I. Leçon V, Philosophie du moyen dge, p
Cela n’empéche pas que, soit par une généreuse inconséquence, comme Plotin*, soit par une prudence un peu forte mais bien naturelle dans une race proscrite et de la part d'un homme longtemps persécuté et qui s’était vu forcé en Espagne et au Maroc à de feintes abjurations, Maimonide ne s’applique aussi à établir la Providence, reconstruisant d’une main ce qu’il détruit de l’autre. De même, dans la question de la création ou de l’éternité du monde, il chancelle un peu parmi les différentes opinions, et combat les philosophes arabes en leur faisant plus d’une concession. De même encore, dans l'interprétation de la Bible, il cherche à se tenir à une égale distance de la superstition et du scepticisme, mais sans cacher son sentiment sur les miracles et sur le don de prophétie ; et on peut dire avec assurance qu’il est un des interprètes les plus autorisés du rationalisme. Aussi, malgré ses précautions inlinies et même ses prétentions àl’orthodoxie, Maimonide n’évita pas la censure des synagogues du midi de la France*. Plusieurs de ses disciples allèrent bien plus loin que lui. Au milieu du quatorzième siècle, Léviben Gerson, de la ville de Bagnols, rompit avec la tradition hébraïque pour revenir au pur péripatétisme arabe, interpréta la Bible avec la liberté la plus extrême, et abandonna ouvertement le dogme de la création*. Moïse