MAM'ELS
que le maîU'c prend la parole ; il ne pnHi! son eoncours (lue dans les cas difficiles, là surtout oi^i la grammaire empiète sur le domaine de la dialectique; dans les délinitions, comme lois- (ju'il s'agit, par exemple, dès le début, de fixer le sens de res^ intellectîiSy vox, trois termes nécessaires à toute discussion. Cette conversation, si aride par elle-même, a cependant un certain charme dramatique qui est, à coup sur, une imag-e de la vie et qui reflète les allures libres de l'école impériale : elle est parsemée, eneiïet, par les élèves, de plaisanteries qui donnent un relief ironique à cette méthode d'enseignement (1).
Quanta ce qui est du contenu, l'auteur traite d'abord des lettres, des syllabes et, ensuite, successivement des parties du discours. x\u chapitre des syllabes, le maître lui-même ne dit que quelques mots sur l'accent et la quantité, par la raison que ces notions sont du domaine de la métrique et qu'on les apprendra quand on sera parvenu à cette science (2). La métrique nous apparaît donc déjàalors comme une science à part, comme une branche spéciale d'enseignementpour des élèves d'un âge plus avancé (3). Au reste, le fond ne fait que reproduire les anciennes grammaires, parmi lesquelles se trouvent également citées celles de Donat et de Priscien; quant aux définitions, elles sont prisés aux étymologies de saint Isidore.
Ainsi que la forme le montre, cette Grammaire fut écrite directement pour l'école de la cour, tandis que la Rhétorique et la Dialectique d'Alcuin furent composées, avant tout, pour Charlemagnc lui-même : ici^ le dialogue a lieu entre « le roi Charles » et son « maître Albinus. » Ces deux dernières furent même composées, ainsi que je le conclus du début de la Rhétorique, pour servir de répétition aux leçons orales (qui avaient dû précéder et auxquelles l'auteur fait allusion) (4) et
1. En voici un exemple: « Ecce, France, de appellativis speciebus habes abunde, ut reor, licet nuUus tuae aviditati possit satisfacere — Francus : non sumtam avidus. quam tu invidus, qui nulla vis aperire, nisi interroga- Lione coactns. » L. c, p. 273.
3. C'est ainsi que Raban la cite également parmi les sciences qu'il étudia à Tours auprès d'Alcuin. V. plus loin à la biographie de Raban.
i. « Verum ex quo mihi paucis luis respousionibus januas rhetoricae arlis
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de compléqieiit systématique à ces mêmes leçons. Il paraît de plus que la Rhétorique ne fut composée qu'après le retour d'Aïcuin d'Angleterre, mais elle suivit de Drès ce retour (1). Là aussi, le dialogue revêt un certain caractère personnel. Dans ses réponses, Alcuin observe l'étiquette de lacour, tout comme dans ses lettres à Charles. Il va même jusqu'à laisser croire qu'il ne peut plus rien dire au roi que celui-ci ne sache depuis longtemps, et que l'obéissance seule le force de répondre. Mais Charles veut apprendre la rhétorique à cause de sa haute importance pour les « questions civiles, » civiles quaestiones ; c'est là précisément Timportance qu'elle avait dans l'antiquité. Et, en effet, la Rhétorique d'Alcuin n'offre rien de plus que la rhétorique ancienne, si Ton fait abstraction d'un certain coloris chrétien. La base sur laquelle elle repose, est l'ouvrage de Cicéron, Deinventione, auquel Alcuin renvoie directement; mais, à côté des exemples empruntés à l'histoire ancienne par Cicéron, Alcuin en donne d'autres tirés de la Bible, suivant en cela la route tracée par saint Ambroise dans son ouvrage deà Offices (2). A côté de Cicéron, c'est surtout Julius Victor qui est mis à profit, et l'auteur leur emprunte de longs passages qu'il cite textuellement.
^ Ce Compendium est suivi d'un petit supplément sur les vertus; voilà pourquoi, dans les manuscrits, l'ouvrage tout entier porte le titre de : Disputatio de rhetorica et de viriutibus. Le
vel dialecLicae subtilitatis claustra partim aperuisti, valde mihi in eas rationes fecisli intentam, maxime quia me in cellaria arilhmeticae disciplinae pridie sagaciter induxisti vel astrologiae splendore inluminasti. »Ainsi s'exprime Charles dès le début de la Rhétorique. (L. c, p. 525.) On peut voir aussi par là que le maître avait fait précéder l'enseignement des sciences mathématiques. Les distiques eux-mêmes qui servent d'introduction et qui donnent ce livre comme Fœuvre commune de Charles et d'Alcuin parlent en faveur de ma manière de voir, laquelle au surplus est fondée bur la nature des choses.
d. Elle débute^ par ces paroles de Charles : « Quia te, venerande magister Albine, Deus adduxit et reduxit, quaeso ut iiceat mihi te de rhetoricae rationis praeceplis parumper interrogare ; nam te olim memlni dixisse, totam ejus artis vim in civilibus versari quaestionibus.»(L. c.) Cette dernière phrase semble aussi faire allusion aux leçons orales qui avaient eu lieu avant le retour d'Alcuin en Anglelerre. Il est possible que la longue absence du maître eût fait sentir à Charles le besoin de ce manuel.