Mus haut, leç. VU1, p
péripatéticien que Descartes, et même au fond plus contraire à la théodicée de la scolastique.
Un autre philosophe, sorti comme Leibniz de l'école de Jacques Thomasius, son propre fils, Christian Thomasius, frappé de cette question de l’essence de la matière, que les controverses françaises pour et contre le cartésianisme avaient mise à l’ordre du jour d’un bout de l’Europe à l’autre, était arrivé de son côté à la solution de Leibniz, moins son exagération. Professeur à l’Université de Leipzig, pendant l’hiver de 1694, Christian Thomasius avait enseigné que l’étendue ne suffit pas pour expliquer tous les phénomènes de la matière, parmi lesquels est incontestablement le mouvement, qu’il fallait donc y supposer une force active, et que cette force active devait être considérée comme un attribut de la matière tout aussi réel que l’étendue. Aussi quand il vit paraître dans le journal de Leipzig le fameux article sur l'idée fondamentale de la substance, il s’empressa d’accueillir la théorie qu’il avait devancée lui-même, et il prit la plume pour la défendre. Mais en même temps qu’il y applaudit, il craint qu’on n’en abuse, et il demande si Leibniz croit que cette force active appartienne en soi à la matière. En effet, si elle y est certainement aujourd'hui, si elle y produit des phénomènes qu’elle seule explique, si par conséquent il faut la reconnaître, il ne s’ensuit pas qu’elle soit essentielle à la matière, qu’elle ne vienne pas originairement d’ailleurs. » Si on ne procède ici, dit Christian Thomasius, avec une extrême circonspection, cette science dynamique, qui peut être si utile, s’en ira en chimère. La force active, c’est l’esprit, mais il n’y a pas que de l’esprit dans le monde : tout corps comprend à
la fois et de la matière et de l’esprit. La matière, c’est dans le corps tout ce qui est passif; l’esprit, c’est l'élément actif: les deux sont nécessaires pour constituer le corps ; l’esprit tout seul, la force toute seule n’y suffit point*. »
Christian Thomasius avait raison : s’imposer la nécessité de tout expliquer par la force seule est une entreprise sous laquelle Leibniz a succombé.
Veuillez y réfléchir en effet: la monadologie donnée, l'harmonie préétablie est inévitable, et l’harmonie préétablie est un retour à la théorie des causes occasionnelles de Malebranche.
La monadologie repose sur cet axiome : Toute substance n’est qu’une cause, une force simple, spirituelle, ayant en elle-même le principe propre de tous ses développements quels qu’ils puissent être. Chaque monade est l’univers en abrégé ; c’est, comme dit Leibniz, un miroir vivant qui réfléchit l’univers entier sous son
1. Programmait Thomatiana, etalia scripta similis breviora conjunctim édita, etc., Halæ et Lipsiæ, 1724, p. 274, Dialogus de definitione aubslantiæ, 1694. — Tiao (l’écolier): Vidistine, Domine, observationem de uotione suhstantiæ, quant Vir Celeberrimus Dn. G. G. L. actis Lipsiensibus mense Martio hujus anni inseri curavil? Puilalethes (le professeur, Christian Thomasius): Vidi. Et mallem ut dedisset Vir Celeberrimus suam de notione suhstantiæ defmitionem. Intérim valde gavisus sum, dum ejus assertior.es de vi activa et nisu legi, cum pene similes bac bieme habuerim, ut ex diclatis meis in historiam Ecclesiasticam observationibus tibi constabit. Vere enim vis activa ex accidentium et qualilatum classe eximenda est, cum ab ea dependeat esscnlia omnium corporum. Id lamen scire mallem a Viro Celeberrimo, si oecasionem cum ipso confcrendi naclurus sim, an pulet.... illam vim agcndi inesse ipsi maleriæ? Nisi enim caute hic processerimus, utilissima ilia dynamices scientia, quam pollicetur, fundamento destituctur. Scis enim quod hactenus in dictis lectionibus ostenderim, matenam omne esse ens mere passivum, vim agendi autem ipsarn spiritus essentiam, adeoque omne corpus constare ex materia et spiritu, etc. »
point de vue particulier Mais toute monade étant simple, il n’y a point d'action directe d’une monade sur une autre, principe que Leibniz emprunte à Malebranche1; il y a seulement un rapport naturel de leur développement respectif, qui fait leur apparente communication : ce rapport naturel, qui a sa raison dans la sagesse de l’ordonnateur suprême, est l'harmonie préétablie. Il suit de là que chaque monade, par exemple l’âme humaine, tire tout d’elle-même et ne reçoit en rien l’influence de cette agrégation de monades qu'on appelle le corps, et que le corps ne subit non plus en aucune manière l’intluence de l’âme. Il n’y a point entre le corps et l’âme réciprocité d’action, comme tout le monde le croit, il y a simple correspondance : ce seraient comme deux horloges montées à la même heure, qui correspondent exactement, mais dont les mouvements intérieurs sont parfaitement distincts. Mais nier l’action du corps sur l’âme et celle de l’àme sur le corps, c’est nier un fait évident que nous pouvons à tous les instants expérimenter sur nous-mêmes dans le phénomène de la sensation et dans le phénomène de l'effort; et c’est nier ce fait parce qu’il ne s’accorde point avec le principe qu’une force simple n’agit point sur une autre force de la même nature. Or un principe qu’on ne peut maintenir qu’en renversant un fait certain se renverse lui-même, et il entraîne dans sa ruine le principe supérieur dont il dérive, à savoir, qu’il n’y a, dans l’univers, rien de passif, rien de matériel, et que tout est esprit et force.
La monadologie et l’harmonie préétablie ramenaient