NITHARD
magne I alors régnaient la paix et la concorde, et la nature répandait sur la terre ses plus abondantes bénédictions.
Cette considération finale, si mélancolique, est en parfaite harmonie avec la préface de ce livre ; iNithard non seulement V renouvelle le vœu d'interrompre son ouvrage, mais il exprime même un autre vœu, celui de renoncer entièrement à la vie politique. Néanmoins, ballotté encore sur une mer orageuse et ne sachant pas dans quel port il va aborder, il ne voit rien qui l'empêche, s'il trouve un peu de loisir, de continuer l'ouvrage. « Je vais donc, dit-il en terminant cette préface, m'occuper d'un quatrième livre, et si, à l'avenir, je ne puis pas être utile, je dissiperai du moins, par mon travail, le nuage de l'erreur pour les générations futures (1). »
Il résulte de cette préface du dernier livre^ écrite avant le livre lui-même, que Nithard avait assez de la vie politique ; cela provenait sans doute de ce que le roi écoutait bien moins ses conseils (2). Ce port dont il parle, il le trouva^ avant même peut-être d'avoir terminé son livre, dans son monastère, dont il devint alors, comme je le crois (3), réellement l'abbé ecclésiastique ; et peu de temps après, avant Tété de 844, il tomba, après avoir encore saisi le glaive (4), peut-être en défendant son monastère contre une attaque des Normans.
La valeur de son ouvrage est dans la pragmatique, et le livre premier en forme comme le centre de gravité : c'est, dans sa disposition, la première histoire politique, et les deux premiers livres sont en harmonie avec cette disposition, tandis que les deux autres, écrits au courant des événements, manquent de perspective historique et se perdent plus ou moins dans un récit annalistique. Nithard embrasse un parti, comme tout historien politique <' contemporain ; » et comme cela va
1. « Ergo huic rerum operi quarto assistam, et si in ceteris rebus futuris prodesse nequivero^ saltem in his erroris nubeculam proprio labore posteris detereram. »
2. C'est ce que me semblent indiquer, dans la remarque précédente, les termes : Si inceterh etc. ; PiTtz a adopté lui aussi cette manière de voir (/. p., p. 7.)