HISTOIRES D'ÉVÊCHÉS ET DE MONASTÈRES
Les ouvrages de chronique qui sont consacrés aux territoires particuliers, ne portent, dans cette période, que sur des évêchés ou des monastères. Toutefois, comme la narration admet plus ou moins l'élément biographique, elle comprend aussi la vie des personnages qui les dirigent, évoques et abbés. Dans cette catégorie d'ouvrages, le plus ancien et le plus important, celui qui a servi de modèle à tous les autres est le Liber pontificalis, intitulé aussi Gesta, ou bien encore Vitdc pontificiim Romanorum {i). Il contient d'abord l'histoire de
1. Ed. Bianchinl. Rome, 1718. 4 tom. in-fol. ; ensuite dans Muratori, Jicrum itnJhnr. Ficripfon's, t. III; —Piper, Hinlpituni/ in die monuinentah' T/ir<>ln-
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tous les papes jusqu'à Etienne YI inclusivement; ce dernier occupa la chaire de saint Pierre de 880 à 891. Dans cette première partie, qui est la principale et qui forme l'ouvrage fondamental, continué plus tard, on peut distinguer deux parties, dont la première se termine avec Conon (686-687,) et a pour base un catalogue des papes datant du milieu du iv^ siècle, avec la mise à profit des Archives papales^ des Inscriptions, et de la Tradition orale. Ces Yies sont courtes ; le style est celui des annales, quoiqu'on n'y trouve pour la plupart du temps que des dates tout à fait générales, exception faite toutefois pour celles qui ont trait à la durée du pontificat. Elles ressemblent également aux annales par le genre du choix du sujet : courtes données personnelles, principaux événement^ politiques concernant Rome et la papauté, hérésies, phénomènes naturels ; on y prend en considération toute spéciale les bâtiments qu'on a élevés, elles vases et ornements d'église qu'on a acquis. La deuxième partie est l'œuvre de différents auteurs, qui continuèrent successivement la première, en partie même comme contemporains. Ici les Yies sont plus volumineuses; quelques-unes même, comme celles d'Adrien, de Léon III et de Léon lY^ sont très détaillées, caries auteurs relatent maintenant des faits extérieurs qui n'ont aucune relation intime avec la papauté. Le style gagne en même temps en vigueur et en coloris individuel (1).
De même que Paul Diacre, en composant son ouvrage Gesta pontificum Metlensium avait déjà pris pour modèle le titre pontifical, de même ce dernier a servi de base à un ouvrage bien plus considérable de l'Italie, au Liber pontificalis eccleslae
Qie. Gotha, 1867, p. 315 sq. ; — Duchesne, Étude sur le Liber pontifimlls, Paris, 1877; — Waitz, Ueber die verschiedenen Texte des liber pontif. im JY. Archiv., vol. IV. — Voy., sur l'état actuel de la question relative à l'âge et aux rapports entre les différents textes : Waitz, dans son Histor. Zeitschr., 1880, p. 135 sq. ; — Paul Viollet, article publié dans la Revue critique d'Histoire et de littérature, 1878, tome II, p. 116 sq. (N.'des Trad.)
\ . On croyait autrefois, mais à tort, que l'auteur de tout l'ouvragée fondamental, considéré plus haut, était le « bibhothécaire » romain, Anastasius, qui mourut en 886 et qui a traduit plusieurs ouvrages grecs; mais c'est tout au plus si l'on doit lui attribuer la Vie de Nicolas pr.
[37.1-0.] AC.NELLUS, LTRER PONTIT. MCC.LKS. Il WKW MIS i||
Rave7i7iatis, par Agnixli.s (I). Aguelliis, ;4)|)('1('' aussi Andreas, descendait d'une noble et riche famille de Kaveune. X«» en mi'i et destiné déjà dès son enfance à l'état ecclésiastique, il ..iilra de bonne heure, moyennant finance et par héritage, en possession de deux monastères et devint prêtre de l'église de sa ville natale. Distingué par son érudition, il fut piié par ses frères ecclésiastiques (les autres prêtres) de composer cet ouvrage : il le commença avant 838, le continua peu à peu (2) et ne l'acheva qu'après 8i6 environ, attendu qu'il le h rniiiie par l'archevêque Georgius (3).
Dans ce travail, qui a pour but de nous dépeindre Tacliun de chaque évêque de Ravenne en particulier, Agnellus procède, il est vrai, comme le Pontifical romain: il produit les évêques, l'un après l'autre, dans un ordre chronologique et relate leurs actions, sans oublier de parler surtout des constructions d^églises, de leur ornementation et de leurs vases sacrés; mais, sous ce dernier rapport, il se distingue de son modèle, en ce qu'il ne s'en tient pas à de simples données, mais qu'il décrit ces bâtiments et ces chefs-d'œuvre. Quand il ne le fait pas par lui-même, il y supplée en nous communiquant les poèmes descriptifs qui s'y rapportent et qui, ainsi que c'était l'usage depuis longtemps, leur servaient d'inscription : il va même plus loin et il met à profit^ le premier assurément, comme sources historiques, les ouvrages de l'art ainsi qu'il le dit lui-même (4). C'est ainsi qu'il nous fait assez fréquemment, d'après des portraits, une description du maintien extérieur des évêques. Pour lui, bien plus encore que pour le Liber pontiftcalis romain, la tradition orale, qu'il invoque si fréquemment (5), a été une source où il a largement puisé; nous le voyons prendre plaisir à encadrer dans son récit de longues
1. Ed. Holder-Eggery dans les Monum. German. histor., Scrip. rrr. Innfjobard. saec. VI-IX, p. 265 sq. (Praof.); - Piper, op. c, p. 349 sq.
2. En lisant l'ouvrage par fragments à ses frères qui le pressaient de hâter son travail, par exemple (c. 38 et 39, c. 62.)