‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident;Chapitre 98 sur 263 · V. là-dessus ma dissertation, p. 103 sq · texte numérisé non relu

V. là-dessus ma dissertation, p. 103 sq

2. Liicis amirji, dans le poème qui suit les Versufi de mag. Tetriçiy et qui a pour inscription Ad Judith imporatrkun. *

[148. 1 SA viK 167

Chassé (lo Reichonau par Louis le Gornian'Kjiic. il s'onfuit ù Spire. En 842, il fui rappelé de son lieu d'exil et réinstallé dans son abbaye, grâce sans doute à riiillutîurc de Grimald, son ami et son maître, lequel, devenu chancelier de Louis le Germanique, aura amené une réconciliation entre lui et s(»n nouveau souverain. Néanmoins, il ne fut donné à >\'ahihfVid d'occuper (pie pendant sept ans encore cette position eminente, où il avait pu en même temps déployer son talent de professeur distingué (1 ) ; déjà en 849, et, par conséquent, dans la force de l'âge^ il mourut en traversant la Loire pendant un voyage qu'il avait entrepris, de la part du roi Louis, pour se rendre auprès de son élève Charles. Mais ses restes mortels furent enterrés à Reichenau.

A Topposé de son maître Raban, Walabfrid possédait un vrai talent poétique qui s'était déjà manifesté dans sa première jeunesse par une facilité remarquable à faire des vers latins; les pièces qu'il composa étaient très nombreuses et en plus grand nombre apparemment (ju'elles ne nous sont parvenues. Ce n'était point, comme tant d'autres de cette époque, un simple versificateur; mais, dans plusieurs petits poèmes, comme dans maintes parties de ses grandes œuvres, Walahfrid se révèle comme un vrai poète. Il montre une âme vraiment éprise d'esthétique; non seulement il possède un sentiment riche et plein de vie pour la grandeur morale, mais encore un tact plein de finesse pour la beauté naturelle. II n'a pas composé seulement des poésies religieuses, mais même des poésies profanes, car il ne s'était pas moins formé à l'école des poètes classiques latins païens qu'à celle des poètes chrétiens : aussi continue-t-il les aspirations des Humanistes, comme aussi la poésie mondaine et de cour de la première Renaissance, de la Renaissance du siècle de Charlemagne. Plusieurs de ses poésies, prises à part, olTrent, comme nous le verrons bientôt, un intérêt tout particulier pour Thistoire de la littérature.

C'est là le cas principalement du plus ancien parmi ses

1. A en juger par rérudition de son disciple Ermanrich ; voy. sur ce dernier, plus loin.

168 WALAHFRTD STRABO [^^9.j

grands poèmes : De visionibiis Wettini, sur les visions que son maître chéri, Wetlin, eut peu de temps avant sa mort (novembre 824). Cet ouvrage est la première description, en vers, d'une telle vision, et c'est par lui que débute ce genre de poésie spécial au moyen âge, genre qui arrive à son apogée da.ns la, Divi7ie Comédie, de Dante. L'ouvrage deWalahfrid a également plus d'un trait commun avec celui du poète italien (1), ce qui en rehausse considérablement la valeur historique et littéraire. Un petit nombre de parties, du reste, sont seules originales dans ces visions ; la majeure partie est une traduction en verset en style poétique dun écrit, en prose, de l'abbé Haiton, conformément au procédé, si fort à la mode à cette époque, de mettre en vers les légendes écrites en prose (2). Or, l'auteur proprement dit est^yettin lui-même^ dont le récit, écrit par les moines tout de suite après son réveil (3), formait la base du livre de l'abbé. Le poème, qui comprend un millier d'hexamètres, n'a point été composé avant l'année 826 (4) ; il est en effet dédié par Walahfrid à Grimald; ainsi qu'il le dit dans la préface, l'auteur avait à peine achevé sa dix-huitième année. Donc^ en conséquence de cette jeunesse, levers facile et qui coule de source nous fournit un témoignagne du talent et de la culture de cet écrivain précoce. AValahfrid toutefois ne s'en est pas tenu à une simple versification; il a fait des additions grandes et petites de son propre fonds : c'est ainsi qu'il composa une introduction de plus de cent cinquante hexamètres, très intéressante pour l'histoire de la civilisation ; après y avoir énuméré la série des abbés de Reichenau. depuis la fondation du monastère jusqu'à

1. J'en ai tenu un compte spécial dans l'analyse qui suit : comme tels, on doit citer notamment le rôle du guide {diictor) ; la manière dont le châtiment fait ressortir la faute; les allusions relatives à l'histoire contemporaine ; la hiérarchie céleste du paradis : quant à ce qui est local, citons la montagne du purgatoire, qui s'élève jusque dans le ciel.

2. Cf. plus haut, p. -30: l'écrit de Haiton est dans Mabillon. Acta SS. ord, S. Bened.^ saec. IV, parsl. et dans Migne, Patrnl., lat., vol. 105, p. 770 sq.

3. A la prière pressante de Wettin, qui prévoyait sa fin prochaine : voy. c. 19, de l'écrit de Haiton.

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