‹ Histoire générale de la philosophieChapitre 122 sur 143 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

cupa tout entier, et il s’enfonça dans la Bible et dans le Talmud, sous la conduite d’un savant rabbin nommé Morteira Peu à peu il conçut des doutes, qui se développèrent rapidement; il les laissa paraître, et cessa de fréquenter la synagogue, ce qui ne pouvait manquer de scandaliser la petite communauté; on s’émut, et comme Spinoza avait déjà une assez grande réputation de savoir, on le ménagea, et, pour le retenir, on lui offrit une assez bonne pension sans lui demander autre chose que de venir de temps en temps à la synagogue*. C’est à peu près vers ce temps, après avoir abandonné la théologie pour la physique, et lorsqu’il cherchait un guide en cette nouvelle étude, que les œuvres de Descartes lui tombèrent entre les mains. Il les lut avec avidité; et, charmé de la maxime qu’on ne doit jamais rien recevoir pour véritable qui ne repose sur de bonnes et solides raisons, il en tira cette conséquence qu’il fallait rejeter la doctrine des rabbins puisqu’ils prétendaient sans aucun fondement que ce qu'ils enseignent vient de Dieu. Il repoussa la pension de mille florins qu’ils lui offraient, en protestant que lui eussentils offert dix fois autant il ne l’accepterait point, et ne fréquenterait pas leurs assemblées parce qu'il n'était pas hypocrite et ne cherchait que la vérité*, ûescartes, à la place de Spinoza, eût assurément refusé aussi une pension, signe et récompense d’une foi qui n’eût pas été dans son cœur; mais en même temps une philosophie plus mûre et plus haute lui eût fait considérer comme une grande faute de blesser sans nécessité des croyances dignes de respect, et, sans zèle affecté comme

l. Vie de Spinoza par un de set disciples, p. 4.

î. Colerus, p. 17 «t 18. — 3. Ibid., p. 14.

sans dédain bien peu philosophique, il eût paru quelquefois à la synagogue, et prié Dieu avec les frères que le sort lui avait donnés.

S’étant donc séparé avec éclat de la communauté juive d’Amsterdam, il ne faut pas trop s’étonner que celle-ci l’ait aussi rejeté, en lui appliquant même la forme la plus sévère d’excommunication, en le déclarant anathème. Spinoza en prit aisément son parti, et ses liens une fois rompus avec la communauté religieuse à laquelle il appartenait naturellement, il n’en reprit avec aucune des innombrables sectes qui abondaient en Hollande. Il vécut libre de tout engagement public et privé, sans emploi, sans famille, n’ayant de commerce qu’avec un très-petit nombre d’amis, gagnant sa vie à l’aide d’un modeste métier dans lequel il excellait, celui de faiseur de verres de lunettes, pauvre mais content, doux et fier, et profondément attaché à la doctrine qui de bonne heure s’était emparée de son esprit. On voit par sa c rrespondance avec Oldenburg, secrétaire de la Société royale de Londres, qu’il était en pleine possession de cette doctrine vers l’année 1660 et 1661, à peu près à l’âge de trente ans. 11 paraît même qu’il avait déjà composé une ébauche de Y Éthique, car il en communique à Oldenburg les propositions fondamentales, entre autres la définition de la substance et de ses principaux caractères, à savoir qu’elle est nécessairement infinie, qu’elle est unique, etc. *. Bien loin

1. L'édition la plus accréditée de Spinoza est celle de Paulus, Bkn kmcTi nu SrmosA opbra quæ scpriisunt omsia, etc., 2. vol., léna, 1802 et 1803. Réponse de Spinoza à une lettre d'Oldenburg, d’août 1661, T. 1, p. 451 : * De deo incipiam breviter dicere, qucm defimo esse ens constans infinitis attributif quorum unumquodquc est indnilum, sive surntue perfectum in suo g;nere.... In rerum uatura non possunt exi-

de se donner pour un cartésien, il déclare à Oldenburg que Descartes s’est trompé sur les trois points essentiels : la nature de la cause première, la nature de l’intelligence, la cause de l'erreur Cependant, en 1663, parut à Amsterdam son premier ouvrage d’une apparence tort cartésienne : Rknati Des Cartes principiorum philosophiæ Pars i et ii, mure geom elrico demonstratæ per Benedicluin de Spinoza Amstelodamensem. Accesserunt ejusdem cogitata melaphysiea, in quibus difficiliores, qiur tam in parle metaphysiccs gentrali quam spedali occurrunt, quxstiones briviter explicantur, Amstelodami, tn-4, 1663. Voici l'origine et le vrai sens de cet ouvrage. Enseignant la physique à un jeune homme d'Amsterdam, Spinoza avait pris pour texte de ses leçons les Principes de Philosophie, qu'il mit pour son élève sous la forme de démonstrations géométriques, et il avait ainsi dicté quelques cahiers sur les deux premières parties des Principes. Les ayant montrés à un de ses ami9, Louis Meyer, celui-ci le pressa de les lui laisser publier. Spinoza y consentit, mais sous l’expresse condition ju’on dirait dans la préface que les opinions exposées n’étaient pas les siennes, et que sur plusieurs points importants il pensait le contraire de ce qu’il avait l’air de professer ; il exigea même qu’on donnât plusieurs exemples de cette dissidence qu'il tenait beaucoup à voir hautement établie*. En effet.

store duæ substantiæ... subslantiam non posse produci... omnis substantia débet esse infimta. Quibus demonstratis, facile poleris videre quo tendant. »

t. T. I, p. 452 et 453.

2. C’est ce que Spinoza lui-même raconte 4 Oldenburg, t. I, page 419, en réponse à une lettre du 3 avril 1663 : « Quidam me atnici rogarunt ut stbi coniam f&cerem cujusdam tractatua secundam par-

Meyer dans la préface déclare qu’il y a bien des choses dans ce livre que l'auteur ne croit pas le moins du monde être vraies, et il en apporte des exemples nombreux et décisifs. Gomme s’il voulait prévenir l’accusation que le spinozisme dérive du cartésianisme, Meyer proclame, avec une sorte d’enthousiasme, que la philosophie de Descartes est beaucoup trop timide, qu’elle s’arrête souvent devant des questions qui lui paraissent surpasser l’entendement humain, tandis que Spinoza considère ces questions, et d’autres bien plus dilliciles, comme fort explicables, pourvu qu’on suive une tout autre méthode que celle de Descartes. Il n’hésite pas à mettre en avant le principe que ni le

tem Principiorum Cartesii more geometrico demonstratam et præcipua quæ in metaphysicis tractantur breviter continentis, quem ego cuidam juveni, quem méat opinionct aperte docrre nolebam, ante hoc dictaveram. Deindc rogarunt ut quampnmum possem primam eliam partem eadem mcthodo consignarem. Ego, ne amicis adversarer, statim me ad eam conficiendam accinxi, eamque intra duas hebdomadas confeci atque amicis tradidi, qui tandem me rogarunt ut sibi ilia omnia cdere licerct; quod facile impetrare potuerunt, hac quidem lege ut eorum aliquis.... præfaliunculam addcret in qua lectores me non omnia quæ in eo tractatu continentur pro mois agnoscere, cum non pauca in eo scripserim quorum contrarium prorsus amplector, hocque uno aut altero eiemplo ostenderet. » — Dans notre collection de lettres autographes de philosophes du dii-septième siècle, nous possédons une très-curieuse lettre inédite de Spinoza à Meyer, de Voorburg, du 3 août 1663, dans laquelle, cri lui renvoyant sa préface non encore imprimée avec quelques notes marginales, il le prie de dire aussi qu'il a changé bien des choses dans Descartes, soit pour le meilleur ordre des matières, soit pour la plus grande force dea démonstrations, et qu'il a dû souvent ajouter et développer. > Vellem monercs me multa alio modo quam a Cartesio demonstrata sunt demonstrare, non ut Cartesium corrigam sed tantum ut meum ordinem melius retineam et numerum axiomatum non ita augerem; et ha eliam de causa multa quæ a Cartesio nude sine ulla demonstratione proponuntur demonstrare, et alia quæ Cartesius missa fecit, addere debuissc. > Meyer a fait droit i c tte demande dans sa préface en employant presque ces mêmes termes. Voyez toute cette lettre curieuse dans nos Fragments de philosophie moderne, 1" Partie, p. 126.

corps ni l’esprit ne sont des substances, quoi qu’en ait dit Descartes. Mais c’est surtout sur la liberté humaine que Meyer s’attache à mettre en lumière la différence de la doctrine cartésienne et de celle de son ami. Selon Spinoza, la volonté n’est point distincte de l’entendement, et encore bien moins a-t-elle la prétendue liberté que Descartes lui attribue. Nous le demandons : est-il possible d’élever de plus fortes barrières entre le cartésianisme et le spinozisme ? et comment après cela soutenir qu’il n'y a qu’uu pas de l’un à l’autre, lorsque pour arriver au système de Spinoza il faut commencer par renoncer à tout ce qui constitue celui de Descartes et à la méthode qui en est l'âme ?

En 1670, Spinoza mit au jour son traité théologicopolitique : Tract atus theologico-politicus, etc .,Hamburgi , 1670, in-4°. D’est ce traité qui, en bien et en mal, a fait sa renommée. Quoiqu’il n’y eût pas mis son nom, et qu’il l’eût fait paraître à Hambourg, bien loin de tous les foyers connus des discussions philosophiques, l'ouvrage fitun immense effetd’un bouta l’autre du monde savant, et souleva de toutes parts cette tempête d’applaudissements et de réprobations qu’on appelle la gloire.

Le traité théologico-politique se divise en deux parties : l’une politique, l’autre théologique.

La politique de Spinoza se rapproche beaucoup de celle de Hobbes'. S’il repousse avec raison le principe qu’en entrant dans la société l’homme aliène ses droits naturels, et s’il établit qu’il est des droits qu'on ne peut

1. Sur Hobbes et sa politique, voyez plus haut dans la VU* leçon, p. 331-343.

perdre*, par exemple la liberté de penser et de dire ce qu'on pense1 2 3, par une contradiction inouïe il confère à l’État, avec Hobbes, le droit de traiter en ennemis tous ceux qui n’ont pas les opinions que l'État professe', surtout en matière de culte et de religion4. En vérité, ce n’était pas la peine de rompre avec la petite communauté où il était né, pour élever sur sa tête un pouvoir qui, sous prétexte de régler le culte extérieur, pouvait entreprendre sur ces mûmes droits de la conscience qui venaient d’étre si justement réservés; triste inconséquence, qui rappelle le fils d’une race opprimée, encore si épouvantée des persécutions qu’elle a partout endurées et de la part des musulmans et de la part des chrétiens, qu’elle cherche un abri contre l’inquisition religieuse sous un pouvoir civil, si absolu qu’il puisse être, pourvu qu’il soit distinct et indépendant du pouvoir religieux; et cela, dans l’espérance que toute puissance civile qui n’est pas dominée par le fanatisme est elle-même intéressée à ménager tous ses sujets, et h maintenir parmi eux la liberté et la paix.

Spinoza est donc déjà juif dans la partie politique de

1. Tractatos theolooico-politicüs, cap. xvn : Oslenditur ncmt'tirtrç mania in summam polestatem transferre poste, net esse necesse.

2. Ibid., cap. xx : Oslenditur in libéra republica unicuique et sentire qu.r relit et qux senliat dicere licere.

3. Ibid.: « Verum quidem eas (summaa polestalcs) jure posse omncs qui cum iisdem in omnibus absolute non sentiant, pro hostihus habere. •

4. Tractatos, etc., c. xix : Oslenditur jus eirca sacra pertes summas

potestates omninn esse. — • Cum supra dixi eos qui imperium tcnent jus ad omnia solos habere et a solo eorum decrcio jus omne penilnre, non tantum civile intelligere voiui, sed eliarn sacrum ; nam nujus etiam et interprètes esse debent et vuidices, atque hoc bio expresse notare volo et de eo ex professo in hoc capite agere, quia piurimi sunt qui pernegant boc jus, nempe circa sacra, summis polestalibus comptera. » ,

son fameux traité ; il l’est bien plus encore dans la partie théologique. Elle est un code régulier du plus absolu rationalisme, qui reprend et agrandit la tradition juive hétérodoxe, devance et surpasse les hardiesses de la critique moderne de France et d’Allemagne. Spinoza y aborde toutes les questions depuis si controversées : quelle est la véritable date des divers ouvrages dont se compose la Bible; quels sont les auteurs du Pentateuque qu’on ne peut, selon lui, attribuer à Moïse; quelle autorité doit être accordée aux apôtres; si enfin il n’y a pas une manière très-légitime d’interpréter philosophiquement ce qui, dans les saintes Ecritures destinées au peuple, est donné sous la forme de métaphores, de symboles, d’allégories. En lisant cette partie du traité théologico-politique, nous croyons relire la première partie du Guide des égarés , avec cette différence que Maimonide, tout en professant le rationalisme, afî cte l’orthodoxie, et que Spinoza n’y prétend point. Ce n’est assurément pas dans üescartes, qui est et veut rester étranger à la théologie et se montre toujours profondément respectueux envers l’autorité religieuse; ce n’est pas davantage dans ses disciples hollandais du dix-septième siècle, théologiens protestants, plus ou moins hardis, mais qui ne songent pas à attaquer l’authenticité des saints monuments; c’est dans les théologiens juifs qu’il avait lus et qu’il cite' que Spinoza avait recueilli toutes les idées développées dans ses trois remarquables chapitres sur les miracles, sur les prophètes et sur le don de prophétie. L’esprit de la théologie hébraïque hétérodoxe

U Plus haut, p. « 9.

est manifeste dans le livre de Spinoza ; et à moins de fermer volontairement les yeux à la lumière, il 'est impossible d’y méconnaître un descendant de Maimonide, d’un génie encore plus libre, plus profond, plus audacieux.

Or, s’il est incontestable que Spinoza a ronnu et suivi la tradition hétérodoxe des juifs dans l’interprétation de la Bible, comment aurait-il ignoré le côté philosophique de cette môme tradition? La théologie du Guide des égarés a été convaincue de contenir les germes de celle de Spinoza, avec des inconséquences detoutesorte que celui-ci a répudiées : de même, qu’un savant juif ait le courage de nous donner, dans loute sa sincérité, la philosophie de Lévi ben Gerson, nous ne doutons pas qu’on n’y trouve aussi la philosophie de Spinoza presque tout entière sous les formes et dans le langage de la philosophie du quatorzième siècle.

En 1 675, Spinoza songeait à publier son grand ouvrage, depuis longtempscomposé et qu’il avait communiqué en partie à Oldenburg en 1661. Mais le seul bruit de ce dessein réveilla les inimitiés de toute sorte que le Traité thèologico-polilique lui avait faites; et ces inimitiés prirent un caractère si menaçant que Spinoza retint son nianuscritet s'enferma de plus en plus dans la solitude et le silence jusqu'i sa mort survenue en l’année 1677, où YÉlhique parut parmi ses Œuvres posthumes, grâce aux soins de deux amis fi ièles1.

1. En attendant un pareil travail qui diminuerait beaucoup l’originalité de Spinoza, comme la connaissance d'Alexandre d’Apbrodisée et de Thèmistius a beaucoup ôté à celle d'Averroès, il importe de se bien pénétrer de la 4' partie des Mélanges de M. Mûnck qui comprend une trop courie mais bien précieuse Esquisse historique de la philosophie chei les juifs. — 2. B. D. S. Opkrà posth; ma, 1677, in-4*, sang

Maintenant qu’elle a passé par le feu d’une controverse de deux siècles, cette abstruse métaphysique, tout enveloppée de formules mathématiques, est comme percée à jour ; il n’est plus possible de se faire illusion sur son caractère et sur sa portée. Le prétendu cartésien abandonne ouvertement toute l’entreprise du cartésianisme. 11 tourne le dos à sa méthode. Plus de psychologie : au lieu de partir des faits de conscience, des phénomènes de la pensée pour arriver successivement aux plus hautes vérités, à l’aide de la réflexion soutenue par le raisonnement, Spinoza renverse l'œuvre de Descartes ; il débute par où Descartes aurait pu finir, par un principe abstrait, par une définition; et, outrant tous les défauts que nous avons signalés dans les dernières Méditations, de cette seule définition il déduit tout un vaste système à la façon des géomètres, avec leur appareil accoutumé de propositions et de corollaires, d’axiomes, de postulats, comme Descartes en avait malheureusement donné quelquefois l’exemple, linfin la définition sur laquelle Spinoza se fonde est précisément cette fameuse définition de la substance aussitôt retirée qu’avancée par Descartes. Le titre trompeur du premier ouvrage de Spinoza, Principes de Descaries géométriquement démontrés , malgré l’explication de la préface, avait fait considérer à la foule le philosophe d’Amsterdam comme un disciple du philosophe français : l’emploi systématique de cette même détinition de la substance acheva l’erreur. Jamais pourtant ap-

nom de lieu. Ces écrits posthumes sont VEthica, en cinq parties, un casai inachevé de politique, Tractatus politicus, un traité sur la réforme île l'entendement, de Emcniatione intellect U3, un abrégé de grammaire hébraïque, et la correspondance de Spinoza.

parence ne fut plus contraire à la réalité. Pas un seul cartésien n’avait accueilli cette déiinition et ne s’en était servi depuis le désaveu formel du maître; si Spinoza en fit usage, ce n’est pas parce qu’il la trouvait dans Descartes, puisque en même temps il y trouvait le contraire clairement et solidement exposé; et dès qu’il la reprit, tout ce qu’il y avait alors de cartésiens en Hollande se levèrent contre cette définition et la combattirent au nom même du cartésianisme, sapant ainsi par la base la nouvelle doctrine qui reposait tout entière sur cette définition. En effet, admettez-la, et tout le reste se suit et s’enchaîne dans les cinq parties dont se compose V Éthique, avec une rigueur mathématique.

La substance est ce qui est de soi et par soi et n’a besoin de rien autre pour être'.

Par conséquent, la substance ne peut être produite par rien autre, etelle est cause de soi-même, causa sui *.

Une telle substance est infinie*.

Une substance inûnieest nécessairement unique, deux essences infinies étant inadmissibles*.

Cette substance unique est Dieu.

Dieu seul est libre; car un être est dit libre quand il existe par la seule nécessité de sa nature, et n’estdétermmé à agir que par soi-même s.

Une substance infinie et éternelle ne peut avoir que des attributs éternels et infinis. Lesdenx attributs éternels et infinis de Dieu sont la pensée et l’étendue'.

1. Ethieet pars prima, de Deo, — Definitio III. • Per substantiam intelligo id quod in se est et per se concipitur. • — 2. Ibid.

3. Ibid., VI et VIII. — 4. Proposit. I et II. — 5. Définit. VII. — 6. Proposit. XIV, Corollarium 11.

Hors de là, rien d’infini et d’éternel, rien de libre; toutcequi n’est pas Dieu est déterminé, non-seulement à exister à sa manière, mais à agir d’une certaine manière; il n’y a rien de contingent*.

La nature naturante, natura naturans, est Dieu considéré comme cause libre et déterminante. La nature naturée, naiwa naturata, est tout ce qui suit de la nécessité de la nature de Dieu, de ses attributs etde leurs modes *.

La volonté, le désir, l’amour, etc., sont des modes qui appartiennent à la nature naturée et non pas à la nature naturante*.

Les choses n’ont pu être produites par Dieu ni d’une autre façon ni dans un autre ordre qu’elles ont été produites*.

Il n’y a point de causes finales. Descartes reconnaissait qu’il y avait très-certainement des causes finales à toutes choses, mais il pensait que nous ne pouvons pas toujours les découvrir, et qu’en physique il est sage de s’abstenir de cette recherche ; Spinoza met en principe, et en cela il est très-conséquent à sa théorie de la production nécessaire des choses, il met en principe que Dieu n’a pu se proposer aucunes fins; car s’il agissait pour une fin quelconque, il désirerait quelque chose dont il serait privé, ce qui détruit l'idée de la perfection de Dieu. En fait, toutes les causes finales dont on parle sont de pures fictions inventées par les hommes. Et làdessus, parce que le vulgaire et les mauvais théologiens abusent du principe des causes finales et imaginent trop

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