Arnaud, œuvres complètes, t. I, p
412 HUITIÈME LEi,ON.
lement conclure de notre durée et de notre conservation la nécessité d’un Dieu qui nous conserve après nous avoir faits; et, selon lui, Dieu ne peut procurer la conservation d’un être créé qui, n’existant pas par luimême, ne peut aussi subsister par lui-même, que d’une seule manière, par une création renouvelée et continuée'. Cette théorie de la création continuée, qui ne joue pas un grand rôle dans la métaphysique cartésienne, a paru destructive de la liberté humaine, et rapporter à l’acte continu de la création la succession de nos propres actes. Mais dans ce cas, la création ellemême serait contraire à la liberté de l’étre créé; et si la première création ne l’est pas, comment sa répétition et sa continuation le seraient-elles?
Allons plus loin, et disons que la théorie de la création continuée est plus profonde et plus légitime qu’elle n’en a l’air. 11 est certain en effet que la puissance créatrice ne retire pas sa main de son ouvrage après l'avoir achevé; qu’tlle y demeure non-seulement par les lois qu’elle y a mises et qui l'y représentent sans cesse, mais grâce à une action intime et essentielle qui à chaque moment tire du règne inorganique le règne-organique, et de celui-là tour à tour, et dans un ordre déterminé, le règne végétal, l’animal, l’intellectuel, sans que le premier degré contienne en lui-même le second, ni celui-ci le troisième, ni le précédent le suivant, par une sorte d’évolution nécessaire, inhérente au terme piimitif, mais parce que la puissance créatrice, toujours subsistante et toujours agis?ante, intervient à chaque instant de la durée, et, à chaque degré de l’être,