Ibid., p
X Malebranche fut en effet assez longtemps janséniste, vécut dans le
prétend que Dieu songe à Jésus-Christ seul, et nullement à l’homme, qu’ainsi la chute de celui-ci a été faite pour la seule gloiie de son rédempteur, tandis que le philosophe protestant, plus catholique en cela que le Père de l'Oratoire, lui rappelle que Dieu veut sauver tous les hommes et que leur salut est compris dans le plan général.
Vous le voyez : Malebranche n’est point un génie sobre comme Socrate, Platon, Aristote et Descartes; c’est un génie excessif comme Plotin et trop souvent saint Augustin lui-même'. Dans la famille cartésienne Malebranche avait Uni par être un dissident, et il a été vivement combattu sur plusieurs points par Arnauld et par Fénelon, suscités tous les deux et soutenus par Bossuet. Il chancelle souvent en métaphysique entre Descartes et Spinoza. C’est le christianisme qui le sauve et le conduit au port à travers les plus périlleuses spéculations. Aussi, en dépit de la logique, le Dieu de Malebranciie n’est point celui de Spinoza, c’est le Dieu de üescartes, de saint Augustin et de Platon, non pas seulement, répétons-le bien, l’être infini, mais l’être par-
sein du parti, partagea ses périls et ne signa qu’avec douleur et remords le fameux formulaire et même rétracta sa signature. C'est assez tard qu'il se sépara de Port-Royal pour tomber dans les tristes querelles où il a consumé en vain tant d'esprit, de dialectique et d’éloquence, 1. Saint Augustin a saus doute retenu Malebranche sur la pente du spinozisme, mais il a aussi contribué indirectement à l’y mettre par sa théorie de la grâce. Cette théorie, poussée A l’exagération par une autre exagération, celle du péché originel, avait envahi l’Oratoire autant que Port-Royal; elle pénétrait les esprits et les âmes de la misère et du niant de l’humanitc et les prosternait devant la toute-puissance divine. Cette prédominance de l’idée de Dieu est partout au dix-septième siècle, excepté dans Descaries. Voyez Etules sur Pascal, deuxième préface, p. 62, etc., et dans Jacqueline Pascal la fin de V Epilogue.
fait, doué de toutes les perfections morales dont il est le principe et le modèle, qui n’a pas produit le monde par l'effusion nécessaire de sa nature, mais qui l’a créé volontairement, qui a fait l'homme à son image, lui a donné l’intelligence parce qu’il est souverainement intelligent, 1 liberté parce qu’il est souverainement libre, l’amour parce que lui-même il aime, et que c’est l'amour qui l’a porté à créer le monde dans une fin excellente et bienfaisante. Une pareille théodicée, qui ne sort pas, il est vrai, du fond du système, mais qui y est en quelque sorte superposée, demande grâce pour bien des chimères, couvre et répare bien des paradoxes.