‹ Histoire générale de la musique religieuseChapitre 119 sur 122 · PATREM PARIT · texte numérisé non relu

PATREM PARIT

(Bibliothèque de Sens, manuscrit de Pierre de Corbeil, folio vi, recto.)

Ce morceau, comme VHœc est clara dies, devait se chanter noD-$eulement le jour de la fête de la Circoncision, dont le manuscrit de Sens renferme TofGce complet, mais encore dans plusieurs autres solennités ayant pour objet, directement ou indirectement, la Nativité de Notre-Seigneur; il a pour titre : Benedicamus, En effet, il se termine par ces mots : Benedicat Domino, A ce sujet, nous ferons observer qu'il n'est pas rare de rencontrer dans les manuscrits des morceaux liturgiques, tels que des Kyrie, des Benedicamus, des Deo gratias, augmentés et enrichis de développements poétiques inspirés par chacun des grands mystères dont 1* Église retrace l'histoire dans le cours de Tannée. Le manuscrit de Pierre de Corbeil offre lui-même un exemple de cette particularité ; il renferme un Fater noster, un Credo, un Ave Maria, un Gloria in excehis, ainsi paraphrasés. Nous pensons que le Patrem parit peut être attribué à saint Bernard. L'auteur du Lœtabundm avait seul le secret de ces antithèses hardies et pleines de justesse. Cette opinion nous parait d'autant plus vraisemblable que dans les deux morceaux les mêmes images sont employées. Dans le Lœtabundus, saint Bernard compare Jésus sortant du sein de la Vierge à un soleil qui sort d'une étoile. Solde Stella ! Le poète du Patrem parit s'écrie : Latet sol in sidère, le soleil esfr caché dans une étoile. Si la place ne nous faisait défaut, nous fournirions d^autres preuves de la participation de saint Bernard à la composition dé ce morceau, le plus beau, peut-être, des Chants de la Sainte-Chapelle.

Patrem parit Filia, Patrem ex quo omnia'; Parlas hic ex gratia, Per gratiam Traditur et redditur ad patriam.

Verbum instar seminis Partum format Virginis, Kihil ibi criminis, Per gratiam Traditur et redditur ad patriam.

Latet sol in sldere, Oriens in vespere, Artifex in opère; Per gratiam Traditur et redditor ad patriam.

Ceisus est in humili, Solidus in fragili, Figulus infictili; Per gratiam Traditur et redditur ad patriam.

Yenit ad nos hnmilis, Lucifer mirabilis, Pro nobis passibilis.

Per gratiam Traditur et redditur ad patriam.

Ergo nostra ooncio

Omni plena gaudio,

Benedicat Domino,

Per gratiam

Traditur et redditur ad patriam.

La Fille en&mte son Père, le Père de tontes choses ; né de la grâce, c*e8t la grâce qui le livre au monde et le ramène aux deux.

Le Verbe féconde le sein de la Vierge ; Marie reste pure.

C'est la grâce qui le livre au moods el le mène aux cieux.

Le soleil est caché dans une étoile, l'aube dans le soir, l'artisan dans son propre ouvrage.

G*est la grâce qui le livre au monde et le ramène aux cieux.

C'est rhumble et firèle créature qui renferme la force et la grandeur suprêmes ; l'argile contient le potier.

C'est la grâce qui le livre au monde et le ramène aux cieux.

Il vient, il s'abaisse vers nous, fastre admirable du matin ; pour nous il veut souflûrir.

C'est la grâce qui le livre au monde et le ramène aux cieux.

Nous donc, qui sommes ici, tous dans un transport de Joie, bénissons le Seigneur.

C'est la grâce qui le livre ap monde et le ramène aux cieux.

TRINITAS.

(Bibliothèque de Sens, nuunucrit de Pierre de CorbeO. folio ni, recto.)

Il nous reste à parler de cette œuvre qui, à elle seule, peut donner une idée exacte de l'art poétique et musical pendant la plus belle période du moyen âge. H. Roger a chanté deux fois ce morceau dans Téglise Saint-Roch : la première fois, dans une solennité organisée par M. Dumas, alors ministre, et M. le baron Taylor ; la seconde fois, à la suite d'un sermon de charité en faveur de Tœuvre des Faubourgs. On aura de la peine à le croire ; mais il ne fallait rien moins que la voix sonore et Ténergie de notre premier chanteur pour interpréter dignement un morceau aussi largement conçu et écrit. Le Trinitas, ainsi que son nom Tindique, est une doxologie en Thonneur de la sainte Trinité : c'est une accumulation d'épithètes, de qualifications majestueuses et symboliques tirées des Saintes Écritures. Le nombre Trois apparaît constamment tant dans la poésie que dans les phrases musicales. La lecture du texte qui va suivre donnera, plus que nos explications ne peuvent le faire, une idée de l'ampleur et du caractère élevé de ce morceau.

Trinitas, deitas, unitas œterna.

Majestas, potestas, pietas supema.

Sol, lumen et numen, cacumen, semita.

Lapis, mons, petra, fons, flumen, pons et vlta. Tu sator, creator, amator, redemptor, salvator luxque perpétua. Tu tator et décor, tu candor, tu splendor et odor que vivunt morina. Tu vertex et apex, regum m, legum lex et vindex, tu lux angelica. Quem clamant, adorant ; quem laudant, quem cantant, quem amant agmina cœlica. Tu Theos et héros, dives flos, vivens ros, rege nos, salva nos, perdue nos ad tbronos superos et . vera gaudia.

Tu deois et virtus, tn justus et verus, tu sanctus et bonus, tu rectus et suromus Dominus. Tibi sit gloria.

Trinité, divinité, unité étemelle.

Majesté, puissance, piété suprême.

Soleil, lumière et providence, sommet, sentier.

Pierre, montagne, rocher, source, fleur, pont et vie. Vous êtes le semeur, le créateur, celui qui aime, le rédempteur, le sauveur; vous êtes la Inmièra • qui ne s'éteint pas.

Vous êtes le tuteur et la gloire; vous êtes la blancheur, la splendeur et le parfum qui fiiit vivre . les morts.

Vous êtes la cime et le comble, le roi des rois, la loi des lois et le vengeur ; vous êtes la lumière des anges.

C'est vous qu*appellent et adorent, c*est vous que louent, c'est vous que chantent, c'est vous qu*ai-

ment les troupes célestes.

Vous êtes le Dieu et le héros, la riche fleur, la rosée vivante ; gouvernez-nous, sauves-nous,

conduisex-nous aux trônes d*en haut et vers le siège des véritables joies. Vous êtes la beauté et la vertu ; vous êtes le juste et le vrai ; vous êtes le saint et le bon ; vous

êtes réquitable et souverain Seigneur.

Gloire à vous !

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