CHAPITRE DEUXIEME
WALAHFRID STRABO.
Le disciple le plus remarquable de Raban est le premier représentant des belles-lettres à cette époque dans J'Empire franc de l'Est : j'ai nommé Wahlafrid Strabo(2); il avait reçu, il est vrai, sa première éducation dans un autre asile de la science, en Allemagne, au monastère de Reiclffïau, situé dans une île du lac de Constance. Le prénom deStrabo, qu'on trouve également sous la forme de Stratus, lui venait de ce
1. Une preuve encore qu'il en est ainsi, c'est que Walahfrid, dans un livre De exordiis, etc., ne fait pas même mention de Raban comme hymnologue (Voy. plus loin). Le mètre asclépiade, employé ailleurs par Raban, pourrait témoigner en faveur de l'authenticité de l'hymne De ascensione domini : « Festum nunc célèbre magnaque gaudia, » dans Daniel, Thesaur. hymnoL, I, p. 217.
2. Walafridi Strabi opéra omnia ex editione Duacensi et collect ioiiibiis Mabillonii, Bacher a, etc.; nunc primiim in iinum coadunata. Accur. Migne. 2 tom., Paris, 1852 (Patrol. lat.,t. 113-114);— Bibliotheca P atrum maxima. Lugdun., 1677, t. XV; — Canisius, Le ctionc s antiqnae. Ed. Basnage, tom. II, Pars 2. Anvers, 1725, p. 186 sq. (contient la plupart des poèmes ; — Versus in Aquisgrani palatio editi; anno Hludovici imperatoris XVI de imagine Tetrici, édités parDümmler, dans Ist-Zeitschr. f. deutsch. Alterth., vol. XII, p. 461 sq.; — Walafridi Strab. Ho?'^t</î«,auctore Reuss, Wurzbourg, 1834; — Macer Floridus de viribus herbarum una cum Walafridi, etc., earm. ed- Choulant, Leipzig, 1832; — Koenig, UeberWalafrid Strabo vonReichnau, in Freiburger Dioecesanarchiv., vol. III, 1860; — Bock, Die Reiterstatue des Ostgothen Theodor ich, ddins les lahr bûcher des Vereins v . alterthums freunden im Rhcinkmde Heft V ("1844) (traite aussi de la biographie de Walafrid) ; — Ebert, Zu der Lebensgeschichte Walahfrid Strabo's, dans Sitzungsber. d. k. saechs. gesellsch. d. Wiss., 1878, p 100 sq. ; — -Dümmler, iV. A., p. 270 sq.
fl46.] SA VTE 16:)
qu'il loiicliait; mais il l'adopta coniplMcmont, dans la dernioro forme surtout (1), on sorte qu'il se nomme ainsi lui-même, sans autre indication (2). Orig^inaire de TAlamanie, il devait le jour à une famille obscure. 11 était né vers 809; cette date me semble le plus se rapprocher de la vérité (3). Il alla à Reichenau alors que ce monastère était encore sous la direction de Hailon, et Ton sait qu'il en fut abbé de 806 à 833. Il y eut d'abord pour maître principal le neveu de Ilaiton, Erlebald, homme d'une grande culture qui avait, lui aussi, visité Byzance en compagnie de son oncle ; et lorsque ce dernier, après avoir dépouillé sa dignité, eut été remplacé par Erlebald, ce fut Wettin, « ce maître célèbre, » selon l'expression de \Valahfrid lui-même, qui devint son professeur. Haiton avait envoyé autrefois Wettin, avec Erlebald, chez un savant Ecossais (4), auprès duquel il devait se perfectionner dans les études scientifiques. Walahfrid devint le disciple favori de Wettin : c'est à lui qu'il dicta ses dernières volontés, et le disciple éleva au maître, dansis'Ôïï poème, un monument magnifique qui fit passer son nom à la postérité. Après Wettin, et aussi en même temps que lui, Tatton, élevé lui-même d'abord à Reichenau et ensuite à l'école impériale, donna des leçons à Walahfrid; il eut aussi pour maître, pendant quelque temps, Grimald, qui fut plus tard archichapelain de Louis le Germanique, et qu'on dit avoir même été l'élève d'Alcuin(5).
1. Voy. les distiques qui terminent les Versus de imag. Tetrici, où il avoue cela lui-même et cherche à le motiver sous une forme plaisante.
2. Voy. par exemple, la préface qu'il écrivit pour YEpitome des commentaires de Raban sur le Lévitique : « Ego strabus, tradenti » etc. Voy. aussi ses poèmes.
3. Voy. ma dissertation, p. tOO, ainsi que pour les autres dates.
4. C'est ce que dit Walahfrid, De vlsionibus Wettini, où il parle longuement de ses maîtres (v. plus loin).
Mittitur (Erleb.) ad quemdam, socio comitatus, ab inde, Cujus multa viret sapientia dogmate, Scottum.
C'est une énigme pour moi de voir Koenig (p. 357) nous dire que cet Ecossais n'est autre qu'Alcuin. Mais où donc Alcuin a-t-il jamais été appelé Écossais ! Mieux vaudrait penser à Clémens, maître alors à l'école de Gharlemagne ; lui du moins était Écossais. Mais ce qui fait naître des doutes, c'est que Walahfrid appuie sur l'érudition théologique de cet Écossais.