait de décrire les vertus et les miracles opérés récemment par les reliques, qui avaient été, sous Raban, transférées dans' les dépendances de Fulda (2). (k't ouvrage, c'est la prétendue vie de Raban, Vita Rabani (3). L'auteur dit brièvement, au début, comment l'importation des reliques, de Rome en France, prit son essor à l'époque de Louis le Débonnaire, et, à cette occasion, il parle des reliques ([u'Eginhard avait fait venir de Rome; il passe ensuite au monastère de Fulda et à son abbé Raban ; il comble d'éloges ce dernier pour avoir construit beaucoup d'églises, notammeul dans les dépendances de Fulda, et pour les avoir consacrées par des reliques qu'il Ht venir de toutes parts (c. 5, fin). Tel était sans doute le motif principal de l'amour passionné de Raban à collectionner des reliques; cet amour, il ne lui était pas difficile de le satisfaire complètement par la nouvelle industrie que desRaliens, rusés compères, tant ecclésiastiques
1. Noir l'Aaiiisficiutid des Traducteurs, en tète du premier volume.
2. (( Scribere nitor virtutes et miracula quae Deus per sanctos suos modernis temporibus facere dignatus est, quorum sacri cineres, regionem nostrani i'iati, quotidie iidelibus causa salutis existuiit. )> (C. 1.)
3. Dans Mabillon, Adu 8. 8. ord. S. Bencd. Suce. IV, pars 2,. p. 1, sq. : de même dans le l"" vol. fies œuvres de Raban.
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que laïques, avaient iulruduile en Lmuspoilanl des ossmimls des saints de l'autre côté des Alpes. Là, par ('xcMipIc, le diacre Deusdona, connu par la translation écrite par Éginliaid, avait à vendre, en même tenqjs, un fémur et un |.ird de saint Alexandre, un bras de Félicissimus, une tétc dv. Concc.rdia, une dent de saint Sébastien, etc. llaban preiiail l(jul ce qu'il pouvait trouver; nulle part il n'est question dun authentique ou de l'examen de la valeur intrinsèque des objets. Ces reliques une fois promises ou annoncées, on leur préparait une réception splendide, ou même on envoyait plusieurs des messagers à leur rencontre pour en faire une translation solennelle; Rudolf fut deux fois de ce nombre e( il put relater, comme témoin oculaire, les miracles qui, en chemin, se produisaient auprès du cercueil (1). L'auteur ne prend pas moins de soin à nous dire la sépulture de ces restes dans les églises et à nous faire connaître les épigranmies que Kaban leur consacra. A la fin de son récit, il nous déclare toutefois qu'il n'a pas encore parlé de toutes les reliques réunies par Rabau, mais qu'il le fera plus tard en temps et lieu (c. 49). Cependant l'ouvrage n'est pas encore terminé: Rudolf revient donc à Raban, qui, en sa qualité de collectionneur de reliques, est comme le héros de sa narration, pour nous expliquer qu'après vingt ans de profession il déposa sa digJiité d'abbé, afin de se consacrer entièrement à l'étude. R nous communique ensuite une liste de ses ouvrages jusqu'à cette époque (2). Par ces trois chapitres (50-52) s'explique le titre faux de : Vùa Rabani, qu'on a donné au livre depuis longtemps. Cet ouvrage, du reste, contient non seulement des détails intéressants pour la biographie de Raban, mais même des renseignements historiques qui ne sont pas à dédaigner. Rudolf entreprit encore d'écrire une autre translation, mais
1. Par exemple, G. 19 un : <^ Caetera (luiracula) vero,(iuae scripturus siim. ipse corarii positus vidi, quia ex eis qui ad perferendos sacros cineres misn l'uerunt, unus eram. » Cf. aussi C. 34.
2. Car le e:rand ouvraee De unwerso (v. plus haut, p. 152) ii y est pas
oacabat » (c, 50, init.).
368 RUDOLF [33o.]
plus inipoilanle au point de vue de l'histoire (1), et il Tentreprit à la prière du traducteur lui-même. Ce dernier, un petit fils du célèbre Widukind, était Waltbralit, qui avait, en 8ol, apporté de Rome à ^Vildesllausen le corps encore intact [inte- (/rum) du martyr Alexandre, fils de sainte Félicité ; cette relique lui avait été donnée parle pape. Mais Rudolf ne fit que commencer cet écrit, car il n'en composa que l'introduction, qui sert à justifier l'entreprise de Waltbraht. La mort l'empêcha de continuer ce travail qui fut achevé par son élève Méginhard, ainsi que nous l'apprend ce dernier dans une dédicace au prêtre Sunderolt, plus tard archevêque de Mayence. Waltbraht, élevé à la cour de Lothaire et du nombre de ses Palatins, était un homme d'une grande piété. En introduisant dans son pays natal des reliques qu'il tenait de la main du pape lui-même, il n'avait d'autre but que d'amener à la vraie religion la majeure partie de ses compatriotes plongés encore dans la superstition païenne. C'est pour justifier ce désir que Rudolf, après avoir dit brièvement l'origine légendaire des Saxons, la situation de leur territoire et leurs relations sociales (2), commence par nous faire le récit des « erreurs » païennes, dans lesquelles ils étaient plongés. Il nous raconte ensuite, dans le chapitre troisième, comment ils furent vaincus peu à peu par Charlemagne et forcés d'accepter le christianisme, et comment leur chef Widukind fut tenu sur les fonts du baptême par Charlemagne lui-même. Mais ce récit ne consiste presque qu'en citations textuelles du livre de Tacite, Germania, dans les deux premiers chapitres, et de la Vie de Charlemagne, Vita Caroli (c.. 7), dans le chapitre troisième. Ce n'est qu'à partir du chapitre quatrième que Méginhard commence par devenir personnel et qu'il nous dit comment Walbraht vint à bout de son entreprise, grâce à l'appui de l'empereur, qui avait lui-même demandé les reliques au pape. Il nous communique ici textuellement cette lettre de l'empereur au pape, ainsi que les sauf-conduits du monarque à son fils, roi d'Italie,
1. Translatio S. Alexamlri, cd, Perlz, dans les Monum. Gennan. histor. Script., t. II, p. 673 sq.; — Welzel, Die Translatio AlcjMndri, Kiel. 1881.
2. Il saisit cette occasion pour vanter la bravoure physique et l'iiumanité des Saxons.
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et aux primats de ce pays. ApW's cela, il nous fait, dans un style traditionnel, le récit de la remise soîcniudle des n'li«|uos par le pape, de leur translation et des miracles (jui .'uivnt lieu à cette occasion et môme dans la suite.
Longtemps auparavant déjà avait eu lieu en Saxe une autre translation dont nous possédons un compte rendu complet, (pii prit plus tard les dimensions d'un petit livre d'un intérêt historique multiple. C'est la translation qui eut lieu, en 836, de saint Vit (1) et de saint Denis au monastère de Corvey, fondé tout récemment et si important pour la chrislianisation de la Saxe. Cette translation fut décrite, l'année suivante, par un moine du monastère, lequel y avait lui-même pris part. Mais ou lui, ou bien un autre ne s'est pas contenté de ce rapport (2), et, pour lui donner une base solide, il le fit précéder d'un récit sur la fondation du monastère et d'un autre sur la manière dont ces reliques étaient venues dans la France de l'ouest. Un laïque les y avait apportées dltalie. Mais Corvey était une filiation de Corbie : le célèbre abbé Adalhard(3) en avait le premier couru ridée, vu que, parmi ses moines, se trouvaient des Saxons qui avaient fait leur éducation à Corbie. Après son bannissement, son successeur, de concert avec Wala, frère d'Adalhard, essaya de mettre ce projet à exécution; mais ils cboisirent un endroit peu propice. C'est à Adalhard seulement, après son retour de l'exil^ qu'était réservé de trouver l'emplacement favorable, sur le territoire de Hoexter, et d'y fonder (822-23) le monastère saxon, la nouvelle Corbeia, dont Warin fut le premier abbé. Quatre ans plus tard, Ililduin, abbé de saint- Denis, fut banni à Corvey; il promit au monastère les reliques
1. TranshUlo S. Vitl, dans les Monumenta Corbeiensia éd. Jaffr. l'erlin, 1854. (Tom. 1 de la Bibliotheca renim german'icamm, pag. 319).
2. Papebroch (Acm SS, Jim., t. II,) est de ce flernier avis et admet deux auteurs ; Jafîé est d'un avis contraire, et Enck vient corroborer sa manière de voir dans une dissertation : De S. Adalhnrdu (Munster, 1873). A mon avis, ce point est très douteux, même à ne considérer que le récit dans son ensemble: mais il est certain, par contre, que la première partie (jusqu a a anno 836 » etc.) n'y fut ajoutée ([u'après la composition de la deuxième, ainsi que cela ressort" facilement d'une comparaison entre la lin de la i»rcmière partie et le début de la deuxième.