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Leçon IV, Philosophie du moyen Age, p. 206, el la noie

2. Franck, Éludes orientales, p. 357 : « Tant que vécut Maimonide, il ne s’éleva coulre >ui que de rares et timides adversaires; immédiatement apres sa mort, un violent oraue éclata contre sa mémoire. De nombreuses communautés, principalement celles oe la Provence et du Languedoc, prononcèrent l'anathème contre ses écrits philosophiques et le, condamnèrent aux flammes. »

3. Monck, mélanges de ; hilosophie juive el arabe, p. 497 : « Celui qui comme philosophe et exégète obscurcissait tous ses comempo-

de Narbonne pensait au fond comme Lévi ben Gerson, mais il était plus circonspect et plus enveloppé1. Leur condamnation solennelle ne fit que les populariser. Leur maître surtout, le Grand Maimonide, comme on l’appelle encore, bien que censuré officiellement, ne cessa jamais d'étre en honneur parmi les Israélites éclairés. Comment le noble philosophe de Cordoue, le dvx perplexorum et dubüantium, le Guide de ceux qui doutent et qui s'égarent, n’eût-il pas fait une impression profonde sur l'esprit du jeune juif d’Amsterdam ? Spinoza en effet a très-bien connu Maimonide, il l’avait beaucoup lu, et il le cite souvent comme celui qui le premier parmi les Pharisiens osa soutenir qu’il faut accommoder la sainte Écriture à la raison *. II aime

raina, fut Lévi ben Gerson de Bagnols, appolé maître Léon, sans contredit un des plus grands péripatéticiens du quatorzième siècle et le plus hardi de tous les philo-opbes juifs. Ses ouvrages ont eu un grand succ’s parmi ses corel'gionnaires; ils ont été presque tous publiés, quelques-uns même ont eu plusieurs éditions, et ce succès est d'autant plus étonnant que l’auteur reconnaît ouvertement la philosophie d’Aristote comme ia vérité absolue, et, tant prendre les téterres que Maimonide atait crues nécessaires, fait violence à la Bible et aux croyances juives pour les adapter à ses idées péripatéticiennes.... Les opinions hardies de Lévi ben Gerson et ses interprétations péripatéticiennes des textes sacrés et des dogmes religieux ont été, de la part des rabbins orthodoxes, l'objet de la critique la plus sévère. Isaac Abravanel gémit sur les écrits des philosophes juifs qui admettent la matière première, mettent l'intellect actif à la place de Dieu, nient la providence divine à l'égard des individus et ne voient dans l'immortalité de l’âme que son union avec l’intellect actif. 11 blâme surtout Lévi ben Gerson qui, dit-il, n’a pas même jugé nécessaire de voiler sa pensée et qui la manifeste avec la plus grande clarté, tenant sur la matière première, sur l'âme, sur la prophétie et sur les miracl' s des discours tels que c’est déjà un p°ché d'y prêter l’oreille. •

1. Münck, Mélanges de philosophie juive et arabe, p. 502 506.

2. Tractalus theologico-polilicus, cap. xv, p. 166-167: «Primusqui inter Pharisseos a perte slatuit Scripturam rationi esse accommodandam, fuit Maimonides. > Spinoza en appelle souvent au Guide des égarés, More Nebuchim, cap. vit, p. 99, cap. x, p. 130, etc.

aussi à invoquer un autre théologien, savant e libre penseur, obscur à dessein, mais qu’il saura bien tirer de ses nuages Il est difficile de supposer que les opinions de Lévi ben Gerson et de Moïse de Narbonne lui soient demeurées étrangères. Pour nous, en les rapprochant de celles de Spinoza, nous les trouvons toutes avec d’inévitables différences, de la même famille et pour ainsi dire de la même race. Oui, Maimonide et ses successeurs de l’école juive hétérodoxe, voilà les ancêtres et les vrais maîtres de Spinoza. La synagogue d’Amsterdam ne s'y est point trompée : ce n’est pas le cartésien dans Spinoza qu’elle a rejeté de son sein, c’est l’héritier des novateurs que les synagogues du moyen âge avaient déjà condamné, et la même doctrine a eu le même sort. Cette idée *, poursuivie sans exagération, peut ouvrir un champ nouveau à la critique de Spinoza : nous y ferons à peine quelques pas.

Spinoza était né à Amsterdam en 1632, et il est mort à la Haye en 1677. Ses parents' étaient des mar-

1. Tractatus, etc., c. vin, p. 104 : « Hac de causa Aben Hezra, libérions ingenii vir et non mediocris eruditionis, primus omnium quos legi, non ausus est mentem suam aperte explicare, sed rem obscurioribus verbis tantum eiplicare, quæ ego hic clariora reddere non verebor. »

2. Elle ne nous est pas tellement propre que nous ne la trouvions à peu prés dans M. MQnclc, Mélanges de philosophie, etc., p. 487 : • C’est par la lecture du Guide des égarés que les plus grands génies des temps modernes, les Spinoza, les Mendelssohn, les Salomon Maimon et beaucoup d’autres ont été introduits dans le sanctuaire de la philosophie. » M. Franck, Eludes orientales, p. 3->8 : « Le Guide des égarés donna l'impulsion à tous les nobles esprits qui sortirent du judaïsme, depuis Spinoza jusqu'à Mendelssohn. ■

3. Voyez la fie de B. de Spinoza, Urée des écrits de ce fameux philosophe et du témoignage de plusieurs personnes qui l'ont connu particuliérement, par Jean Colerus, ministre de l’école luthérienne de la Haye, 1706. On peut lire encore, mais sans s'y fier toujours, l’article très-passionné de Bayle, dans son Dictionnaire, ainsi que la Fie de

chands à leur aise, membres d’une petite colonie de juifs portugais qui avaient fui leur pays natal pour échapper à l’inquisition, et étaient venus chercher la liberté et le repos sous les lois de la nouvelle république, elle-même récemment afTianchie du joug espagnol.

Spinoza ne put connaître pf rsonnellement Descartes, ayant à peine dix-huit ans lorsque celui-ci quitta la Hollande. Élevé avec un très-grand soin, et doué d’une rare pénétration, il fit promptement de grands progrès dans les lettres hébraïques. Un peu plus tard, pour se perfectionner dans la langue latine, il prit des leçons d’un maître assez fameux d’Amsterdam, nommé Var den Ënde, qui exerçait la profession de médecin en même temps qu’il tenait école. On prétend que Yan den Ende enseignait à ses élèves autre chose que le latin, et qu’il déposait secrètement dans leur esprit les semences de l’athéisme*. Cet homme remuant et audacieux quitta quelques années après la Hollande pour se jeter en France dans des conspirations ténébreuses qui le menèrent sur l’échafaud du chevalier de Rohan *. Il avait une fille instruite et aimable qui plut au jeune Spinoza ; il la rechercha, mais il dut se retirer devant un rival plus riche*. Ce premier pas malheureux dans les voies ordinaires du monde fut aussi le dernier. Blessé dans sa première et unique affection, le cœur de Spinoza se replia sur lui-même et demeura solitaire. Pendant plusieurs années, la théologie hébraïque l’oc-

Spinoza par un de tes disciples, Hambourg, 1135, écrit attribué au médecin Lucas, de la Haye.

1. Colères, p. 7. — 2. Ibid., p. 11-12, et les Mémoires do La Pare.

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