PRÉFACE. DC
solée construit à grands frais , enrichi de marbres précieux, chargé de sculptures, d'inscriptions et d'emblèmes lugubres, n'exprime pas avec plus d'éloquence Tamertume des regrets, la douleur de la séparation d'un être aimé que la croix de bois noire achetée à la porte du cimetière.
La plupart des ouvrages de l'art musical moderne ne peuvent être compris, appréciés et goûtés sans une éducation préalable. D'ailleurs ils ne naissent pas spontanément. Ils sont sollicités par les circonstances. Sans l'espérance de faire partager à un public plus ou moins restreint ses propres impressions, et de trouver dans des applaudissements un encouragement sympathique, l'artiste resterait oisif et la source de ses inspirations serait bientôt tarie. L'art est communicatif et éminemment sociable. Tout artiste attend donc du public un jugement de son œuvre. U en résulte que celle-ci se ressent presque toujours de la qualité de celui-là. Si l'artiste a en vue un auditoire grossier, ignorant^ facile à entraîner quand on s'adresse à ses vices ou tout au moins à ses défauts de prédilection, on sait à quelles bassesses l'art peut descendre pour captiver ses suffrages.
Si au contraire l'artiste sait que son œuvre fixera l'attention d'une société d'élite, d'esprits éclairés par le commerce habituel des œuvres de l'intelligence , qu'il s'adressera à des &mes élevée} au-dessus des préjugés vulgaires et ayant un jour ouvert sur le monde des idées, c'est alors qu'encouragé, stimulé par l'espérance d'une gloire digne de son ambition , il fera de grands efforts et pourra produire des œuvres remarquables. Le succès populaire pourra même ne pas lui faire défaut. Préparé en haut, il descendra en grandissant jusqu*aux humbles degrés de Téchelle sociale. Les princes de l'Italie ont favorisé l'essor des artistes de génie qui ont joui depuis d'une célébrité universelle, tels que Michel-Ange, Raphaël, Léonard de Vinci, Titien, comme aussi Palestrina, Pergolèse, Scarlatti, Âllegri et la plupart des compositeurs de la féconde école napolitaine. Les princes électeurs et d'autres membres de la noblesse allemande en ont fait autant pour Haydn, Mozart et même Beethoven. Malgré les luttes