Non rogi aut prou, non ejus, crede, jugali
Peccavi, ut meritis haec mala tanta veham . Crede meis verbis, frater sanctissime, crede,
Me objecti haud quaquam criminis esse reum. Perderet ut sceptrum, vitam propriumque nepotem.
[82-83.] POÉSIE ÉPISTOLAÎRK %
Dieu à témoin et en invoquant son jugement, qu'il est innocent du crime de haute trahison. Dans l'autre éj^ître (1. IV, c. 5), le prisonnier nous dépeint sa triste situation d'une manière encore plus saisissante ; elle est adressée au savant évéque d'Autun, Modoin, qui cultivait lui-même les muses ; elle semble, pour cette raison, avoir été écrite avec un art tout particulier. La belle introduction de ce poème nous rappelle celle de la première élégie des Tristes, d'Ovide. Le poète ordonne à sa muse, qu'il appelle tantôt Thalie, tantôt Erato, de se rendre sur-le-champ à la maison de Modoin, et là, tombant à ses genoux, de baiser en silence ses mains amies. S'il lui demande qui elle est et à qui elle appartient, alors elle parlera et dira qu'elle vient du cachot de Théodulphe, qui aime Modoin d'un amour sans limites ; elle dira qu'il est banni, sans secours, pauvre, triste, plein d'anxiété, de chagrin, méprisé, et que sa vie est pire que la mort. Ensuite elle exposera le motif de son message ; et, là-dessus, le poète prend luimême personnellement la parole, en conjurant ce « frère aimant » de ne pas l'oublier. L'amour fraternel n'est point passager comme les joies trompeuses de ce monde. Sa propre cause est celle de tous les membres de l'épiscopat ; ce qui lui est arrivé aujourd'hui à lui-même peut arriver demain à tout autre. Chacun est jugé d'après sa loi; l'évêque seul fait exception, et celui qui devrait juger les autres, perd même le droit. Point de témoins contre lui, point de juge compétent. Il n'a rien avoué, et néanmoins il a été condamné. A supposer même qu'il fut coupable, le pape seul, qui lui a accordé le pallium, aurait eu le droit de le juger (1).
Haec triasum numquam conslliatus ego.
Addimus et quartum : mihi non fuit ilia voluntas... V 303 sq. Cf. Simson, op. c, I, p. H5.
1. Avec cette épître, Tliéodulphe lui envoya les trois poèmes ci-dessus mentionnés. Nous avons, en distiques, la réponse qu'y fit Modoin. On la trouve dans l'édition des œuvres de Théodulphe, par Sirmond, 1. IV, c. 9. Dans cette réponse, insignifiante comme poème, il lui conseille d'accepter les conditions de Louis et de s'avouer coupable, afin d'obtenir son pardon, quoique cependant Modoin lui-même eût déclaré auparavant que Théodulphe était (f innocent >> et eût attribué sa chute aux efforts de ses rivaux. Cf. aussi Rzehulka, /. c, p. 55 sq.