V. plus haut, p
I34Ö-G.] VrTA BENKDICTl ANAMKNSIS :{7<|
ce moine et son esprit borné. Malgré cela, ce travail est important par maintes comnmnications, baséi's sur des fails réels, que nous avons déjà mis à profit dans la hio-iaphie d'x\lcuin.
Parmi les plus célèbres ecclésiastiques, contemporains d'AIcuin, avec lesquels il entretenait dans les dernii-rcs années d.» sa vie des relations très amicales, il s'en trouve un dont nous avons déjà parlé et dont nous possédons aussi une bio-rapbic qui est autrement considérable et sérieuse que celle d'Alcuin: c'est la vie de Benoît d'Aniane. Elle est Toenvre d'Aroo, surnommé Smaragdus(l), ami intime de Benoît et qui, après (jur ce dernier eiit quitté Aniane, fut supérieur de ce monastère (2). Il la composa à la prière de moines d'Inden qui avaient été ses élèves à Aniane. Après avoir hésité une année entière, dans la crainte de n'être pas à la hauteur de la tache (c. 1 et 2) (3), Smaragde se mit à l'ouvrage en 822 (4). B mourut en 843, et fut vénéré comme un saint, dans son couvent.
Quoique cette vie ne nous livre point une image complète de l'activité de son héros, depuis l'époque surtout où il avait abandonné Aniane, elle laisse percer toutefois les traits principaux de cette activité et nous offre de riches matériaux pour l'histoire; ces matériaux sont d'autant plus précieux que la naïveté de la narration, où la personnalité de l'auteur est en-
1. Yita S. Benedicti ahbatis Ananiensis^ dans Mabillon : Acta SS. ord. S. Be«erf. Saeciy., pars l,pag. 183 sq.
2. Il est dit, sous la date de 814, dans le Chrome. Moissiacence {coi\. Anan.) : « Ipse vero supradictus abbas (Benoît), antequam abiret in Francia, ordinavit in loco suo in monasterio Aniano abbatem nomine Smaraydum. » Monum. German. histor. Script., t. Il, p. 311, et cf. Simson, lahrb. I, p. 24. rem. 4. C'est également à Smaragde qu'est adressée la Relation mentionnée plus loin.
3. Il craignait surtout la critique littéraire, à cause de ses expressions pou ornées et qui ne laissaient pas d'ofTrirjdessolecismes : « Praesertim cum noverim vos sacrae aulae palatii adsistere foribus nec turbulenti rivuli sitire potum, quin potius ab indeficienti vena purissimi fontis sedulo sapientiuo haurire fluenta. » Ce respect à l'égard de l'école de la cour est digne de remarque ; il pousse ici Smaragde à choisir s^s expressions d'une manière qui ne se retrouve plus dans tout le livre.
4. Benoît mourut le H février 821, et cette invitation des moines se trouve déjà, comme appendice, dans la relation qu'ils firent de sa mort.
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tièrementrelég-uée à l'aiTière-plan (i), permet moins de douter de la fidélité du récit. C'est ainsi que le style est simple et sans affectation. Benoit, né en 7o0, s'appelait, dans le siècle, Witiza; il appartenait à une noble race §"01116 et était fils du valeureux comte de Magelone. Il fut élevé à la cour de Pépin et se consacra d'abord au service militaire. Il prit part à la campagne de Charlemagne contre les Lombards. Un accident malheureux, qui lui arriva pendant cette campagne et qui mit sa vie en péril, mûrit en lui la résolution, conçue depuis longtemps, de renoncer au monde. Il l'accomplit sur le champ et secrètement, et il entra dans un monastère de Tévêché de Langres. Dès le début, il s'y adonna à l'ascétisme, de la manière la plus exagérée, la plus répugnante même (c. 7); aspirant tout à coup à la perfection, il considéra la Règle de saint Benoît bonne seulement pour des novices et des malades (c. 8). Un peu revenu de cette exagération avec le temps, il abandonna le monastère (779), après la mort de l'abbé, pour fonder, dans une possession paternelle, sur les bords du ruisseau appelé Aniane, d'abord une Cella, ensuite un monastère qui prit le nom du ruisseau (c. 14). Le nombre de ses élèves en effet grandit rapidement, malgré la sévérité avec laquelle il maintenait Tobservation de la règle et malgré la résistance qu'il trouva au début, à une époque où la vie monacale s'était beaucoup relâchée. Mais, avec le temps, son exemple exerça le plus grand effet moral. Ce qui nous fait connaître son caractère et nous explique sa popularité, c'est de le voir affranchir (c. 14) des esclaves qu'on avait donnés à son monastère, et secourir, delà manière la plus énergique et la plus réfléchie, le peuple dans une famine.
Cependant, le monastère prenait un développement de plus en plus brillant: on avait déjà bâti une église magnifique, qu'on avait décorée de toutesles ornementations liturgiques, et qui contrastait singulièrement avec les débuts modestes du monastère ; mais Benoît ne montra pas moins de sollicitude
t. C'est ce qui ressort clairement du passage où il parle de l'école du monastère; il s'en tient aux termes donnés dans la remarque suivante.
[^^^■] VITA IJKNEDICTI A.NANIKNSIS :\^\
pourrécole et sa bibliothèque (c. 27) (1). L. nuinhiv ,lo moinrs s'éleva peu à peu jusqu'à trois cents, et comme les bàlimeiits étaient insuffisants, on les distril)ua aussi dans toutes lescr/A/.v (c. 34). Charlemag-ne reconnut déjà lui-même rinlluencc d.- Benoît, et cela en dépit de toutes les intrigues que machinaient contre lui, à la cour, de grands personnages app.irlcnant soit au monde, soit à l'état ecclésiastique (c. 41) (2); mais Louis, fils de Charlemagne, la reconnut encore bien mieux : encore simple roi d'Aquitaine, |il plaça tous les monastères de cette province sous sa direction réformatrice et il lui en conféra même plusieurs. Ils avaient, lui et son épouse, le plus grand respect pour Benoît. Devenu empereur, Louis lui donna, afin de ne pas être trop éloigné de lui, le monastère de Maurmunster, en Alsace. Mais très peu de temps après, il lit construire pour lui, tout à fait dans le voisinage du château impérial d'Aix-la-Chapelle, le monastère de Inden, où il pouvait enfin journellement conférer avec lui. A partir de cette époque, Benoît devint supérieur général de tous les monastères de l'empire franc, afin de les réformer, comme il avait réformé ceux de l'Aquitaine (c. 50). C'est sous sa direction, qu'à la diète impériale d'Aix-la-Chapelle, en 817, on réforma et Ton compléta la règle de saint Benoît. Il fit de Inden un monastère modèle, et ici l'auteur nous dit en détail (c. 52) comment il y fit observer la règle. L'activité littéraire de Benoît ne sortit pas des limites de ce domaine (c. o3). La Yie se termine par une description de la fin du héros, description qui trouve un complément dans la lettre adressée à Smaragde par les frères de Inda et qui contient une relation des derniers jours de la vie de Benoît.
Cette Vie d'un contemporain, qui eut une existence si active
1. « Instituit cantores, docuit lectores, habuit'grammaticos,etscientia Scripturarum peritos, de quibus etiam quidam post fuere episcopi, aggregavit. Librorum raultitudinemcongregavit. »
2. Le chapitre suivant contient un intéressant épisode, où Ton nous fait un tableau de la vie monastique de Guillaume, comte de Toulouse, si célèbre dans la légende et la poésie épique : c'était un admirateur de Benoît; aidé de ses conseils, il embrassa, dnns un âge avancé, la vie religieuse. Ce chapitre nous donne une description détaillée de sa vie, comme moine. — V., sur Guillaume, également plus haut, p. 195.
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et si bien remplie, écrite par uu maître savant et lettré, oü're, comme il n'ensaurait être autrement, le caractère d'un ouvrage historique. Il n'y est question de miracles que très brièvement (1), et d'une manière incidente.
Nous avons encore à parler ici d'une Vie remarquable au point de vue de l'histoire littéraire : c'est celle de saint Denis, écrite par Hilduin (2), archichancelier, dont il a été précédemment question à plusieurs reprises : il était abbé de Saint-Denis, depuis 814, etil ne survécut pas longtemps à Louis le Débonnaire. Dans ce livre. Fauteur, s'appuyant il est vrai sur l'opinion de son époque (3), fait de saint Denis de Paris le même personnage que saint Denys l'Aréopagite, en fondant facilement avec la légende de celui-là le peu de matériaux que la tradition fournissait sur celui-ci. Son livre donna un corps à cette opinion de l'identité des deux saints, qui régna, pendant tout le miiyen âge et même au delà; rien que par ce fait, il ne manque pas de valeur historique. La légende même de saint Denis, telle que nous la retrace la Vie de Hilduin, devint déterminante pour la littérature nationale. L'auteur avait entrepris son travail à la prière et sur l'ordre même de Louis le Débonnaire (4). Ce monarque, partant aussi de l'opinion de l'identité des deux Denis, désirait, après sa réinslallation solennelle dans l'abbaye de Saint-Denis, témoigner sa reconnaissance à ce saint, auquel, comme il l'écrit lui-même à Hilduin^ ses ancêtres avaient tant d'obligations; aussiexigeat-il de l'abbé qu'il recueillît avec soin et qu'il réunît d'une manière complète, en un seul livre, tout ce qu'il trouverait, ayant trait au saint, dans des ouvrages grecs et latins, comme aussi dans les ouvrages du saint lui-même : telles étaient donc les sources de la biographie de l'Aréopagite. Il voulait enfin rattacher ces documents à ceux que fournissait la Passion du saint et à d'autres, puisés dans des chartes antiques de l'église
1. Ainsi l'auteur dit lui-même c. 39 : « Haecde miraculis nostris temporibus actis pauca dixisse sufficiat. ^)
2. Migne, Pafro/. /a/., t. 106, p. 14 s<;.; — V. sur Hilduin, entre autres, p. 248.