‹ Histoire générale de la musique religieuseChapitre 6 sur 122 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

et les rivalités inséparables de la vie humaine , ces artistes ont profité d'une organisation sociale beaucoup plus favorable que la nôtre aux progrès des arts, et on peut tenir pour certain qu'ils n'auraient pas facilement trouvé les occasions de développer leurs facultés dans notre société démocratique. L'art musical depuis le seizième siècle jusqu'à Tavénement des classes moyennes a été aristocratique. Les compositeurs comme les poètes écrivaient alors pour des individus, et fort indirectement pour le public. De nos jours c'est pour le public qu'on écrit. Au lieu de l'élever à la hauteur de leurs inspirations, le poète et Tartiste descendent jusqu'à lui, le flattent, et, de sacrifices en sacrifices, arrivent à n'être que des échos complaisants de ses passions et de ses instincts bons ou mauvais.

Il y a cependant des génies créateurs qui, par des combinaisons nouvelles des jeux de la nature et des lois du beau, ne prennent le mot d'ordre d'aucun public, marchent hardiment les premiers et imposent aux spectateurs ou aux auditeurs de leur^ ouvrages l'admiration des produits de leur conception idéale. Hais Dieu ne semble pas permettre à un homme par siècle d'user d'une telle puissance.

La musique religieuse et véritablement liturgique ne saurait être subordonnée à d'aussi incertaines fluctuations. Elle doit être impersonnelle pour être populaire. Elle doit s'adresser à tous, répondre aux facultés physiques et morales de tous et se maintenir constamment au-dessus des caprices de la mode et du goût changeant des hommes.

Quels que soient les privilèges qu'on accorde aux arts, aux

coutumes des peuples, aux dévotions particulières, à l'organisation et au goût de chacun, il ne faut pas cependant jouer sur les mots. On ne prie pas en dansant, on ne prie pas en excitant le jeu de ses nerfs par un rhythme vif, on ne prie pas en proférant des sons inarticulés, ou ne prie pas en exécutant des roulades mélodieuses ni en formant les accords compliqués d'une harmonie à deux chœurs et à huit parties. En faisant ces choses fort innocentes en elles-mêmes , souvent belles, utiles et louables, vous faites de la musique, mais vous ne priez pas.

PIUÊFACE. XI

Prier, c'est savoir à qui on s'adresse et ce qu'on demande; c'est aussi mettre en usage les moyens efficaces pour obtenir. C'est par conséquent pour un chrétien s'adresser à Dieu le Père, à Dieu le Fils, à Dieu le Saint-Esprit, à la sainte Vierge et aux Saints, en employant, s'il s'agit de la prière publique, les formules dont se sert l'Église catholique et leurs modes d'exprès* sion autorisés par la tradition , recommandés par le chef de r Église, les conciles et les évèques. Quand on s'écarte de cette voie, il ne s'agit plus des formes hiératiques de Tart chrétien; on entre dans un cercle qui va toujours en s 'agrandissant au gré du caprice et de la fantaisie.

L'emploi constant de la musique moderne dans les églises interdit aux fidèles toute participation au chant sacré, et les entretient dans une sorte d'inaction contemplative analogue à celle des habitués du théâtre. Il en résulte pour eux une ignorance profonde des chants et par suite des textes mêmes des offices divins. Quand il n'y aurait que cette raison et ces résultats, ils devraient suffire pour qu'on usât avec une grande modération de la musique moderne.

Une question bien délicate et que nous n'avons abordée qu'avec une secrète répugnance, c'est celle des diverses réformes du chant grégorien. Jusqu'à ce jour nous étions resté complètement en dehors de ces tristes débats qui n'ont abouti qu a faire de l'unité du chant ecclésiastique un projet chimérique. En effet le retour à la liturgie romaine qui semblait devoir nous rapprocher de cette unité nous en a éloignés davantage, et on voit déjà cinq ou six versions de chant différentes installées dans les diocèses de France. Nous ne pouvions nous dispenser de les apprécier dans un livre comme celui-ci. Nous l'avons fait avec une entière liberté, et, si plusieurs de nos lecteurs ne souscrivent pas à notre jugement, ils rendront justice, nous l'espérons du moins, à notre impartialité.

Le Traité sur le chant ecclésiastique est comme perdu au milieu des savants écrits du pieux cardinal Bona. Il n'a pas encore eu, à notre connaissance, l'honneur mérité d'une traduction. Les documents intéressants qu'il renferme sont trop accumulés

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