Voy. ma dissertation, p
[150.] DE VISlONTBrS WETTIM 1 ßO
Haiton, il nous esquisse un porlrail détaillé et plein d'Ame do la vie de Ilailon cl de celle de son successeur Krlchald.
WalahlVid passe ensuite à Wetlin, dont il vante hautement l'érudition et le caractère; il nous raconte que sou Iktos, après une maladie de trois jours, une lièvre apparemment, eut d'abord une vision dans laquelle il aperçut Tespiit malin sous la figure d'un clerc; à ce démon vint se joindre une trou|)e d'autres diables, en armes, pour torturer le malade. Mais deux figures célestes apparaissent habillées en moines et mettent en fuite les esprits malins; un ange, l'ange gardien de Wettin, comme il le dira lui-même plus tard (1), vient lui prodiguer ses consolations. Pendant qu'il s'entretient avec lui, Wettin s'éveille; il conjure les frères qui environnent son lit de prier pour lui et de lui lire quelques passages des Dialogues de saint Grégoire. Les frères acquiescent à sa prière et, comme le remarque Haiton, ils lui lisent les dix premiers feuillets du dernier livre, qui précisément fait le récit de visions. Le malade lui-même, qui se préparait, pour ainsi dire, à recevoir une nouvelle vision, avait désiré la lecture de ce chapitre. La vision arrive, en effet, dès que Wettin s'est rendormi. L'ange, qui lui avait apparu déjà, revient et le conduit par un chemin enchanteur, où il voit de grandes montagnes d'une beauté incroyable, tout comme si elles étaient de marbre. Ces montagnes sont entourées par un lleuve de feu, dans lequel se trouve un nombre incalculable de damnés qui subissent les tourments les plus divers. Parmi eux Wettin remarque beaucoup de prêtres, du haut commeMu bas clergé ; ils sont punis, en même temps que les femmes avec lesquelles ils ont eu des relations : il en reconnaît un certain nombre. Aux considérations que fait Haiton là-dessus sur l'immoralité des prêtres, Walahfrid rattache ici, pour eux, un avertissement plein de
vigueur.
Après avoir vu l'enfer, figuré manifestement, d'après le pré-
... Ego sum qui te servare jubebar, Angélus et custos rerum persisto tuarum.
Canisius, p. 210, Migno, t. II, p. 1077 B.
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cèdent tableau de saint Grégoire (1), par la rivière de feu, le phlég-éthon des anciens, W^ettin fait connaissance avec le purgatoire : il aperçoit une tour terrible, remplie de fumée, où séjournent des moines pour se purifier (2), ainsi que le lui explique Fange, interrogé par lui à ce sujet; il lui en nomme même un en particulier, qui, enfermé dans une caisse de plomb, à cause de son amour des richesses, doit y attendre le jugement dernier. Mais Wottin voit ensuite une montagne qui s'élève jusqu'au ciel, et songaidG (duc tor) lui apprend qu'au sommet de cette montagne séjourne, pour se purifier, un abbé mort depuis dix ans^ lequel est exposé à la fureur des tempêtes et de la pluie, ce qui prouve qu'ici ce sont le vent et l'eau qui ont la vertu de purifier : or, cet abbé n'est autre que Waldo de Reichenau, ainsi que cela ressort d'un acrostiche, dans ce passage du poème (3). Un évèque même, qui ne voulait rien entendre de ces visions et les qualifiait de folie [deliramenta) ^ séjourne sur cette montagne : un acrostiche fait connaître son nom, comme aussi d'autres acrostiches nous révèlent le nom d'autres personnes qui expient leurs fautes en cet endroit (4). Parmi eux se trouve Charlemagne lui-même, et Wettin voit, à sa grande surprise, qu'il est puni pour son immoralité, à laquelle il s'est livré., même jusqu'à la mort (5). Le poète
1. Cf. vol. I, p. 585 et 690, ainsi que V Apocalypse, c. 21, v. 8.
2. Vidit et horrendum ligni lapidisque opus illic Materia extructum, castelli more locatum, Ordine confuso, summo atque vapore repletum. Territus his frater quaerens, qui mansor inesset, Audiit inclusam monachum pro sorte catervam Purgandi variis patriisque locisque manentum,
Canisius, p. 221. Migne, /. c, p. 1071 c.
3. His visis, celsum caelo montemque propinquum Aspiciunt, tum ductor ait: hac arcetenetur Abbas, ante decem corpus qui liquerat annos. Ventorum in cursus tempestaturaque furores,
Vim pluviae, multumque [ferens"^.) discrimen ibidem, Albuit incauto quidquid neglexerat actu...
Canisius, l. c. Migne, /. c, p. 1072. A.
4. Bock découvrit le premier des deux acrostiches. Op. c, L, p. 68. C'est par la donnée de ces noms au moyen d'acrostiches, que le poème se distingue également de la prose, laquelle les passe sous silence,
5. C ontemplatur item quemdam lustrante pupilla A usoniae quondam qui régna tenebat et altae
fi^)2.J m: visioNimis wkttim 171
trouve pour lui, du reste, de belles paroles d'éloge, car l'ange lui certifie également que Charles est destiné à la vie éternelle. Wettin vit aussi, en cet endroit, des présents magnili(|nrs étalés par le démon : des habits précieux, dos coursiers magnifiquement é(juipés, etc.; ce sont les moyens de corruption auxquels s'étaient laissés prendre les comtes, que li nM\ tiil ni les pécheurs à leur arrivée. Le poète encadre, dans son rétil, une violente inv(»ctive contre ces fonctionnaiies infidèles. La narration amène ensuite Wettin anpries des murailles (1) d'inn' habitation splendide [sedes) dont les arcades sont d'or et d'aigent, mais dont la description ne laisse pas d'être assez obscure : c'est le paradis, et l'ange annonce à son compagiKin qu'il quittera, le lendemain, la vie de la terre et qu'il doit conséquemment s'assurer encore la grâce de Jésus-Christ. Wettin cherche alors à l'obtenir par l'intermédiaire de l'intercession des Saints, des prêtres d'abord, puis des martyrs (jui se rendent dans ce but auprès du trône du Christ; mais, peine perdue; seule l'intercession des vierges lui est de quelque utilité. Le poète fait donc ici l'éloge de la virginité et met ensuite dans la bouche de l'ange une violente mercuriale contre l'ennemie la plus cruelle de la virginité, la sodomie (2) ; l'ange
R omanae gentis, fixo consistere gressu,
0 ppositumque animal lacerare virilia stantis,
L aetaque per reliquum corpus lue membra carebant. V iderat haeo, magnoque slupens terrore profatur : S ortibus hic hominum, dum vitam in corpore gessit,
1 ustitiae nutritor erat saecloque moderno
M axima pro domino fecit documenta vigere, P rotexitque pio sacram tutamine plebem : E t velut in mundo sumpsit speciale cacumen, R ecta volens dulcique volans per rogna Aivore. A st hic quam saeva sub conditione tenetur, T am tristique notam sustentai peste severam, 0 ro, refer. Tum ductor: In bis cruciatibus, iii((uit, R ostat ob hoc, quando bona facta libidine turpi Foedavit etc.
Canisius, p. 212. Migne, /. '•., p. t07:î. B.
1. Le visionnaire a pensé, à coup sûr, aux murailles de la .lériisal.'in c«'leste. Apocalypse, c. 21, v. 12. Cl', aussi vol. I, p. 689.
2. Cf. Prudence, Psynhomachm, v. ''»0 sq., où la sodomi.' luit«' contre la pudicité. Voy. aussi vol. T, \). ^0\.
172 WALAHFRID STRABO [lo2-3.1
exige que Wettin, de retour à la vie, fasse part de ce qu'il vient de lui dire, à quoi il ajoute des admonestations pour les moines et pour les religieuses. A la fm de son discours, Fange fait l'éloge d'un grand bienfaiteur du monastère, Gerold, le père de Hildegarde, épouse de Charles. Ici prend fm Fhistoire de la vision. Le poète raconte encore comment Wettin, après s'être éveillé, fit part de ce qu'il avait vu: il nous fait, de plus, le récit de la mort de ce visionnaire, en ajoutant maints détails pleins d'intérêt à la narration de Haiton.
Outre le poème que nous venons d'analyser, \\'alahfrid en a composé encore plusieurs autres de longue haleine et en hexamètres soit dans le genre narratif, soit dans le genre descriptif; d'eux d'entre eux appartiennent encore à la poésie religieuse. Ce sont deux vies de saints, bien plus intéressantes que tant d'autres pour le fond et dont la forme ne manque pas de charmes poétiques. L'une, courte et antérieure de date, est la vie de saint Blatmaic, Vi ta S. Blaitmaici , composée de dix chapitres et d'environ deux cents vers. Le héros est un Irlandais, fils de roi et héritier de la couronne, qui, ayant depuis sa jeunesse un penchant prononcé pour l'ascétisme, se retire secrètement dans un cloître. C'est en vain que son père envoie après lui, pour le ramener, des grands du monde profane et religieux. Blatmaic brille bientôt par ses vertus, comme par son savoir. Mais il soupire encore après la palme du martyre et, dans ce but, il se rend dans File de Hy, en Ecosse, qui était si exposée aux agressions des ?sormands. C'est, en etfet. dans l'une d'elles, qu'il trouve la mort tant désirée, en se refusant à livrer le précieux sarcophage de Columba. Le récit de la catastrophe est plein de mouvement, et cette vie se distingue, en général, par labrièfeté de la narration et par une facture solide du vers.
L'autre poème, Vita S. Mammap, a un développement bien plus considérable (vingt-six Ch. et environ six cent cinquante vers), mais l'exécution mérite moins d'éloges. Il est précédé d'une préface dans un mètre particulier, le petit asclépiade, le même que Prudence employa dans la préface de son premier livre Contra Symmaclium. Ici, comme du reste dans le prologue de l'autre vie. Walahfridmeten parallèle ces Vies
[153-4.] VITA s. hlaitmak:!. mia s. m\mmai; I7:{
de sainls Uli vors avec los eijopocs anli(|iu's; lus Saints sonl les héros du clirisliaiiismc, ainsi (ju'oii radnicUail depuis très longtemps. — Le héros de ce poème est une personnalité orii^inale. Manmiès de Césarée est, hii aussi, adonné depuis son enfance à lascétisme. (Jrpiielin de honni; heure, ils\'nlinl à l'âg-e de douze ans, pendant la persécution des ciirétiens, sous Aurélien, et se retire sur une montagne, où il garde des ])rebis et se nourrit de leur lait. Là il reçoit, d'une manière miraculeuse, la grâce particulière d'annoncer l'Évangile aux animaux de la forêt ; ceux-ci se réunissent autour de lui, dans une petite chapelle, pour écouter sa prédication sur la Bible et ils adorent à genoux (i). Ce sont des troupeaux de brebis ou de chèvres sauvages. Cette cérémonie terminée, ces bétes se laissent traire par le Saint qui fait du fromage de cette (pumlilé de lait et le distribue aux pauvres. Des bourgeois envieux, témoins de ce miracle, accusent Mammès de sorcellerie. Le président envoie des janissaires charg-és de Tarréter, mais ils n'ont pas le courage de mettre la main sur lui. Mannnès se livre de son propre mouvement. Il nie rien connaître de l'art des sorciers, mais il se refuse à le jurer, par César et par la Fortune, ou bien à sacrifier aux dieux. On le met donc à la torture et on le jette en prison ; des colombes lui apportent de la nourriture. C'est vainement qu'on le descend ensuite dans une fournaise : une colombe, venue du ciel, éti'int les llainmes. On s'apprête donc à le conduire à ramphilhéàtre, pour y être déchiré par des animaux féroces ; mais ceux-ci lui font des caresses, et un des lions même, au lieu de déchirer Mammès, met en pièces les païens et les juifs accourus à ce spectacle. On fait pleuvoir sur le Saint une grêle de pierres; il reste sain et sauf. Après avoir ainsi triomphé de ses ennemis, une voix céleste lui ordonne de quitter cette vie : il prie i)our ses bourreauxet s'endort. Le poète termine, en faisant son éloge et en comparant le héros avec d'autres personnages vertueux. Le choix du sujet révèle le 'poète ; cette matière cache, en