‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident;Chapitre 87 sur 263 · Que Frechuir connaissait bien, quoiqu'il ne le nomme pas · texte numérisé non relu

Que Frechuir connaissait bien, quoiqu'il ne le nomme pas

désir formel. Ceux des livres de Judith et d'Esther sont dédiés à l'impératrice Judith , que l'auteur compare aux héroïnes juives, lesquelles du reste sont considérées ici comme le type de l'Eglise. Quant aux commentaires sur les Paralipommes et les Macchabées^ c'est à Louis le Germanique que Raban les dédia, après avoir même déjà dédié le dernier depuis longtemps à l'archidiacre impérial Gerold. Le premier de ces deux ouvrages doit être, pour le roi, comme un guide dans la direction du gouvernement (1). Mais tous deux, joints à l'explication des livres des Rois, composée pour l'archichapelain Hilduin, ont un intérêt général en ce qu'ils nous montrent l'étendue des connaissances historiques et de la culture de Raban, qui était le premier savant de l'Allemagne à cette époque. Dans la composition de ces commentaires, l'auteur a mis aussi à profit même des historiens profanes, notamment Justin, et même, en dehors de Josephe, un auteur moderne juif (2), ce dont on lui sut très mauvais gré.

Parmi les écrits du Nouveau Testament, Raban commenta encore les Epîtres de saint Paul : cet ouvrage, très détaillé, n'est qu'une pure compilation, et il fut même composé, en partic, avec l'aide d'autres personnes. On lui attribue^ en outre, un commentaire sur saint Jean. Enfin, pour répondre au désir de Louis le Germanique, Raban édita une explication des cantiques qu'on chantait à matines.

Nous distinguons, en troisième lieu, les ouvrages scientifiques de Raban, c'est-à-dire ceux qui étaient destinés à compléter l'éducation du clerc et du savant. A cette classe appartient d'abord celui qu'il composa étant encore professeur et qu'il dédia à l'archevêque Ileistulf; il a pour litre .De clerico-

1. Raban dit clans Ja dédicace : u ... Cogitavi aliquod servitium, ut, amantissimo decet domino, vobis exhibere, quod etiam vestrae nobilitatis in divinis legibus poluisset nostro labore aliquo modo florens exercere ingenium, divinaque sacrorum librorum testimonia rimando, regni gubernacula secunduni Patrum praecedentium oxempla legitime tenenda instruere. »

2. 11 Tavait d'abord cité dans le commentaire sur les livres des Rois ; malgré les attaques qu'il subit à cet effet, il le mit de nouveau à profit dans son travail sur les Paralipomènes, preuve que ces attaques l'avaient peu t/iurmenté. Il s'explique là-dessus dans la dédicace de ce dernier, commentaire.

[J.*^I 2.] Di: CLKRTCORIIM INSTITTÎTIONE 149

non institntwn(\ cl doit sa naissancoà des réponses, orales et écrites, faites par Raban à des questions que ses moines lui avaient adressées, surtout ceux qui avai(;nt reçu les ordres. Tout ce (pli est nécessaire à la discipline et à l'éducation du prêtre pour le service de FEglise^ doit être contenu et expliqué dans cet ouvrage. Il comprend trois livres. Dans les deux premiers, l'auteur traite les questions ayant trait à l'intelligence du service ecclésiastique : dans l'un, la constitution do l'Église, les ordres, l'habillement des prêtres, le baptême, la messe; dans l'autre, les offices des heures canoniques, la prière, la confession, le jeune, les fêtes, le chant ecclésiastique, les leçons, le symbole, et « comme pour faire constraste avec ce dernier » un tableau synoptique des diverses hérésies. Dans le troisième livre, Raban enseigne quelle est l'éducation nécessaire aux ecclésiastiques. D'après lui, la plénitude delà science, l'intégrité de la vie et la perfection de l'érudition doivent être le partage de ceux-là surtout qui commandent dans l'Eglise. La sagesse et les bonnes mœurs sont également nécessaires; celle-là donne du relief à celles-ci, et celles-ci recommandent celle-là : l'auteur traitera donc des deux dans ce livre (c. 1) (1). Mais, pour Raban, la base comme le couronnement de toute sagesse, c'est la science de l'Écriture sainte : cette science, qui dérive immédiatement de Dieu, est la source de toute vraie sagesse, soit profane, soit même païenne (c. 2) (2). Il traite donc, en premier lieu, de l'étude de l'Écriture sainte (c. 6 sq.) ; ensuite, des sciences des païens (c. 16 sq.). L'auteur en parle d'abord en général, en distin-

1. « Sed quia utrumqiie necesse est, ut bonam viLam sapienLia illustret, et sapientiam bona vUa commendet, utrumque in hoc libro. .. digeremus. »

2. « Fundamentum autem, status et perfectio prudentiae scientia est sanctarumScripturarum, quae ab illa incommutabili aeternaque sapientia profluens, quae ex ore Altissimi prodiit, primogenita scilicet ante omnem creaturam, Spiritus sancti distributionibus per vasa Scripturae lumen indeficiens, quasi per laternas, orbi lucet universo, ac si quid aliud est, qiiod sapientiae nomine rite censeri possit, ab iino ecclesiaeque sapientiac fonte derivatum, ad ejus respectât originem. » Il développe encore cette pensée et dit plus lard : « Ac ideo ad unum terminum cuncta referenda sunt et quae in libris gentilium utilia, et quae in Scripturis sacris salubria inveniuntur...»

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guant CO qui dans ces scioncos, comme dans les insiitulions des hommes, est superstition de ce qui ne l'est pas, et en rejetant seulement ce qui est superstitieux. Tout ce qui est historique, il le prend par cela même sous sa protection (1); l'histoire des païens sert même à l'explication de la Bible.

Au chapitre 18, Raban passe aux arts libéraux et il commence par la g-rammaire qu'il définit ainsi : Scientia hiterpretcmdi poetas ntqiie hisloricos et rede scribehdi loqiiencliqiie ratio. Vient ensuite la métrique, « enseig'née par la grammaire; » l'auteur en parle comme d'une « noble » science (2), et il base son jugement sur ce point erroné, à savoir que les psaumes et les cantiques de l'Ancien Testament auraient été composés dans un mèlre classico-antique. De plus, dit-il, c'est dans un mètre semblable que des ouvrages excellents ont été composés par des hommes é^angéliques, tels que Juvencus, Sédulius (que Raban aime aussi à citer dans ses commentaires bibliques), Arator, Alcimus (Avitus), Clemens (Prudentius), saint Paulin et saint Fortunat. « Mais si nous voulons lire les poèmes et les livres des païens à cause de leur éloquence fleurie, » il nous faut procéder comme le faisaient les Juifs envers leurs esclaves païennes; d'après les prescriptions divines (IP liv. de Moïse) ils ne pouvaient contracter mariage avec elles qu'après les avoir purifiées en leur coupant les cheveux et les ongles (3),

Raban recommande la rhétorique à cause des sermons ; il exalte particulièrement la dialectique qui est, ainsi qu'Alcuin l'a montré (4), une arme contre les sophismes des hérétiques; mais, en même temps, il met en garde contre l'abus de l'art de

1. « Aliud est enim facta narrare, aliud docere facienda.» (L. III, c. M),

2. a Metricam autein rationem... non ignobile est scire. » (G. 18.)

3. Cette pensée est empruntée à St Jérôme. Voy. vol. I, p. 214. Raban continue en l'expliquant ainsi: « Itaque et nos hoc facere solemus, hocque lacère debemus, quando poetas gentiles legimus, quando in manus nostras libri veniunt sapientiae saecularis, si quid in eis utile reperimus, ad nostrum dügma convertimus, si quid vero superfluum de idolis, de araore, de cura saecularium reium, haec radamus, his calvitium inducamus, haec in unguium more ferro acutissimo desecemus. » (1 18.)

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