V. Lupus, Ep. ik
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ce sens que les héros ne sont plus des thaumaturges, mais deux hommes ayant hien mérité de la culture. L'une est la vie de Sturm, premier ahbé de Fulda, écrite par Eigil, l'un de ses successeurs (1) et prédécesseur de Raban. Je reparlerai de cet auteur dans la biographie de ce dernier. Eigil, qui mourut en 822, fut, pendant plus de vingt ans, l'élève de Sturm; il lui était uni par les liens du sang, et, dès son enfance, il avait été reçu dans le monastère de Fulda pour y faire son éducation : c'est donc en partie dans son expérience qu'il a puisé les renseignements de cette Vie écrite encore au vm^ siècle. Eigil le dit lui-même, dans la dédicace à la religieuse Angildruth; c'est elle qui l'avait engagé à composer ce livre et l'avait prié de faire le récit de la vie du Saint, comme aussi celui des débuts du monastère de Fulda (2). Ce dernier détail, conséquence nécessaire de cette biographie, donna à ce travail un point de vue plus élevé et général, lequel devait le mettre bien au-dessus du niveau ordinaire des Yies de Saints. Et, en effet, l'auteur y traite surtout de la fondation de ce monastère qui était destiné à devenir le premier berceau de la culture scientifique, dans l'intérieur de l'Allemagne.
Sturm descendait d'une race illustre et était d'origine bavaroise; dans sa jeunesse, il avait été mis entre les mains de saint Boniface, lors de sa seconde visite en Bavière, pour en recevoir l'éducation ecclésiatique ; ce dernier l'avait ensuite, à Fritzlar, confié à Wigbert, prêtre et plus tard abbé, auprès duquel Sturm apprit les psaumes par cœur, en même temps que la lecture et l'explication de la Bible. Il reçut ensuite la prêtrise; mais, deux années s'étaient à peine écoulées, qu'il se sentit porté vers la vie ascétique et érémitique. Saint Boni-
1. Dans les Monum. Germaniae histor., éd. Pertz, Sript., t. II, p. 365 sq. — Retlberg, Kirchengesch. Deutschlands, vol. I, p. 371, 609 sq. ; — Schwartz, Bemerkungen zu Eigils Nachrichten über die Gründung und Urgeschichte des Klosters Fidda. (Progr. zur Feier tausend jähriger Erinnerung an Hrabanus Maurus.) Fulda, 1856.
2 <( Poscebas enim, est-il dit dans la dédicace, ut initia et vitam sancti et venerabilis abbatis Sturmi tibi exponerem, ac primordia monasterii sancti Salvatoris quod ab eo fundatum atque constitutum est, quodque alio nomine appellatur Fulda, conscriberem, causas quoque ejusdem coenobii, quas res visu vel auditu didicerim, sincère narrarem. »
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face, enchanté de sa résolution, l'envoya avec deux compagnons dans la forêt solitaire, appelée Buchonia, pour y fonder un établissement conforme à son nouveau plan de vie. Ils commencent par se bâtir d'abord des chaumières dans la contrée de Hersfeld, oii s'éleva plus tard le monastère, et ils y établissent quelque temps leur résidence (1). Mais voilà que saint Boniface déclara que ce lieu était exposé à trop de dangers, comme trop voisin de la frontière saxonne ; il leur ordonna donc de pénétrer plus avant dans la forêt. L'auteur nous fait un récit attrayant et plein de vie de ce voyage, en prenant apparemment pour base les communications de Sturm luimême. Ils essaient de remonter la Fiilde, sur une barque, et de pénétrer ainsi dans la forêt ; et comme leurs efforts ne sont pas couronnés de succès, Sturm, encouragé de nouveau par saint Boniface, tente seul d'y pénétrer par terre et entreprend son voyage monté sur un âne. C'est un véritable voyage d'exploration, tout comme dans une forêt vierge (^2), accompagné de maintes petites aventures, entre autres, la rencontre de Slaves (c. 7) qui se baignent et qui, étant encore païens, ne manquent pas de honnir le pieux pèlerin. Enfin, à la suite d'une inspiration divine, ainsi qu'il le pense lui-même, Sturm découvre un endroit favorable à son établissement. Saint Boniface ratifie son choix, adiète le terrain, arrive lui-même pour présider au défrichement du pays et aux premiers préparatifs de la construction du monastère, dont vSturm achève ensuite l'exécution (744).
Quelques années plus tard, Sturm entreprit le voyage de Rome pour étudier la vie monastique en Italie, et être à même de donner à son monastère des règles certaines. La renommée de ce dernier ne îarda pas à se répandre au loin, et elle prit
1. « Manseruntque illic tempus non modicum, » c. 4. Pour cette question controversée de leur séjour en cet endroit, question suscitée également par un autre passage, c. 11, voir principalement Schwartz, p. 29 sq.
2. « Sicque vir Dei p^r horrendum solus pergens desertum praeter bestias, quarum ingens in eo fuit abundantia, et avium volatum et ingentes arbores... nihil cernens... (c. 8.) Et tune quando alicubi noctabat, cum ferro quod manu gestabat, sepem caedendo ligno in gyro composuit, ad tutamen animalis sui, ne ferae, quarum perplura ibi multitudo erat, illud devorarent. n (c. 7.) Ces bêtes féroces sont apparemment des loups et des ours.
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encore une extension bien plus considérable par la translation qu'on y fit des reliques de saint Boniface ; elles étaient conservées d'abord à Mayencc qui les eut gardées très volontiers, (^ette translation eut lieu l'année même de la mort du saint, en 755. Kigil laisse à d'autres toutefois le soin de raconter les miracles opérés par ces reliques vénérées. Il nous dit, j)ar contre, comment Sturm défendit victorieusement l'indépendance de son monastère contre Lull, archevêque de Mayence, et les relations étroites qu'il eut avec Charlemagne (c. 21); il nous apprend qu'il prêcha l'Évangile aux Saxons, mais qu'à la suite d'une invasion de ce peuple, il dut abandonner son monastère, en compagnie de ses moines, exode auquel prit part Eigil lui-même. L'année suivante (779, 17 décembre), Sturm mourut à Fulda.
De même que le fond de cette Yie est purement historique, ainsi la forme est-elle celle d'un récit simple et sans ornements, laissant de côté toute pompe qui sent le panégyrique, mais montrant un chaleureux intérêt pour le héros. Un peu diffuse Çti et là, cette narration nous rappelle les communications orales.
L'autre Vie de saint, également remarquable, est consacrée à célébrer la gloire d'un missionnaire qui avait eu, lui aussi, les plus étroites relations avec saint Boniface : c'est la Yie de saintGrégoire d'Utrecht(l), composée par son disciple Liudger, un Frison d'origine, dont je raconterai la vie au livre suivant ; disons ici seulement qu'il avait fait ses études à York, sous Alcuin, et qu'à sa mort^ arrivée en 809, il était évêque de Munster.
Cette Yie est écrite, bien plus que la précédente, dans le style ordinaire des légendes, comme le dit aussi \Yattenbach (2) ; mais elle a pourtant un fond remarquable, sous plusieurs rapports, au point de vue historique, non pas seulement à cause de la personnalité de son héros, mais plus encore par le rôle qu'y
1. Dans Mabillon, Ac/a Srt/îc^o?'. ord. S. Bcncdidi (v. vol. T, p. 646, rem. 1.) Saec. JIÏ, p. 2 ; — Rettbero^, Kirchengeschichte Deutschlands, vol . H, p. 531 sq.