Œuvres de Descartes, 1. 1" p. 142 et
était déjà sur la route de l’abstraction, et qu’il aurait pu sortir de ses mains un chef-d’œuvre de déduction logique et mathématique, mais auquel eût manqué la réalité et la vie, si dans la méthode cartésienne la règle, que j’appellerais volontiers la partie mathématique de cette méthode, n’eût pas été balancée par les autres règles, et surtout par la première, si enfin dans Descartes, à côté du grand géomètre, il n’y avait eu aussi un trèsgrand observateur.
De tous les préjugés répandus par les ennemis du cartésianisme, il n’en est pas un qui soit moins fondé, qui soit démenti avec plus d’éclat par tous les ouvrages et par toute la vie de Descartes, que celui qui en fait un rêveur de génie. Descartes est un des observateurs les plus assidus et les plus attentifs qu’il y ait jamais eu. On ne pourrait citer de son temps une science d’observation dont il ne se soit occupé avec passion. Il a dépensé sa modeste fortune en expériences de toute sorte. Dans ses voyages, il se portait avec empressement partout où il espérait rencontrer quelque phénomène un peu curieux. Partout il faisait des observations de météorologie, et recueillait des faits intéressants*. Ayant entendu dire que les rose-croix possédaient des connaissances naturelles dont ils faisaient mystère, il tenta de pénétrer dans leur société pour apprendre leurs secrets. En Hollande, à Egmont et à Endegeest, il avait fait deux parties de sa maison, l’une où il couchait, prenait ses repas et recevait de rares visiteurs ; l’autre réservée à ses travaux, et qui contenait un laboratoire de physique, un atelier, et une sorte d’amphi-