‹ Histoire générale de la musique religieuseChapitre 59 sur 122 · LE PLAIN-CHANT · texte numérisé non relu

LE PLAIN-CHANT

DE SON EFFICACITÉ ET DES QUALITÉS GÉNÉRALES REQUISES POUR LES DESSEINS DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE

Par le IM*6rend Hkhbv POBMBY, H. A.

PHftTRB DU DISTRICT CENTRAI..

riiFACE SUR L'OUVRAGE D'HENRY FORHRY.

C'est un plaidoyer en règle que nous offrons ici au public. La supériorité du chant grégorien sur toute autre musique y est établie par des raisons solides.

Les études auxquelles les catholiques anglais se sont livrés sur la musique religieuse ne sont pas sans importance. La revue anglaise Ecclesiologist a publié quelques articles sur le chant grégorien^ et elle s'est efforcée de le faire prévaloir sur la musique religieuse contemporaine. Rien ne serait plus louable, malgré l'insuffisance de ce programme. Mais^ comment ad'» mettre l'exactitude et Fautorité de ses recherches et de ses affir» mations, si l'esprit qui les dirige et les provoque est en dehors de nos croyances. Le puséisme^ dont ce recueil représente les doo* trines^ a mauvaise grâce à faire l'éloge et à revendiquer l'usage de l'œuvre d'un pape qu'il méconnaît comme chef de l'Église. Les puséistes sont d'accord, lorsqu'il s'agit de combattre l'Éghse ca-^ tholique romaine et même l'Église anglicane ; ils le sont moins à l'égard de leur symbole. Mais afin de donner à leur culte une sorte de notoriété , ils ont emprunté à l'Église catholique plusieurs de ses cérémonies et plusieurs des chants qu'elle a consa^ crés à son usage ; encore ne les ont-ils connus qu'à travers les mutilations que leur ont fait subir les rituels d'Henri VIII et d'É^

dooard VI. L^archéologie liturgique des auteurs de VEcclestologist ne remonte qu^au xyi* siècle ; détachée de la souche traditionnelle, elle n'a d'autre base que Fœuvre de sectaires allemands ; nous ne nous en occuperons pas davantage.

A rincompétence de VEcclesiologist nous sommes heureux de pouvoir donner sur cette grave question des renseignements qui nous sont fournis par le R. Henry Formby^ maître ès-arts, prêtre du district central d'Angleterre, dans un excellent ouvrage sur le Rituel et le plain-chant romains. Ici, tout porte l'empreinte de l'intelligence de l'art chrétien dans son but et dans ses moyens. La haute portée de ce livre, son opportunité, sa conformité avec les opinions que nous cherchons de tout notre pouvoir à propager en France, nous ont décidé à en publier une traduction. C'est un manifeste, précurseur d'un mouvement sérieux en faveur de nos chants séculaires. Il est impossible qu'il n'exerce pas une action prochaine sur la musique religieuse dans les paroisses d'Angleterre. Nous allons indiquer quelques-unes des raisons qui y sont alléguées en faveur de la restauration du chant liturgique.

L'intelligence humaine doit comprendre qu'elle a besoin d'un guide, et ce guide ne saurait être que l'inspiration divine. Or, ce serait une sorte d'impiété que de construire a priori un système de musique et d'attribuer à cet ouvrage une origine divine. S'il est possible à l'homme d'acquérir une preuve de l'existence de Dieu par le spectacle de la création telle qu'elle existe, il nous sera possible, d'une manière analogue, d'acquérir la certitude de l'origine divine delà musique chrétienne par l'histoire de l'Église, par les décisions des Conciles, par la doctrine des Apôtres et des Pères, et enfin par l'examen de cette question en elle-même. Le goût individuel ne saurait prévaloir dans ime discussion de cette importance. Les institutions de l'Église embrassent la société tout entière dans une même formule, et sa musique ne saurait se prêter à toutes les exigences du caprice et de la mode. Le chant sacré doit être considéré comme l'auxiliaire de l'enseignement chrétien et comme un instrument de sanctification. 11 est plus vaste que l'art . musical lui-même, puisqu'il est à la fois une aspiration de l'éune vers son créateur, et un précepte divin. Nous trouvons dans nos

chants nationaux des preuves de cette puissance appliquée à un ordre d'idées inférieur. Ces mélodies populaires, qui enivrent toute une multitude et entraînent nos soldats jusque sous la bouche des canoits, ne doivent qu'à leur union avec les paroles cette influence immense qu'aucune symphonie instrumentale ne saurait produire. Passant à l'œuvre de Palestrina, le R. Henry Formby détruit victorieusement l'argument si souvent reproduit de l'approbation donnée par le pape Marcel à une musique étrangère aux traditions liturgiques. Il établit que Palestrina n'a obtenu pour ses travaux qu'une approbation purement individuelle qui y tout en reconnaissant qiie sa composition se rapprochait de la gravité du chant ecclésiastique , n'a pas proclamé sa supériorité. Nous avons gardé toujours une extrême réserve à l'égard des personnes. Moins circonspect, le R. Henry Formby, dans un chapitre sur l'autorité morale que doit avoir un chant liturgique, s'exprime ainsi :

« En ce qui concerne l'autorité morale, j'hésite à aborder ce sujet délicat. A dire vrai, il est impossible d'établir une comparaison sérieuse entre l'œuvre des saints et ceUes des compositeurs modernes. Qui osera demander ou attribuer à ceux-ci un caractère de sainteté? Qui peut conserver même une haute idée de leur musique, si on recherche l'origine religieuse de leurs inspirations? Quels ont été pour la plupart ces auteurs? Beethoven, nous dit son biographe allemand, Schindler^ aurait été panthéiste pendant la plus grande partie de son existence. Kinck était protestant. Mendelssohn était un juif, se souciant peu de sa religion. Enfin la plupart des maîtres de chapelle qui ont composé de la musique sacrée ont été directeurs des théâtres de leurs royaux patrons. » Nous sommes heureux de constater qu'en Angleterre on comprend, comme on commence à le comprendre en France, que désormais les protestants feront bien de se borner à composer leur musique pour leur temple, les juifs pour leur synagogue, les panthéistes pour eux-mêmes. L'Église a prouvé qu'elle était assez riche de son propre fonds pour ne pas accepter le concours de ses ennemis. Elle peut se passer d'avocats d'office. Encore exige-

t-on de ceux-ci qu'ils sachent le droit, et nous nous refusons à

penser qu'un homme qui ne croit pas à la présence réelle puisse être admis à placer dans la bouche des fidèles un Osalutaris hostia. Depuis le xvi* siècle, ces compositeurs sont entrés dans l'Église et semblent la tra.iter en pays conquis. Ils s'emparent des textes liturgiques, les dépouillent sans pudeur des mélodies à l'aide desquelles ils se sont fixés dans la mémoire des générations, et les modifient impunément au gré de leur fantaisie.

Malgré tous les symptômes de restauration du chant liturgique que l'on remarque en Angleterre, il ne semble pas, d'après le silence que gardent les revues anglaises à cet égard, que l'on s'y soit occupé des Séquences, de ces magnifiques inspirations qui appartiennent en propre aux xii* et xiii* siècles. Ici, cette étude est récente, et tout nous porte à croire que nous l'avons commencée. Si le Rituel romain seul excite tant de sympathie dans le clergé catholique anglais, que sera-ce donc, lorsqu'il entendra les Séquences du moyen-àge, qui sont au chant grégorien ce que la poésie est à la prose, ce qu'est l'œuvré lyrique à la déclamation ?

Page 1