Colebrooke, Ibid
évoque les mânes des ancêtres, elle se transporte d’ellemême dans un corps différent du sien et qu’elle appelle à l’existence par la seule force de sa volonté, elle se déplace instantanément d’un lieu dans un autre, selon qu’il lui plaît, et exerce bien d’autres opérations qui excèdent le pouvoir ordinaire accordé à l’homme'. »
Ainsi l’idéalisme dans l’Inde n’a guère été plus heureux que le sensualsme, et l’Inde a passé par les deux excessifs dogmatismes qui remplissent le premier plan de toute grande époque de l'histoire de ls philosophie.
Que ces deux dogmatismes s’y soient combattus, cela est encore attesté par M. Golebrooke, et par les nombreux commentaires du Sartkhya et du Védanta qui se font une guerre perpétuelle. De là tirez cette conséquence qu'il doit aussi y avoir eu dans l’Inde plus ou moins de scepticisme ; car il est impossible que deux dogmatismes opposés se combattent sans s’ébranler réciproquement. 11 y a eu en effet du scepticisme dans l’Inde. Mais remarquuz que la philosophie indienne n’est que la première époque de l’histoire de la philosophie, le début ric'ie et puissant, mais enfin le début de l’esprit humain, et que l’esprit humain répugne d’abord au scepticisme. Ainsi le dogmatisme a dû prévaloir dans l’Inde, et le scepticisme n’a dû y trouver qu’une assez faible place. Voilà ce que dit le raisonnement; c’est aussi ce que disent les faits.
C’est une opinion indienne fort accréditée que le monde n’est qu’une illusion; et l’illusion, Maya, est le nom que l’on donne au monde. La seule question agitée par les critiques est de savoir à quelle école cette
t. Colebrookc, ibid., p. 376.
opinion appartient. M. Colebrooke ne l’a trouvée ni dans les aphorismes primitifs de Vyasa ni dans les commentaires de Sankara, mais il déclare qu’on la rencontre souvent dans les traités élémentaires et dans les commentaires de second ordre. Étrangère au Védanta original, elle s’est glissée dans ses branches dérivées et postérieures*. Le scepticisme, en effet, est un fruit tardif de la réflexion ; il suppose bien des systèmes dont il est la négation.
Le scepticisme une fois né, il est difficile de l’arrêter et de lui faire sa part, comme dit M. Royer-Collard. Voilà pourquoi, dans l’Inde même, après avoir révoqué en doute l’autorité des sens et l’existence réelle de leurs objets, on en est venu à nier jusqu'à l’existence du moi qui réfléchit et qui doute. Ajoutons que, dans l’Inde, comme plus tard dans notre Occident, c’est une école théiste qui a nié l’existence du monde et une école sensualiste et athée qui a nié l’existence de l’âme. Cela n’est pas sans intérêt à constater pour l’histoire de la filiation des systèmes.
M. Colebrooke ne nous apprend pas seulement qu’une école védantique, sinon le Védanla lui-même, fait du monde une illusion, il nous apprend attssi que le Sankhya de Kapila rejette l’existence du moi. Voici, selon la Karika, la vérité définitive, la vérité absolue, la vérité unique : < Je ne suis pas; ni moi, ni rien qui soit mien n’existe *. » C’est là, ce semble, un assez grand scep-