‹ Histoire générale de la philosophieChapitre 14 sur 143 · Colebrooke, ibid. , p · texte numérisé non relu

Colebrooke, ibid. , p

2. Citons textuellement Colebrooke, ibid., p. 259: Neither I am, nor tt aught mine, nor l eiùt. Voilà bien la ilaya indienne /‘tendue jusque sur Pâme, et le moi révoqué en doute aus-i bien que le monde l’avait été précédemment. M. Wilson (The Sankhia Karika, p. 118- 181) a contesté l'exactitude de la traduction de Colebrooke et celle des

EUXIÉUE LEÇON.

ticisme. Toutefois je m’empresse de vous rappeler que ce n’est là qu’une phrase de la Karika, que des phrases

conclusions que nous en avons tirées : il prétend que partout où Colelirooke a mis je n’existe pas, il faut mettre je n'agis pas; en sorte que ce passage du Sankhya nierait seulement l’activité de l’âme et nullement son existence, et qu’au lieu de voir là du scepticisme, il faudrait y voir au contraire la glorification de l'existence substantielle de 'âme retirée en elle-même, dégagée de toute participation active any active participation) aux joies et aux peines de l’existence humaine. On pense bien que nous ne braverons pas le ridicule d'avoir une opinion entre les deux illustres indianistes. Remarquons seulement que les divers commentaires sur lesquels s’appuie M. Wilson sont loin de s’accorder entre eux. Par exemple, le commentaire de Gaurapada entend avec Colebrooke qu’il n’est pas question de l'action seule, qu'il s'agit bien de l’existence, mais de l’existence individuelle et personnelle : « Neither I exist, dit Gaurapada, Thaï is, exempt from egotism. > Le scepticisme ne tomberait alors que sur l’individualité, mais ce serait toujours du scepticisme, un scepticisme au rebours de celui de Hume, qui conserve les phénomènes de l'Urne et ne nie que leur substance, comme d’ailleurs toute substance. 11 ne serait pas difficile de ramener à cette interprétation de Gaurapada celle des autres commentaires et celle de H. Wilson lui-mème; car l’action étant le signe et l'attribut fondamental de l’individualité, qui met l’une en doute y met aussi l’autre, et ne laisse subsister qu’un être en soi, une pure substance, une entité indéterminée, vide de toute individualité et de toute activité. — Nous regrettons que notre savant ami, M. B. Saint-Hilaire, ne tenant aucun compte de la traduction de Colebrooke et exagérant encore l’opinion de M. Wilson, ait vu ici le triomphe du plus pur spiritualisme, l’âme se distinguant, non pas de son individualité comme le veut Gaurapada, non pas de son activité comme le veut M. Wilson avec plusieurs commentateurs, mais de l’action de la nature extérieure. M. Saint-Hilaire entend que « en voyant la nature agir comme elle fait, l’âme se dit : ce n’est pas moi qui agis, toute cette activité n’est pas la mienne, tout cela n’est pas moi. » Il traduit en conséquence: « La science absolue consiste à se dire : je ne suis pas cela; ce n’est pas à moi, ce n’est pas moi. t Interprétation nouvelle, en opposition avec l’idée de la science parfaite telle que la recommande la philosophie indienne. Dans l’Inde, se séparer de la nature et lui dire: Tu n’es pas moi, est le commencement de la sagesse, mais ce n’en est pas le terme. La suprême sagesse, la science définitive, absolue, unique, que proclame ici la Karika, est d’un bien autre ordre et elle exige bien plus ; elle commande à l’âme, si elle aspire au parfait repos, à la délivrance anticipée des liens qui l’attachent au monde, de se séparer de sa propre activité, de son individualité, et de s’absorber le plus possible dans le sein de la pure substance. »

isolées ne constituent pas un système, et que l’illustre indianiste sur lequel nous nous appuyons ne parle d'aucune école indienne qui soit positivement sceptique.

Mais s’il y a eu peu de scepticisme dans l’Inde, le mysticisme y surabonde. Essayons de déterminer, autant qu’il est possible, l’origine de ce mysticisme, pour en bien comprendre la nature.

Le Sankhya compte des branches aussi nombreuses et aussi diverses que le VéJanta. Vous connaissez le Sankhya de Kapila, qui pousse l'indépendance jusqu'à l'hétérodoxie, l’hétérodoxie jusqu'à l’impiété, et qui, sensualiste dans ses principes, aboutit au fatalisme, au matérialisme, è l’athéisme, et y aboutit le sachant et le voulant. Mais le Sankhya a produit beaucoup d’autres écoles, une entre autres qui, partie du Sankhya, c’està-dire du tronc de l’hétérodoxie, soit par lassitude du tri te dogmatisme du sensualisme, soit par toute autre cause, est allée se rattacher, avec le temps, à l’ancienne orthodoxie, à la philosophie Védanta, à la Mimansa et aux Védas; qui même, tombant d’un excès dans un autre, comme fait toujours l’humanité, s’est ralliée à ce qu'il y a de moins philosophique dans l’Inde, aux Pouranas ; de là la philosophie Sankhya-pouranika. Cette école ne vous représente-t-elle pas ce moment du développement de l’esprit humain, où, après la lutte de deux dogmatismes et une apparition plus ou moins considérable de scepticisme, l'âme ne pouvant plus croire aux excès de l’idéalisme et du sensualisme, mais ayant toujours besoin de croire, se rejette alors, pour croire au moins quelque chose, sous l’ancienne orthodoxie? Oüui qu’il en soit, et sans

nous arrêter au Sankhya-pouranika encore trop peu connu, je veux vous entretenir d’une autre école célèbre qui vient également du Sankhya, mais qui en rejette le fatalisme, le matérialisme et l'athéisme, à savoir, l’école Sankhya de Patandjali, que je vous ai déjà signalée.

Cette école est théiste, mais quel est ce théisme nouveau? Sommes-nous enlin arrivés à la véritable philosophie, à celle qui sera assez sage pour n’étre pas sensualiste et assez sage aussi pour ne pas tomber dans le mysticisme? Hélas! non. Car je lis dans M. Colebrooke que le théisme de Patandjali est un fanatisme absurde1 2. La philosophie Sankhya de Patandjali est contenue dans une collection appelée Yoga-Soutras est divisée en quatre livres. Premier livre, sur la contemplation; second livre, sur les moyens d'y parvenir; troisième livre, sur l’exercice de pouvoirs supérieurs; quatrième livre, sur l'extase *. Rien de plus clair : voilà bien le mysticisme, avec ce qu’il a de bon, le théisme, mais aussi avec ce qu’il a de plus extravagant, la substitution de l'extase aux procédés réguliers du raisonnement et la prétention à des pouvoirs surhumains.

Mais nous avons ici mieux que la rapide analyse de M. Colebrooke, nous possédons un monument patandjali, le Bhagavad-Gita.

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