CHRONIQUE UNIVERSELLE : FRECHULF, ADO
La chronique universelle, elle aussi, trouva dans cette période une double élaboration : d'abord de la part de Frechulf (1), évêque de Lisieux, le même, nous l'avons vu, qui avait engagé Raban à composer son commentaire sur le Pentateuque. C'était un disciple du prêtre Helisachar, chancelier très influent de Louis le Débonnaire. Grâce à son érudition et à la faveur de ce prince, auquel il était fidèlement dévoué, il fut envoyé à Rome, auprès du pape, en 824, à l'occasion des affaires concernant l'adoration des images. C'est probablement peu de temps après qu'il mit la main à son ouvrage; il l'acheva avant 830 (2). C'est Helisachar qui l'avait engagé à l'entreprendre ; Helisachar était « insatiable dans son amour pour la sagesse ». Frechulf, dont nous voyons le nom dans maintes délibérations synodales, vécut jusqu'au milieu du siècle.
Son ouvrage comprend deux parties, qui ont été éditées séparément. La première est dédiée à Helisachar et traite de
1. Freculfi. epi.&copi Lixoviensis, Chrunicorum Tond II. Coloniae, 1530; dans la Biblioth. patrwn, et, dans Migne, Patrol. lat., t. 106; — Grünauer, De font (bus Historiae Frechidfi. Dissert. Zurich, 1864 (donne en même temps des suppléments du premier livre, d'après le cod. de Saint-Gall.); — Histoire litlér. de la France, t. V, p. 77 sq.; — Wattenbach, Beutschi Geschichtsq., 4^ éd., p. 177 sq.
2. Ce dernier point ressort de la dédicace de la deuxième partie, non seulement parce qu'il y appelle Judith felicissima, mais bien plus sûrement parce qu'il y donne à l'empereur Louis l'épithète de inv ictus, ce qui n'aurait plus été possible, même à un courtisan, après 830. Qu'il n'ait entrepris son ouvrage qu'après le voyage d'Italie, c'est assez vraisemblable, parce qu'il eut l'occasion, comme le croit aussi Wattenbach, d'acquérir dans ce voyage les livres qui lui manquaient : nous le voyons, en effet, se plaindre à Raban — pour le moins après 822, année où Raban devint abbé — de la pénurie de livres. Cf. plus liaut p. 147.
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riiistoirc universelle jusqu'ù la naissance de .lésiis-Clirist; le chancelier n'avait pas exigé davantage, ainsi que le dit la dédicace. La deuxième partie va jusqu'à la mort de saint (Irégoire le Grand; mais l'auteur nous y dit encore, à la lin, sons forme d'appendice, comment Boniface (IV) rec^'ut le Pantheon d.' l'empereur Phocas (1 ). Cette i)arlie, dédiée à rinq.én.h icc Judith, à laquelle Fauteur prodigue des éloges pleins de galanterie, servira à l'instruction de son fils Charles. La première partie comprend sept livres, et la deuxième cinii; mais chaque livre est divisé en un grand nombre de chapitres. Ainsi qu'il résulte déjà de cet aperçu, cette chronique est une hisloiie universelle à récit continu.
La division de la matière est la suivante. Frechulf, dans la première partie, commence son histoire, non point avec Ninus, comme le faitEusèbe, mais bien, comme le fait Orose, à qui du reste il emprunte textuellement les motifs qu'il a d'en agir ainsi, avec Adam; il la conduit, dans le premier livre, jusqu'à Abraham, dont il parle déjà en détail. Le deuxième livre débute avec Ninus ; et, en traitant de lui et de ses succès- . seurs, l'auteur revient de nouveau à Abraham; il va jusqu'à David, et en particulier jusqu'aux préparatifs faits pour la construction du temple de Jérusalem. A partir de là, le troisième livre s'étend jusqu'à la deuxième reconstruction du temple, sous Darius. Le quatrième nous conduit jusqu'à la soumission complète de l'Italie à Rome, après la mort de Pyrrhus; le cinquième jusqu'au sac du temple par Antiochus, et jusqu'à la chute des empires de Macédoine et de Carthage. Le livre sixième va jusqu'à Pompée, et le septième arrive enhn à la naissance de Jésus-Christ.
x\.insi qu'il est facile de le reconnaître, cette division de la matière se ramène, dans sa base principale, en partie, au
1. Frechulf dit lui-même, vers la fin du dernier chapitre : « Igitiir a nativitate Domini Jesu Christi ob amorem flominae meae Auii:uslae Judith acr^ressus sum opus quod nsquc ad Gregorii, cximii auctoris, obilum pmlusi. Do gesti eiiam Bonifatii papae quaedam deinceps praelibando perstrinxi. . . » Mais là, il identifie Boniface IV avec Bonifece III, en disant de ce pape, que Phocas reconnut le siège épiscopal romain comme étant omniwn orlrsianim caput ; c'est Boniface III qui avait obtenu cela, et encore non comme pape, mais comme ambassadeur de Grégoire.
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système des âges du monde, exposé dans la Cité de Dieu (1), et, en partie, au système des empires (2), exposé dans l'ouvrage d'Orose (3) : le premier livre doit, en effet, embrasser les deux premiers âges du monde; seulement l'auteur, donnant ici, comme le fait la Cité de Dieu, moins un récit que la réponse à des questions suggérées par le texte biblique, passe déjà à Abraliam, quoique cependant il fasse compler le deuxième livre à partir de la naissance de ce patriarclie; ce livre correspond au troisième âge du monde. Le troisième livre a une division toute particulière à l'auteur; le quatrième, par contre, va jusqu'au commencement du quatrième livre d'Orose, et ce livre d'Orose, quant à la période qu'il embrasse^ correspond entièrement au cinquième de Frechulf : il débute avec la guerre de Rome contre Pyrrhus et se termine également avec la ruine de Carthage. La même relation existe dans les deux livres suivants : le sixième de Frechulf est égal, dans sa délimitation, au cinquième d'Orose, avec cette différence que Freclmlf traite encore, dans le dernier chapitre, le début du livre suivant xl'Orose; le dernier livre va ensuite jusqu'à Auguste et à la naissance de Jésus-Chi^ist.
Dans la division de la deuxième partie, par contre, Fréchulf procède d'une manière complètement indépendante; car ni le système des âges du monde, ni Orose, ne pouvait ici lui montrer la voie à suivre ; cette partie toute entière ne correspond en effet qu'à un seul âge du monde et à un seul livre d'Orose. Le premier livre s'étend jusqu'à la destruction de Jérusalem; le deuxième, jusques à Caracalla et à la persécution des chrétiens, qui eut lieu sous lui et sous Septime-Sévère, son père; le troisième, d'IIéliogobale jusqu'à Constantin le Grand et à la fermeture qu'il fit des temples païens; le quatrième, de ses fils jusqu'à Théodose le Grand et à la destruction des dieux et de leurs temples; le cinquième, enfin, d'Arcadius et Hono-