Voy. à la p. 412, note 1, les expressions en italiques
5. Parfois même faussement, là où il avait sous les yeux une sourre historique, ainsi que l'a montré Holder-Egger par rapport aux atuiales de llavenne.
412 OESTA ABBATT^l FONTANELLENSIÜM [376-7.]
et pieuses légendes et des anecdotes. Ce n'est pas encore assez : là où les matériaux font défaut, il n'éprouve pas, comme il l'avoue ingénument, le moindre scrupule d'esquisser un portrait d'après son imagination (1). Quant aux livres, il en a mis peu à profit; il a par contre beaucoup puisé dans les chartes des archives de Ravenne.
Agiiellus avait un très vif sentiment de l'art et de la poésie; aussi, nous communique-t-il des inscriptions en vers, alors même qu'elles ne lui sont d'aucune utilité pour son récit : telles sont celles qui se trouvent sur les monuments funéraires et ailleurs. En cela même, son ouvrage offre un intérêt littéraire et historique tout particulier. Il a donné aussi, dans son ouvrage, deux poèmes dûs à sa plume. L'un, en tête de l'ouvrage, contient un dialogue, en hexamètres, entre le poète et ses confrères : après quelques résistances, Agnellus s'y déclare prêt à accéder à leurs prières et à composer l'ouvrage; il termine par quelques vers adoniques. L'autre poème, qui suit la préface, tout comme le premier la précède, est un acrostiche de dix distiques en l'honneur de saint « Apollinaris », lequel, en qualité de disciple de l'apôtre saint Pierre, ouvre la série des évêques de Ravenne. — La narration d'Agnellus a partout un caractère subjectif, car l'auteur y mêle un certain nombre de faits personnels et il ne se tient pas complètement en dehors de l'esprit de parti. Il en est de même de son style, qui est inégal, simple et naturel à tout prendre, mais qui parfois semble éclatant et maniéré, à cause des expressions et des phrases poétiques qu'il emprunte notamment à Virgile. A côté de cela,
1. V. De S. Exupercmtio (p. 279), où il prend occasion de s'expliquer en même temps sur ses sources : ... « Et ubi inveni quid illi (fratres) certius tecerunt, vestris (leg-entium) aspectibus ailata sunt, et quod per seniores et jongaevos audivi, vestris oculis non defraudavi ; et ubi isloriam non inveni aut qualiter eorum vita fuisset, nec per annosos et vetustos homines, neque per haedificationem, neque per quamlibet auctoritatem, ne intervallum sanclorum pontificum fieret, secundum ordinem, quomodo unuspost aliurn hanc sedem obtinuerunt, vestris orationibus me Deo adjuvante, illorum vitam composui, et credo non mentitum esse, quia et horatores fuerunt castique et eleemosinarii et Deo animarum hominum acquisitores. De vero illorum effigie si forte cogitatio fuerit inter vos, quomodo scire potui : sciatis, me pictiira docuif, quia semper fiebant imagines suis temporibus ad illorum simititudinem. »
[377-8. J i'-t)NSTlU.CTI() l-AlU'IvNSIS '» 1 •{
on Iroiive des considéralioiis ('pisodiqiu's dans li' stylr oncUieux d'un prédicateur. Il serait diflicile de poiler un jugement sur la langue elle-même, vu son mauvais état de IralisMiissidii.
Vers la même époque, on écrivit égalenKml, d'après Ir nirnir modèle, dans la France de l'ouest, Thistoin' d'un motiasli-rr dans l'ouvrage qui a pour titre : Gcsta althatnm lùnUnnriU-nsium{i); c'est le monastère Fontanelle ou sainl Vaiidrill.«. L'auteur, dont le nom nous est resté inconnu, étail un iiK.iur de couvent et il conduit son ouvrage jusqu'à la morl d'Ansegis, en 833. C'est sur la vie de ce dernier, connue aussi sur celle du fondateur, qu'il appuie davantage. Ce monastère fut fondé, dans le voisinage de Rouen (6io), par Wandregisil, un cousin du vieux Pépin, lequel était d'abord laïque, comte palatin et duc, mais qui se consacra plus tard à la vie ascétique. L'histoire de ces abbés nous fournit des renseignements particuliers sur quelques moines remarquables (2), en même temps qu'elle nous présente un tableau vivant des revers d'un monastère dans l'empire des Francs, au vii^ et au vni« siècle. Il est digne de remarque de voir combien Fontanelle fut g^ouverné souvent par des évêques de Rouen et de Reims, et par des abbés appartenant à d'autres monastères. Parmi les recteurs de ce monastère, il ne manque même pas de laïques. Le fond principal de ces Gestes est dans la communication des acquisitions de ce monastère en biens-fonds, et, d'autre part, dans celle des pertes qu'il subit, surtout par suite de la sécularisation (3) : ajoutons à cela d'utiles détails que l'auteur nous transmet relativement aux vases sacrés, aux ornements, aux livres donnés par les abbés et obtenus en héritage, comme aussi relativement aux constructions qu'ils firent exécuter, Sous ces deux rapports le riche et lettré Anségis, qui était supérieur de ce monastère depuis 823, et qui en
1. Dans les M<mum. German. histor., .srripL, t. II, p. 270 s |. Ivl. Pertz.
(Praef.)
2. Malheureusement elle ne nous est parvenue qu'avec une lacune, vu que les gestes des trois abbés qui viennent après le tbiidaleur, comuie aussi la fin de la Vie de Wandregesil, man(|uenL dans le mauuscnl.
3. Cf. RoLli, Die Sxcularisathn des Kirchewjutes, dans le Muncht'wr histor. Jahrbuch ßr 1865.
414 GESTA AUBATU3I FONïANELLENSIUM [378-9.]
possédait deux autres en même temps, se distingue entre tous. De même que, sous la direction d'Éginhard, il avait exécuté les constructions royales d'Aix-la-Chapelle, ainsi fit-il restaurer et construire à neuf maints bâtiments du monastère dont il fit même décorer de fresques les murs et le plafond; d'autre part, il améliora l'agriculture et rétablit la règle de saint Benoît; il donna aussi, à ce monastère et a un autre, un nombre de livre assez considérable (1), notamment des ouvrages de saint Augustin, de saint Ambroise, de saint Jérôme et de Bède ; cette donation, réunie à celle qu'avait faite l'abbé Wando, dans la cinquième décade du vnie siècle (2), aidait à former déjà une belle bibliothèque. A cela venaient s'ajouter encore bon nombre de volumes qu'un moine du monastère, le prêtre Harduin, avait copiés lui-même. Ce moine vivait en ermite, dans une cella, sous le prédécesseur d'Angésis : il se rendit très utile par ses leçons d'arithmétique et de calligraphie, à l'époque où son abbé Gervold fonda l'école du monastère pour les moines complètement illettrés; musicien luimême, Gervold leur donna également des leçons de chant (c. 16, p. 292). On trouve, dans ces Gestes^ bien peu de renseignements politiques, et quand il y en a, ils sont presque tous, excepté ceux qui avaient immédiatement trait au monastère, empruntés à des ouvrages connus, tels que Frédégaire, les Annales impériales, etc. Les sources principales où puisa l'auteur sont des chartes de monastère et la tradition orale (3), sources auxquelles il faut ajouter encore l'ancienne Yie du fondateur (4)4
1. Anségis doit aVoii* possédé une bibliothèque importante, comme on le voit, surtout si l'on ajoute au catalogue incomplet des livres qu'il donna au monastère de Flaviacum (p, 295) les volumes qu'il donna à Fontanelle.
2. Voy. c. 13 (p. 287). Parmi ces livres, théologiques pour la plupart naturellement, on trouvait pourtant : «. Historia Jordanis, episcopi Ravennatis ecclesiae, de origine Getarum », et, ce qui est plus intéressant encore : u Historia Apollonii régis Tyri. »
3. Il en parle longuement en faisant l'histoire d'un ermite du commencement du vni<^ siècle, appelé Milo. Il y est dit : « Audivi nempe narrantem quendam venerabilem senem, qui ab eo didicit, qui ipsum Milonem multo tempore vldit... » c. 4 (p. 278).
4. Editée par Arndt dans : Kleine Denkmx 1er -mis der Merovinyerzett. Hanovre, 1875.
[379-80.] coNSruucTio faui-hnsis H .*;
Nuus possédons aussi une courh' chroniiiiic di^ c- monastère, qui va de Tannée 8il àranuéc 8:jî) (1).
Nous avons à mentionner encore, dans eelle période, lliisloire d'un monastère de l'Italie, situé dans le pays des Sahins, €ntre Rome et Réale: c'est le monastère de Faifa, dédié à la sainte Vierge et ainsi appelé d'après le nom <l'une rivière (\m coule dans les environs. Cette histoire de Farta va jusrpi'à Tannée 8o7 et a été écrite peu de temps après. Le récit détaillé de la fondation du monastère et la vie de son premier abhé, Thomas, en font le fond principal ; c'est pour cela que cet écrit a été intitulé : Constriictio Farfensis (2). Thomas, prêtre de la Gaule, mort en 720, avait entrepris le pèlerinage de Jérusalem: arrivé près du saint sépulcre, il priait Dieu de lui montrer la voie du salut, quand la sainte Vierge lui apparut et lui désigna un endroit, dans le pays des Sabins, où s'élève en son honneur une basilique au milieu de la forêt et tout près de trois cyprès gigantesques; c'est là qu'il doit vivre, s'il veut voir la réalisation de ses vœux. Après plusieurs tentatives infructueuses, Thomas réussit à découvrir ce lieu, et, soutenu parle comte de Spolète, il y fonde un monastère. Il fait encore construire une ce lia, sur le Vulturne, pour trois nobles Bénéventins qui se consacrent à Tascétisme. Pour les autres abbés, jusqu'au quinzième, qui mourut en 8o7, l'auteur ne leur consacre généralement que quelques lignes ; il s'en tient à une courte notice sur leur caractère, tout comme dans le Liber pontificalis. Ils étaient Francs presque tous. L'un, Alanus (759-69) était un savant qui vécut très longtemps en ermite, et qui s'occupa de copier des Codices , qu'il exécutait « à ravir ». Mais il n'avait aucune connaissance des hommes, car il choisit pour successeur Wigbert, unAngio-Saxon, homme aux mœurs sauvages, et qui tyrannisa les moines au point que ceux-ci, pour le chasser, durent avoir recours au bras séculier.