‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident;Chapitre 250 sur 263 · Voy., sur lui, vol. I, p. 600 sq · texte numérisé non relu

Voy., sur lui, vol. I, p. 600 sq

2. (( Attamea internum vulnus circum praecordia volvens aegre ferebam, si propriae gentis nomen, quondam famosum et insigne, oblivione corrosum fumatim evanesceret. » Prolog. I, § 1.

3. Cette chronologie renferme aussi des contradictions. Ce qu'elle a de particulier c'est qu'au lieu de remonter jusqu'à la naissance de Jésus-Christ, elle ne va qu'à sa passion (§ 5), ou bien aussi à saint Jean-Bapliste (§ 6).

[388-9.] HISTORIA BIIITONI'M 42-î

de la Bretagae, quiforme apparemment le (lél)nl d.' rhisloiiv. A cette description se rattache (;:5 10) le récit de lOii-ine du peuple breton : d'après le procédé de la légende lioyenne des Francs (1), il le fait descendre^ lui aussi, des Truyens, ({ui vinrent en Bretagne à la suite de Brutus, arrière pelit-liis'd'Knée : c'est de lui qu'il tire son nom (2). Brutus avait, p.ir hasard et en jouant, tué son père Silvius, (ils d'Ascagne, avec une flèche : pour ce fait, il avait été banni de l'Italie et ce n'était qu'après une longue suite d'aventures qu'il avait enhii abordé en Ang^le terre.

^ L'auteur parle ensuite (§ 13 sq.) en détail de l'origine des Ecossais qu'on dit venus en Irlande, de l'Espagne, où leurs aïeux avaient émigré de l'Egypte ! Tels sont les détails qu'il dit tenir de personnes très compétentes. Après avoir ensuite (§ 17 sq.) communiqué encore un autre arbre généalogique des Bretons d'après des livres très anciens, généalogie qui donne à ce peuple pour souche Briton, petit-fils d'Alain, descendant de Japhet (3), l'auteur nous présente, d'une manière très décousue ettrès défectueuse, des détails sur la domination romaine en Bretagne, depuis César (§ 19-31).

La partie qui suit est la plus intéressante de tout le livre ; elle contient l'histoire légendaire du roi Guorthigirn, qui, serré de près par les Pietés et les Scots et craignant les Romains accueille les Saxons, sous la conduite de Hors et de Hengist . Ici l'auteur laisse un libre cours à sa narration et nous expose comment, dans un dîner que donnait Hengist, le roi breton s'éprit d'amour pour sa fille qui servait à table, et comment il l'obtint en mariage, moyennant la cession du pays des Kent (§ 37 sq.). Il nous raconte également que ce roi breton avait eu un fils de sa propre fille et que ce fils, il l'avait donné à

1. Cette indication repose peut-être sur une remarque d'Éthicus (v. Vul. I, p. 644-, rem. 1.

2. Quoique cela soit expressément dit § 10, on lit toutefois § 7 : « Britannia insula a quodam Bruto consule romano \ocdl\iv. » Cela est très significatif pour le genre de composition de l'ouvrage, car on ne saurait regarder comme interpolé ce passage, avec lequel le livre débute effectivement.

3. « Histio (fils d'Alain) habuit filios quatuor : Francus, Romanus, Britta, Alemannus (alias Albanus)... Ab Hisitione autem ortae sunt quatuor gentes, Franci, Latini, Alemanni (alias Albani) et Britti.»

426 NENNirs [389-90.;

saint Germain ,1) (§ 39): il nous rapporte aussi la légende détaillée de la construction miraculeuse d'un château (§ 40 sq.). D'après l'indication de ses magiciens, le roi se propose, en effet, de bâtir cette place forte au bout de son royaume et comme son dernier asile, mais le sol cède et la construction s'écroule. Les magiciens annoncent donc que l'édifice ne restera debout qu'autant qu'on l'arrosera avec le sang d'un enfant qui n'a plus de père. On en trouve un, en effet : c'est un tout jeune enfant, mais qui se révèle meilleur connaisseur des choses cachées que ne le sont les magiciens: il montre que, sous le sol, oii repose le bâtiment, il y a un marais. On y trouve effectivement deux dragons, l'un rouge, l'autre blanc : ils se font la guerre et le blanc chasse le rouge. Or, celui-là est le symbole des Saxons, tandis que les Bretons sont signifiés par celui-ci. Plus tard toutefois, ces derniers chasseront les autres au delà de la mer (§ 42). On voit facilement que Gottfried de Monmouth a puisé ici sa prophétie de Merlin qu'il raconte dans le livre sixième, tout comme dans le livre septième, il a reproduit, en pariie mot à mot, le récit de Xennius.

Dans la continuation de l'histoire de Guorthigirn, l'auteur revient encore à la légende de saint Germain, et il enclave ensuite, dans son récit, celle de saint Patrice (§ oO sq.) qu'il compare à Moïse (§ oo). En terminant, il nous parle encore très brièvement (§ 36) des combats subséquents des Bretons contre les Saxons^ combats où Arthur se distingua comme général (2): on n'y voit pas moins de douze rencontres, dont la dernière sur le mont Badon, où, à lui seul, il fit mordre la poussière, en

i. Dont les miracles sont déjà relatés v§ 32-35) ; cette partie n'a aucune connexion intérieure ni extérieure soit avec ce qui précède, soit avec ce qui suit : elle me paraît donc aussi interpolée. Je le crois d'autant plus que l'histoire qui s'y trouve et qui nous dit comment le Saint s'efforça, mais en vain, de parler au tyran Benli et comment le manoir de ce dernier fut détruit ensuite par le feu du ciel, est répétée, dans ses traits principaux, au § 47, où nous trouvons le même récit sur le Saint par rapport à Vortigirn.

2. Arthur n'apparaît point ici comme roi; il y est dit plutôt : k Tune Arthur pugnabat contra illos (Saxones), in iUis diebus cum regibus Brittonum, sed ipse dux erat hellorum. )> Les termes soulignés sont opposés à regibus Brittomim, et ils le sont parla particule sed, ce qui indique expressément qu'Arthur n'était pas roi.

[390-1.1 HISTORfA RRITOM'M. KRCriANIM:!«! 427

un seul jour, à neuf cont soixante ennemis (I). Maisics Saxons vaincus appelèrent à l«'ur secours des troupes et des rois de la Germanie, qui régnèrent sur eux jusqu'à l'époque d'Ida, le premier roi de Bernicie.Là se terminait l'ouvrage : des copistes postérieurs y ont ajouté les généalogies des dynasties des empires saxons, et ces généalogies font toutes remonter leur origine à Wodan. Comme appendices postérieurs, citons encore un opuscule sur les miracles concernant la Bi'elagiie, ainsi qu'une liste oii se trouvent les noms des villes de ce pays.

Les sources principales où puisa l'auteur sont, en dehors des traditions bretonnes etirlandaises, la chronique universidle de saintJérômeaveclacontinuation de Prosper, l'histoire ecclésiastique de Bède, celle d'Orose et un u livre de saint Germain » que l'auteur lui-même ne cite pas autrement (§ 47). Le livre de Nennius n'a d'autre importance que celle que lui donne le fond légendaire et national, qui se révèle aussi dans la forme (2). Gottfried de Monmouth, en faisant passer ce fond dans son ouvrage, lui donna une signification historique et littéraire. La manière elle-même dont l'auteur a traité son sujet ne contredit nullement le caractère national celtique. Le peu de sentiment pour la vérité, que Gildas qualifiait déjà de vice national de son peuple, et la forfanterie qu'il déploie afin de donner du relief, du moins pour les temps passés^ à sa nation entièrement reléguée à l'arrière-plan, tout cela nous montre bien que l'auteur ne s'élevait pas au-dessus de son peuple, tel qu'il était à celte époque : celui-ci, en eiïet, fortement enclin à la sensualité, se laissait dominer par l'imagination et la sensibilité plutôt que par l'intelligence.

L'autre ouvrage de cette espèce d'historiographie est des plus insignifiants et dépourvu de toute valeur. C'est une histoire nationale des Francs, composée en 82G, d'après une notice manuscrite : elle est attribuée à un certain Euchanbert (3). Jus-

\ « Duodecimum fuit bellum in monte Badonis, in quo corruerunt in uno die nongenti sexaginta viri de uno impetu Arthur; et nemo prostravit eos nisiipse solus, et in omnibus bellis victor exstitit. »

2. Par exemple pour le rôle que joue le nombre trois dans les données numériques. V. San-Marte, p. 16. r^ ■ r

3 Erchanherti Breviarium, dans : Ussermann, Prodromus hermantuc sacrae, Sangall, 1790, t. I, p. xxxix sq. ;- Par extraits avec le dernier

428 DlCriL. lŒRNARD [391-2.]

qu'à l'année 720, elle repose entièrement, si l'on en excepte deux ou trois additions, sur les Gesta Francorum (1). Après cette date, elle ne nous donne que des renseig-nements peu nombreux et bien minimes ; nous n'y trouvons pas même mentionnés les événements les plus importants : seule, la déposition de la dynastie mérovingienne est racontée en détail, d'après la tradition légendaire.

Page 1