‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident;Chapitre 6 sur 263 · ALCUIN · texte numérisé non relu

ALCUIN

Alcuin (1) est Thomme à qui Charlemagno riait surtout redevable (le sa culture intellectuelle et qui était rinslrument principal dont il se servait pour mener ses idées à bonne lin; il se trouve avec raison à la tète des écrivains de celle nouvelle période, que le génie créateur du monarque prépara, en remuant le terrain sur lequel elle devait grandir, A nul auli-e mieux qu'à ce représentant de la race germanique, la plus avancée alors dans la culture littéraire, ne pouvait écboir une si noble fonction, La parenté nationale seule fit d'Alcuin le véritable organe de Charles; elle seule rendit possible, entre les deux, cette action réciproque et complète dans le domaine intellectuel; elle fit passer en môme temps aux (iermains, pour la durée de Tépoque carolingienne, avec la domination po'ifique, la domination littéraire. Les auteurs les plus importants de cette période appartiennent, en eilet, prescpie tous, ainsi que le montre leur nom, à la race germanique.

i. B.Flacci Albini seu Alcuini opéra cura etstud. Frobonii, 2 tom. en i Vol. Ratisbonne, 1777; — Poetae latini aevi Carolini, od. Diimmler, tom. I, Berlin, 1881, p. 160 sq. (Monum. german. histor.) ; — Monumenta Alnihiiunn a Ph. Jaffé praeparata edid. Waltenbach etDuemmlor (Bd. VI der Bibl. rcr. german.Jaiïé's) Berlin, 1873 (on y trouve : Vita WiUihrovdi, De pair. reu. et sanctis Euboricae el Epistolae); — DispiUatio de rhetorica et de virludlni^ sap. reg. KarU et Albini magistri, m liheton's lutini minores éd. liai;"- Leipzig, I8G3; — Bisputatio Pipini nim Alf>inoschnlaslico édile par W. Wilmanns, dans la Zeitschr. f. deutsch. Alterthum. Nouvelle série, vol. II (1869), p. 530 sq, : — Lorentz, Alcuins Lrben, ein Beitrag zur Staats-Kirrhenund Kultur Geschichte der karolingisehen Zeit., Halle, 1829; — Aloniiier, Alcuin et Charlemagne avec des fragments d'un commentaire inédit d Alcuin, etc., 2° éd. Paris, 1863; — Dämmler, Alkuin, in dov Algrmrinen Deutschen Biographie, Bd. I, Leipzig. 1875; — Zeissberg, Ahuin und Arno, ni Zeitschrift f. oesterr. Gymnas. 13. Jahrg. 1862; — Sick.d, Almin^tudUn, in Sitzungsber. der phil. hist. Cl. der. Winier Akad., Bd. [LXXIX, 1875; — Diimmler, iY. A., p. 118 sq. ; — F. Humelin, Essai sur la rie et les nuvrages d'Alcuin (Thèse de doctorat). Rennes, 1873.

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Alciiin, qui aimait aussi, comme écrivain, à s'appeler Albinus (1), naquit à York, en 735; il descendait d'une famille illustre. Ainsi que son parent, le célèbre évêque missionnaire Willibrord, et comme Bède avant lui. il avait été, encore enfant, envoyé au cloître de cette ville. C'est dans l'école épiscopale, à la tète de laquelle était l'archevêque Egbert, qu'il reçut son éducation : toutefois, c'est moins Egbert qu'un de ses parents, Aelbert, le vrai maître de l'école, qui fut son précepteur. Ce professeur se distinguait par une rare universalité de connaissances et par un grand amour de sa profession^ qua lités qui rendirent bientôt son école si célèbre au delà de la frontière que même des étrangers y accoururent pour l'entendre. Alcuin, qui avait déjà, dans son enfance, montré le plus grand intérêt pour les études et qui était surtout ravi de la lecture de Virgile, ne tarda pas à devenir un des meilleurs' élèves; c'est en cette qualité qu'il accompagna son maître Aelbert dans un de ces voyages scientifiques qu'il entreprenait, ainsi que s'exprime Alcuin lui-même, avec le but de « trouver quelque chose de nouveau en fait de livres ou d'études (2). » Ils se dirigèrent vers Rome : cette ville était en effet, le terme de semblables voyages. D'élève, Alcuin devint l'assistant d'Aelbert, surtout lorsque, après la mort d'Egbert en 766, le maître fut promu à la dignité d'archevêque. Douze ans après, Aelbert résigna ses fonctions et en revêtit ses deux élèves de prédilection : Eanbald eut l'archevêché, et Alcuin, déjà diacre, eut l'école et l'administration de sa riche bibliothèque. Après la mort d'Aelbert, en 780, Alcuin vint chercher à Rome le pallium pour Eanbald. C'est l'année suivante, lors de son retour de cette ville, qu'il eut, à Parme, une entrevue avec Charlemagne dont il avait déjà fait la connaissance à l'oc-

i. En latinisant son nom. On le trouve également réuni àFlaccus : Flaceus Albinus, par exemple, Ep. 4 et 78. Cf. également Ep. 155 (p. 582). ^- ^'ofi semel externas peregnno tramite terras

Jam peragravitovans, sophiae deductus amore : Si quid forte nom lihrorum seu studîorum, Quod secum ferrct, terris reperiret in Ulis, he sandis Euhoricae iirhis, r. lioS^r/. Cela rappelle lesvoyagesscientifiques entrepris plus tard par les Humanistes.

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casion d'une mission de la part de son maître; c'est là aussi qu'il reçut sa nomination h la cour de l'empereur.

Doté, par Charles, des abbayes de Ferneres et de Troyes, Alcuin passa d'abord huit années à la cour, et c'est dans cet espace de temps qu'il déploya sa plus grande activité^ soit dans l'école impériale, soit pour l'éducation de l'empereur. Alcuin ne se distingua pas seulement à la cour comme un maître incomparable, ainsi que nous le montrera l'analyse de ses ouvrages, mais il se mit surtout en évidence par son commerce qui ouvrait à l'esprit des horizons nouveaux. Alcuin n'était pas un pédant; il faisait joyeuse figure à la table enjouée de l'empereur : véritable Anglo-Saxon, c'est lui surtout qui amusait la société, en proposant des énigmes que personne mieux que Charles ne s'entendait à déchiffrer; il aimait, par des épigrammes plaisantes, à taquiner ses jeunes amis, quoiqu'il n'eût en cela d'autre but que de redresser leurs défauts. Mais il ne manquait pas avec cela d'amener la conversation sur les sujets sérieux concernant la science et la foi. Il était même alors sans doute le conseiller de Charles, lorsqu'il élaborait les ordonnances relatives au culte et à renseignement.

Pris de nostalgie, paraît-il, il retourna en Angleterre, vers 790; il n'avait d'ailleurs obtenu de son évéquc et de son souverain qu'un congé temporaire. Il n'y resta toutefois que deux ans, car nous le retrouvons de nouveau en France, en 793. Ce qui le détermina acquitter de nouveau sa patrie, ce furent les tristes circonstances politiques où elle se trouvait, comme aussi le vœu pressant de Charles ; Fcmpereur avait, plus que jamais, besoin de ses lumières pour combattre l'hérésie de l'Adoptianisme qui, de l'Espagne, avait pénétré en France, et pour lutter aussi contre celle de l'adoration des images condamnée par le deuxième concile de Nicée. Mais, avant tout, Alcuin se crut appelé à entrer en lice pour la pureté de la foi : c'est pour cette noble tâche que son maître Aeibert l'avait choisi entre tous. Aussi est-ce en qualité de représentant de l'Eglise d'Angleterre qu'il prit part, en 794, au concile de Francfort, où, grâce à son intluence considérable, ces deux questions religieuses furent résolues dans le sens de Cliarlemagne. Dans la discussion de toutes deux, Alcuin prit part

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aussi aux débats comme écrivain polémiste. En 796, Alcuin, qui à la suite de l'assassinat d'Ethelred, son roi bien-aimé, avait abandonné toute idée de retour en Angleterre^ obtint de Fempereur l'autorisation de se retirer de la vie agitée de la cour et de la politique; l'âge justifiait d'ailleurs ce vœu doublement. L'abbaye de Tours était vacante ; il l'obtint. Ce cloître célèbre et son école étaient en complète décadence ; Alcuin leur redonna la vie. Il fit plus : ainsi que Charles l'avait désiré (1), il le transforma en une école modèle, un nouvel York, où l'on formait les élèves, venus souvent de fort loin^ à devenir des maîtres capables d'élever la jeunesse de l'empire. Il fît venir d'Outre-Manche les ressources littéraires.

Alcuin ne cessa pas néanmoins d'être toujours, pour ainsi dire, le ministre des cultes de Charlemagne ; non seulement il le conseillait par ses lettres, mais il déployait une activité infatigable à combattre les hérésies, surtout l'Adoptianisme^ soit par des circulaires, soit aussi par des ouvrages de longue haleine. Bien plus, tout en restant à Tours, il prit, sur les instances de Charles, une part des plus actives au synode d'Aixla-Chapelle. Au moyen de sa correspondance très étendue^ il resta toujours en relation avec le monde savant de l'empire des Francs, surtout avec celui de la cour, comme aussi avec ses amis d'Angleterre. C'est ainsi que cet homme remarquable conserva jusqu'à sa mort, arrivée en 804, une activité intellectuelle des plus variées et des plus vives,- en répandant en France, ainsi qu'il s'exprime lui-même (2), la semence de la science au soir de la vie, comme il Tavait répandue en Bretagne dans la fleur de l'âge.

Les œuvres d' Alcuin se composent de prose et de vers. Les unes comme les autres ont exercé une grande influence, mais

1. Aie. Ep. 78, p. (345) : « Ergo vero, écrit Alcuin à Charles, Flaccus vester secundum exhortationem et bonam voluntatem vestram aliis pertecta sancti Martini sanctarum mella scripturarum ministrare satago, alios vetere antiquarum disciplinarnm mero inebriare studeo, alios gramraaticae siibtilitatis enutrire pomis incipiam, quosdam stellarum ordine — ceu pictor cuilibet inagnificare domus culmina — inluminare gestio, plurima plurirais factus, ut plurinios ad profectum sanctae Dei ecclesiae et ad decorem imperialis regni vestri erudiam. »

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