V. vol. I, p. 327 et
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lui-même, dans la préface, que c'est un sentiment de piété qui lui a fait prendre la plume : son livre a pour but, en faisant le récit des miracles opérés par les reliques, « d'élever Tâme du lecteur en le portant à louer son Créateur, » le Dieu toutpuissant, le véritable auteur des miracles. Mais la manière toute particulière dont Eginliard nous fait connaître ses intentions pourrait bien faire croire que ce sentiment pieux n'a pas seul déterminé notre auteur; un peu de vanité ne semble pas étrangère à cette composition, et cette vanité seule a pu influer à ce point sur la force de son jugement, qu'il ne se fait aucun scrupule de rapporter les faits les plus incroyables parmi ceux qu'on lui avait racontés touchant la vertu des reliques (1). On faisait parade pour ainsi dire de la possession de ces trésors miraculeux qui donnaient la plus grande réputation aux églises oii ils étaient conservés. Par là s'explique également le caractère personnel et subjectif du récit d'Eginhard; depuis le début jusqu'à la fin, c'est Fauteur qui occupe le premier plan, en sorte que son livre semble être composé dans le style des Mémoires. Ce côté donne déjà au récit un intérêt bien supérieur à celui des Translations ordinaires, et cet intérêt grandit encore par maints traits admirables au point de vue de l'histoire de la civilisation, ainsi qu'on va le voir par l'analyse nui suit.
Dès le début de sanarration, Eginhardraconte qu'après avoir bâti son église à Michelstadt, il hésitait et ne savait trop à quel Saint la dédier, car cette dédicace exigeait autant que possible des reliques du Saint : mais voilà qu'à la cour, à Aix-la- Chapelle, il eut une entrevue avec un diacre romain, Deusdona, et la conversation tomba sur les tombeaux des martyrs, si nombreux à Rome et presque abandonnés. ï]ginhard songe alors à sa nouvelle basilique et demande comment il pourrait bien entrer en possession u d'une parcelle de reliques authentiques. » Le rusé Romain lui dit, après un moment de réflexion, qu'il en possède lui-même une grande quantité et que s'il veut
Ml y est dit, par exemple, cVime guérison (c. 68) : ulta sanusab oratione surrexit, utnec tunior in facie, nec dolor in dentibus, nec (jibbus, quo premebatuv, remancrct in duvso. »
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bien lui faciliter son retour à Rome, il les lui enverra. Eginhard accepte de grand cœur la proposition ; il lui donne un mulet et des provisions de voyage, et il fait partir avec lui son notaire Ratleik accompagné d'un domestique. Ils arrivent à SoisGons. Dans cette ville, Deusdona promet également à l'abbé llilduin de lui envoyer le corps de saint Tiburce et l'abbé répond à cette offre en donnant au diacre un nouveau compagnon, nommé Hun. Arrivés à Rome, le diacre failles réponses les plus évasives à ses compagnons qui ne tardent pas à s'apercevoir qu'ils ont été ses dupes. Le domestique do Ratleik, ayant été malade de la fièvre pendant la route, avait déjà eu connaissance, dans une vision, des dispositions de Deusdona. Ils prennent donc la résolution de recourir au vol pour se mettre en possession de reliques, et, en fin de compte, le diacre promet de les assister dans cette tentative. Certes, le sarcophage solide de saint Tiburce résiste à leurs efforts ; mais ils réussissent à ouvrir, tout près de là, le tombeau des SS. Marcellin et Pierre. Ils s'emparent d'abord des restes du premier, et ensuite, pour que ceux qui avaient été réunis dans leur martyre ne fussent pas séparés dans leurs reliques, Ratleik ajoute au larcin les restes de saint Pierre. Comme fiche de consolation, Hun reçut aussi des cendres de saint Pierre; et comme ces dernières gisaient à part, on tomba d'accord qu'elles pourraient bien avoir appartenu à saint Tiburce ! Ce pieux larcin cependant ne fut mis à exécution qu'après un jeûne de trois jours et après avoir imploré la protection de Dieu, de Jésus-Christ et celle des martyrs eux-mêmes.
C'est en observant les plus grandes mesures de précaution pour ne pas être découverts, qu'on porte furtivement ce précieux trésor jusqu'à Saint-Maurice. A partir de là, on met les reliques dans un cercueil et on les « transfère » solennellement, car partout le peuple les accompagne, en masse, au chant des hymnes. Ils arrivent ainsi à Michelstadt, oii Eginhard, en voyage à ce moment, s'empresse d'accourir.
Cependant, au commencement de l'année suivante (828), ces reliques furent transférées à Muliuheim, qui prit ensuite le nom de Séligenstadt; diflerentes personnes, en effet, prétendaient avoir entendu, dans des rêves ou des visions, les martyrs eux-
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mêmes déclarer ne vouloir plus rester à Michelsladt. Mais celle translation avait, selon toute apparence, un tout autre motif: Michelstadt était trop i'iolé pour que le culte des reliques (1) y reçût tous les honneurs qu'il devait y acquérir.
Toutefois, le prêtre Hun n'avait pas pu se contenter du peu de cendres dont on l'avait gratifié, ei, à Rome même, il avait réussi, en gagnant le domestique de Ratleik, à se mettre en possession d'une urne toute lemplie de la poussière de saint Marcelliu. Eginhard l'apprend à Aix-la-Chapelle de la bouche même de Hilduin : il réclame et obtient la restitution de ce vol. L'auteur nous fait un récit détaillé de tout cela, comme aussi de la nouvelle translation, àMulinheim, de ces reliques volées. Vient ensuite uns relation circonstanciée des miracles opérés par les reliques, et ce récit occupe les deux tiers du livre. Ce sont, en général, des guérisons ordinaires, de la majeure partie desquelles (2) Eginhard dit avoir lui-même été témoin. Mais un de ces miracles mérite une mention particulière : il eut lieu en l'absence de l'auteur, en sorte qu'on lui en lit une relation écrite (c. 49 sq.). C'est la guérison d'une jeune fille possédée par un démon. Ce qui est digne de remarque, ce sont surtout les déclarations que ce démon est réputé avoir faites par ta bouche de la jeune fille, déclarations contenant une critique mordante de l'état moral de cette époque. Ce démon, longtemps portier de l'enfer, a ravagé, à ce qu'il dit lui-même, l'empire des Francs encompagnie de onze de sespareils, détruisant les fruits et semant la maladie parmi les hommes et les animaux. Le prêtre, qui exorcise la jeune fille, demande à cet esprit malin pourquoi il a ainsi semé la désolation. Le motif, répondil, c'est l'immoralité du siècle; là-dessus, il en fait un tableau dans lequel il épargne encore moins les grands que le peuple. A ce rapport qu'on lui avait adressé, Eginhard ajoute : A quel degré est-elle donc arrivée, la misère de notre temps, si les démons eux-mêmes doivent moraliser les hommes et s'ils sont obligés de nous rappeler à une vie meilleure (3) ?
i. V. JafTé, /. c, p. 496, rem. 7.
2. Principalement guérisons de mu?ts, sourds, paralytiques, épiieptiques et possédés.
3. A la m 'me époque (828} Eginhard recul c. i7 sq.) un autre rapport
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Do la mrmo époque environ, il nous reste une « Passion » (le ces deux martyrs, en trois cent cinquante-trois tétramètrcs trocliaïques rythmiques; c'est l'emploi seul de ce mètre, dont je reparlerai plus loin, qui la rend digne de remarque (1); dans un manuscrit, elle est attribuée à Eginhard(2). Notre auteur, il est vrai et nous Tavons vu plus haut (3), s'est fait connaître comme poète^ bien qu'aucun ouv^rag-e de sa muse ne soit parvenu jusqu'à nous; mais néanmoins très peu d'arguments nous autorisent à lui attribuer ce poème. En outre^ s'il n'est pas inadmissible de supposer qu'Eginhard, malgré son éducation classique, ait chanté ses Saints dans un mètre populaire et rythmique, il est au moins très invraisemblable de croire qu'il ait pu le faire sans y dire un seul mot de sa Translation qui fut seule le point de départ de la renommée de ces Saints.
Un certain nombre de Lettres d'Eginhard nous ont été conservées, notamment dans un recueil de modèles de style épistolaire, comme les moines avaient coutume d'en faire pour l'enseignement; ce recueil provient du monastère de Saint- Bavon^ à Gand, lequel appartenait à Eginhard(4). Ces lettres, qui ne sont presque que des lettres d'affaire, quoique cependant quelques-unes soient adressées aux empereurs Louis et Lothaire, nous livrent des documents, peu nombreux il est vrai, mais néanmoins très précieux pour la biographie et la connaissance caractéristique de l'auteur. Elles nous témoignent notamment de la grande bonté d'âme d'Eginhard^ qui se faisait un plaisir d'intervenir personnellement ou de servir de médiateur en faveur d'autrui; nous y voyons, d'autre part, que,
de Mulinheim, lequel avait été annoté par Ratleik et contenait une révélation iaite à un aveugle par l'ange Gabriel, Cet écrit était expressément destiné à l'empereur Louis et il lui fut rem-s par Eginhard. On voit partout cela combien le peuple avait déjà un pressentiment du danger qui le menaçait et qui provenait de la faiblesse du gouvernement.