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lui et à elles; mais parce que, entre les choses créées, quelques-unes sont de telle nature qu’elles ne peuvent exister sans quelques autres, nous les distinguons d’avec celles qui n’ont besoin que du concours ordinaire de Dieu, en nommant celles-ci des substances et celleslà des qualités ou des attributs de ces substances. »
VI. A cette accusation s’en rattache une autre qui tombe avec elle. On prétend que Descartes, qui, par sa définition de la substance, ne devrait admettre qu’une seule substance, détruit par un autre côté encore la substantialité de l'âme et celle de la matière, en confondant l'âme avec la pensée et la matière avec l’étendue, ce qui par un nouveau chemin mène toujours au spinozisme, lequel, ôtant à la pensée et à l’étendue leurs sujets propres et distincts, les rapporte à un seul et même sujet qui est Dieu. Mais Descartes n'a jamais dit que la pensée et l’étendue n’eussent pas leurs sujets, et que l’esprit et la matière ne fussent point des substances; loin de là, il dit, il répète le contraire; seulement il donne à ces deux substances, l’esprit et la matière, pour attributs constitutifs la pensée et l’étendue*. 11 conseille même d’étudier l’esprit dans la pensée et le corps dans l’étendue, pour les bien connaître, car on ne connaît les substances que par leurs attributs; mais en même temps il a soin d’avertir que c’est là une pure distinction que nous devons faire dans l’intérêt d’une connaissance plus approfondie, mais qu’en la faisant il ne faut pas perdre de vue les sujets réels, les substances dont la pensée et l’étendue dépendent, qu’autrement on courrait risque de les prendre elles-
1, T. III, PuMiciPES, 1” partie, § 53.
mêmes pour des substances, tandis qu’elles sont seulement des attributs, des propriétés. « Quand nous les considérons, dit Descaites1 2 * *, comme les propriétés des substances dont elles dépendent, nous les distinguons aisément de ces substances, et les prenons pour telles qu’elles sont véritablement; au lieu que si nous voulions les considérer sans substance, cela pourrait être cause que nous les prendrions pour des choses qui subsistent d’elles-mêmes, en sorte que nous confondrions l'idée que nous devons avoir de la substance avec celle que nous devons avoir de ses propriétés. »
Peut-on s’expliquer plus nettement, et est-il possible de reprocher de bonne foi à Descartes d'avoir pris, par exemple, la pensée pour un pur phénomène sans substance, lui qui, parti du doute, est arrivé à la pensée, ne s'y arrête point et prétend atteindre l’être pensant lui-même, à l’aide d’un procédé que ses adversaires croient un syllogisme? En vérité, comment lui fait-on faire un syllogisme pour prouver que la pensée suppose une substance réellement existante, et en même temps lui fait-on nier cette substance et n’admettre que la pensée sans nul autre sujet d’inhérence que la substance universelle5?
VII. On insiste, et on dit que Descartes s’est entièrement mépris en donnant l’étendue comme l’attribut constitutif de la substance matérielle, tandis que le vrai attribut de cette substance et de toute substance est la force. Grave question qui n’était pas même née au