‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident;Chapitre 230 sur 263 · Comme cela ressort de la préface du deuxième livre · texte numérisé non relu

Comme cela ressort de la préface du deuxième livre

2. L'un d'eux (c. 82) est assez remarquable : il y est raconté comment des marchands anglais, qui avaient volé du plomb dans le couvent, ne peuven pas regagner leur patrie, et comment le saint, leur apparaissant en mer, monté sur un coursier et armé de trois javelots, les force à rebrousser chemin et à restituer ce qu'ilß ont volé. Dans ce récit tout entier, l'auteur cherche à faire parade de son style, qui, du reste, témoigne ici de ses études grammaticales. •

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du Rhône et do la Seine. NoLie auteur peint en peu de mots cl avec de vives couleurs la terreur panique (qu'ils répandaient dans le pays (1). Mais ce sont également les miracles (jui forment le principal sujet du livre.

Odo qui, depuis 863, était abbéde Glanfeuil et , depuis SGÎJ, de Saint-Pierre-des-Fossés, près Paris, en même temps, nous raconte une panique semblable à l'approcbc des Normans, dans son livre intitulé : Historia traiulationis corporis S, Manri in Fossate7ise77ionasterium(^l)Mdi\sY[ihion^(i de la translation n'occupe qu'une petite partie de son livre ; la majeure partie en est consacrée, par contre, àThistoire du monastère deGlanfeuil(:i\ à partir de sa destruction par Gandulf de Ravenne, que Pépin, père de Charlemagne, avait mis à sa tète et qui, après l'expulsion des moines, le changea en un canonicat et le laissa complètement tomber en ruine, jusqu'à ladite translation. L'auteur y raconte notamment la restauration du monastère, sous Louis le Débonnaire, par le comte Rorigo et sa pieuse épouse. L'abbé de Saint-Pierre-des-Fossés, Ingelbert, y avait puissamment contribué, et, une fois restauré, il y avait envoyé ses religieux pour le repeupler. Aussi, fut-il d'abord sous la dépendance du monastère de Paris. Mais, après la mort du comte, il devint indépendant et eut son abbé à lui dans la personne de Gauzlin, neveu deRorigo. Vient ensuite une relation détaillée des miracles qui eurent lieu au tombeau du saint, des persécutions que le monastère eut à souffrir de la part de quelques laïques tout-puissants et des châtiments que ceux-ci eurent à subir; ce n'est qu'alors que l'auteur parle très brièvement de la translation qui ne fut défmitivement accomplie à Saint-Pierre-des-Fossés, en 868, qu'après que le corps du saint eût stationné plusieurs années en deux autres endroits. L'bis-

i. « Nullus paene locus, nullum intactum remanet monaslerium : omnes fug-iim arripiiint; rarus est qui dicat : state, state, resibtite, pugnaLe pro patria, liberis et génie. Sicquo torpentes atque invieem dissidentes quo<i delendere debuerant armis, tributis redimunl ac Glirislianorum pessumiJatnr regnun:!. »

2. Dans Mabillon : Acta SS.ord. S. Bencd.' Sncc. IV, pars 2, p. 173 s-j ; — Histoire littémire de la Fiance, L. V. p. 383 sq.

3. Dans la préface, il désigne lui-iiiéine sou livre comme : u Historia eversioiiis seu restaurationis sancti coenobii,» etc.

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loire de Glanfeuil offre un intérêt général en ce qu'elle est comme un miroir où viennent se refléter les destinées de nombre de monastères de la France de l'ouest à cette époque. Le grand nombre de miracles, dont il agrémente son histoire, est caractéristique pour l'époque comme pour l'auteur ; démasqué comme ayant inventé une Vie de saint Maur, il fait naître ici, dans plusieurs détails, le soupçon d'avoir peu d'amour pour la vérité, et cela d'autant plus qu'il prend un soin plus grand de s'en rapporter au lémoignage des autres, sans cependant s'expliquer parfois sur d'autres points, où cela serait si nécessaire (1).

Nous trouvons encore dans la France de l'ouest, et à la fin de cette période, deux ouvrages de cette espèce d'Historiographie, qui ont un intérêt tout particulier et qui sont de la plume d'un seul et même auteur : il cultivait par conséquent cette spécialité historique. C'est un moine de Saint- Germaindes-Prés, aux environs de Paris, Abioin (2), maître de l'école de ce monastère et auquel son disciple Abbo dédia, comme un fruit de l'instruction qu'il en avait reçue, son poème De bellis Parisiacae urbis. L'érudition dont Fauteur fait parade dans cet ouvrage, permet de conclure qu'Aimoin en possédait une pareille. Comme, ainsi que le remarque Dümmler, les combats décrits par ce poème vont jusqu'à l'année 896, il faut qu'Aimoin ait en tout cas vécu jusqu'après cette même année. Parmi les ouvrages d'Aimoin, le premier en date (3) est bien la « Translation de saint Vincent, » d'Espagne dans le monastère de Castres (4) ; ce fut à la prière de l'abbé et des moines de ce

1 . Lorsqu'il parle, par exemple, de l'édit perdu de Louis le Débonnaire, édit qui autorisait Glanfeuil à recevoir ses PraeposUl et magistri du monastère de Saint-Germain-des-Fossés : u Quod qualiter tempore IngelberLi ablatiim ignique crematum fuerit, melius reticendum quam proferetidum putamu3 ))(c. 14). Sûrement, un tel édit n'a jamais existé.

2. Cf. Dümmler, lY. A., p. 543 ; -- Histoire littêr. de la France, t. V. p. 641 sq.

3. Car Aimoin était encore Comminister lorsqu'il composa les vers ajoutés plus tard à cet ouvrage; c'est ainsi qu'il se nomme dans la dédicace de ces vers eux-mêmes; outre cela, cette translation est mentionnée dans celle qui suit.

4. Mabillon, Acta SS. ord. S. Bened. Saec. IV, pars 1, p. 606 sq.

[5o3-i.] TUANSLATll» S. VI.XCKMll .'IST

couvent qu'il la composa, ainsi (ju'.'n léinoi^iic un.' Idlivù eux adressée et mise eu tùte de l'ouvrag-c. Criic iianslalion est divisée en deux livres (1) dont le premier contient le récit de la découverte du corps du saint, et In second celui de l;i translation elle-même. Le premier est de beaucoup le plus intéressant. Un moine de Conkittas, en Aquitaine, Jlildeherl, est convié en songe (en 800) à aller chercher le corps de saint Vincent qui repose, sans qu'on lui rende les moindres honneurs, dans une église en ruines de Valence. Il s'associe, pour ce voyage, un autre moine de ce monastère, un de ses amis intimes, Audald. Avec le consentement de l'abbé, ils se mettent en route. Hildebert tombe malade et se voit forcé de rentrer à son monastère, tandis qu' Audald arrive à Valence. Moyennant une somme de cinq sols, il achète l'appui d'un Maure et rentre ainsi en la possession du corps, lequel est si bien conservé que, pour le transporter dans un sac, il est obligé de le couper en morceaux. Audald arrive heureusement avec son trésor jusqu'à Saragosse ; mais là il commet une imprudence : dans le logis que lui a accordé une pieuse femme, il allume une chandelle et entonne un cantique pour honorer le saint dans le sac. La femme n'a rien de plus pressé que de dénoncer le fait àl'évêque. Celui-ci s'empare du trésor. Le moine s'évertue à dire que c'est un de ses parents et qu'il a été le chercher dans un pays lointain : peine perdue. Intimidé par les menaces, il avoue alors que c'est le corps d'un martyr, pour lec^uel il invente le nom de Marinus. Mais l'évêque ne laisse pas pour cela emporter « ce pieux larcin, » et Audald revient, les mains vides, dans son monastère. On accorde si peu de foi à son récit, qu'on le chasse du couvent, comme menteur et vag-abond. Il s'adresse alors à Castres où Ton attache plus de croyance à ses paroles et où on le reçoit à bras ouverts, espérant entrer par lui en possession des reliques. Ce n'est qu'après huit ans et demi (864) que les moines y réussissent, en eiïel^ après

1. Afin de plaire davantage au lecteur ; c'est aussi pour cela que l'auteur s'est exprimé brièvemeut. Il dit au début du deuxième livre : « Neque euimrll'u-^ari lectorem, multo magis vero ad ea quae dicuntur invitari oportet, qualiter etsi sermo incultus'exasperat, saltem succinctus demulceaL. Ideoquc omne hoc opus in duo etiam dividere vuluioius corpora, licet quaiitiLale exigua. »

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s'être assurés de la médiation d'un comte de Cerdagne : celuici avança que le saint séquestré était un de ses parents, nommé Sugnarius, et, moyennant une somme de cent sols, il obtint de l'émir de Cordoue un ordre de restitution. Il fallut payer encore cent autres sols au gouverneur de Saragosse. L'évêque nie tout^ avec force serments (1) ; mais iVudald le convainct et on lui livre enfin, à lui et aux moines qui l'accompagnent, le corps du saint. Ce sont vraiment bien des mensonges et des parjures pour entrer en sa possession !

Le livre deuxième nous fait un court récit de la translation et de quelques miracles opérés à Castres auprès du cercueil de saint Vincent : comme variation, il y est dit que l'influence du saint s'étend à obliger à la restitution der objets volés (2). Au reste il fallut aussi emporter ces reliques elles-mêmes pour les soustraire aux atteintes des Normans.

A la prière de Théotger, un moine de ses amis, Aimoin ajouta à chaque livre de cet ouvrage déjà achevé trente hexamètres, en trois chapitres pour chaque livre : ils récapitulent d'une manière très incomplète le contenu de l'ouvrage et n'ont aucune valeur ni pour le fond, ni pour la forme. Toutefois l'essai d'expliquer étymologiquement le nom de l'ami trahit le maître d'école (3).

Aimoin nous a, en outre, fait le récit d'une autre translation (4) d'Espagne dans son propre monastère, et ce travail offre certains rapports avec le précédent : c'est la translation des martyrs de Cordoue, Georgiiis et Aui^elius (5). Elle

1. <(... Episcopus advocatur, el curtantamin mortuum... exercuerit iniquitatem... inquiritur. Quo omnia negante, et quod id non fecerit, cum multis Dei sanctorumque juramentis affirmante etc. »

2. Comme on le raconte aussi de saint Félix (V. vol. I, p. 326.) On attribue également cette puissance à saint Nicolas.

3. Théotger doit signifier Beum gerens ! On n'avait donc plus à l'ouest de la France la moindre idée de l'origine germanique de ce mot.

4. Il ne se nomme pas comme l'auteur dans le manuscrit, mais il se fait connaître au Ch. troisième, en renvoyant à la translation de saint Vincent qu'il avait précédemment composée et dont Audald lui-même lui avait raconté l'histoire.

On trouve ici également le même motif d'une division en deux livres (V. Prolog, libri II) que pour la translation -de saint Vincent (v. plus haut p. 387, rem. 1) ; il en est de même de l'étymologie d'un nom (1. I, c. 8.)

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