Vov. là-dessus, Bethmann,p. 299, et Dahn, p. G
[48.] ÉCUITS TIIÉOLOGIQUES o7
texte biblique sur Martbo et Marie; Paul voit, dans l'une, la représentation de la vie active, et, dans l'autre, celle de la vie contemplative ; il donne de nombreux détails sur l'un et l'autre genre de vie. La manière dont il recommande de tenir le juste milieu, en joignant ensemble ces deux g-enres de vie, est des plus caractéristiques pour notre auteur : tout moine qu'il est, il se fait connaître là plutôt comme homme pratique que comme homme de contemplation; avec cela, c'était un homme d'une nature pleine de mansuétude et de tolérance.
Parmi les poèmes de Paul, qui nous restent encore, et ils sont plus nombreux que ceux de maints autres auteurs de cette époque, la plupart sont, eux aussi, des poèmes d'occasion, tout comme ceux d'Alcuin; mais ils sont, en partie, des poèmes d'un genre tout particulier. J'entends par là les poèmes qui ont vu le jour à la cour de Charlemagne et auxquels l'empereur lui-môme a donné naissance soit directement, soit indirectement. Ils nous introduisent admirablement bien dans le mouvement et dans la vie esthétique de cette cour, pour laquelle la poésie était une récréation et un ornement; ce mouvement et cette vie avaient grandi sur une base scientifique. Ce sont des réponses à des poèmes et à des épîtres poétiques de Pierre de Pise, écrits que ce dernier avait, en partie, adressés directement à Paul Diacre, au nom de Charlemagne. Comme introduction à cette correspondance poétique, il faut placer, ce semble, cette élégie de quatorze distiques (1), que nous avons précédemment mentionnée. En termes pleins de chaleur et d'émotion, Paul y demande à Charles l'élargissement de son frère, prisonnier depuis six ans; il lui dépeint, avec beaucoup de simplicité, mais dans des traits franchement poétiques, la misère de la famille de son frère; autrefois bien à l'aise et jouissant d'une haute estime, elle est réduite maintenant à mendier son pain dans les rues (2). Il faut encore rapporter au début de son séjour à la cour de Charles un duo poétique
i. « Verba tuifamuli, » etc. Dans la Préface de Waitz, p. 15; Poetae latin., I, p. 47.
2. Par exemple : lllius in patria conjunx miseranda per omnes Mendicat plateas ore tremente cibos.
Mg PAUL DIACRE [49.]
do Paul avec Pierre (1), écrit dans le mètre des hymnes, le vers trochaïque si connu; cependant ce n'est point la quantité, mais bien le rythme qui domine là entièrement. Je reviendrai phis loin sur la forme, quand j'examinerai, dans le livre suivant, d'une manière générale et en détail, la poésie rythmique de ce siècle et de celui qui le suivit.
Ici, c'est au nom de Charles que Pierre entreprend d'écrire : l'empereur remercie le ciel qui lui envoya, en Paul, le plus savant des poètes; il brille par la connaissance de plusieurs langues : pour le grec, c'est un Homère ; c'est un Virgile pour le latin, et un Philon pour l'hébreu. Comme poète, Charles le compare ensuite à Horace et à Tibulle. Il veut bien espérer que Paul a pris racine dans le champ de son amour et que son cœur n'est plus porté vers les anciens repaires [latibula). Il lui exprime ses meilleurs remerciements pour l'enseignement de la langue grecque qu'il a apprise à un grand nombre (2) et, particulièrement, aux clercs qui devaient accompagner sa fille à Byzance (3). Charles n'aurait pas osé, avant l'arrivée de Paul, compter sur une aussi grande gloire î Maintenant, il espère mieux encore ; il veut bien croire que Paul enseignera riiébreu aux savants. Dans sa réponse, Paul Diacre repousse cet éloge, exagéré à dessein et d'une manière plaisante; il ne saurait y voir que de « l'ironie, » et il ne donne pas moins luimême, d'une manière tout à fait humoristique, dans l'exagération : il veut, dit-il, plutôt mourir que de souhaiter ressembler à ces païens, avec lesquels le compare Charlemagne et qu'il comparerait volontiers lui-même à des chiens ; pour ce qui est du grec et de l'hébreu, il n'en sait pas le premier mot, ou
1. Dans Waitz, op. r.,p. 17 sq. Poetoc /rt^m., I., p. 48. u Nos dicamus Christo » etc. et : u Sensi cujus verba. »
2.« Crcflimus post Graecam, multis quam ostendis, regulam... » Ce multis doit être pris en considération, ce qu'on a parfois oublié de faire ; il on est de rnrmo du passage suivant, déjà signalé plus haut : Qui cupis Graeco susceptos erudire tramite : Quam non ante sperabnmus, nunc surrexügloria.
Il suit de là que Paul, le premier, encouragea, soit à la cour de Charlemagne, soil dans des cercles plus larges, l'étude de la langue grecque, qui était en grande considération.