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Né & Dublin en 1642, mort en

est un principe naturellement mortel. Cet écrit, purement théologique en apparence, donna lieu à une controverse où un illustre disciple de Newton, Samuel Clarke, pour défendre l’immortalité naturelle de l'âme, se fonda sur son immatérialité qu’il tirait de la conscience de l’individualité. Collins', disciple et ami particulier de Locke, venant au secours de Dodwell, répondit à Clarke en invoquant l’argument du maître, à savoir que nous ne connaissons pas assez les substances pour affirmer que Dieu n’a pas pu donner à un assemblage de matière, dont toutes les parties sont étroitement unies, un sentiment Intérieur individuel. Dans cette longue et vive polémique, Collins fut amené par son adversaire à confesser qu’il n’admettait t as plus la liberté de l’âme que sa spiritualité, et il prétendit prouver que non-seulement la liberté n’est pas, mais qu’elle n’est pas possible. Mandeville' a porté le même esprit dans la morale. Trouvant dans Locke la théorie de l’utile comme seule base de la vertu, il en conclut qu’il n’y a aucune distinction essentielle entre la vertu et le vice, et il aboutit à cette conséquence qu’on a dit beaucoup trop de mal du vice, qu’après tout le vice n’est pas si fort à mépriser dans 'état social, que c'est la source d’un grand nombre d’avantages précieux, de professions, d’arts, de talenls, de vertus même qui sans lui seraient impossibles.

Voilà les extravagances de l’école empirique; et par

1. Né en 1676, mort en 1729. Ses diverses dissertations ont été traduites en français sous le titre : Essai sur la nature et la destination de Vdme humaine, pourM. Antoine Collins, Londres, 1769, in— 12 .

2. Hollandais, d'origine française, né à Dordrecht en 1676, médecin à Londres, mon en 1735. Auteur de la Fable des Abeilles, Londres, 1706, 1714, 1728, traduite en français, 4 vol. in-12, 1750. Helvétius y

beaucoup puisé.

làqu’a-t-elle fait? elle a soulevé d’autres extravagances. D’abord Clarke' et Schaftesbury1 combattirent raisonnablement l’école de Locke. Mais après eux vinrent Arthur Collier 5 et G. Berkeley*, qui, pour en finir avec le matérialisme, prirent le parti de nier l’existence de la matière. Berkeley, partant de cette théorie de Locke que nous ne concevons les objets extérieurs que par l’intermédiaire et l’image des idées sensibles, bat en ruine l’hypothèse d’idées qui seraient capables de représenter des corps, et par là il pense avoir ôté la racine de la croyance au monde matériel, qu’il regarde comme une illusion de la philosophie, à laquelle le genre humain n’a jamais ajouté foi.

1. Né en 1675, mort en 1729. Voyez sa polémique avec Collins et Dodwell, ses sermons sur l’existence de Dieu et ses attributs, et sa correspondance avec Leibniz. Œuvres complètes, londres, 4 vol.in-fol., 1738-1742.

2. Né & Londres en 1670, mort en 1712. C’est dans les Lettres à un jeune gentilhomme qui étudie à l'Université que se trouve une critique bien sévère de Locke. Œuvres de Shàftesbury traduites en français, t. III, p. 350, lettre VIII* : « M. Locke a renversé tous les fondements de la «orale ; il a détruit l’ordre et la vertu dans le monde en prétendant que leurs idées, ainsi que celle de Dieu, étaient acquises et non pas innées, et que la nature ne nous avait donné aucun principe d’équité. Il joue misérablement sur le mot d’idée innée: ce mot bien entendu signifie seulement une idée naturelle ou çmforme à la nature.... 11 ne s'agit point du temps auquel nos idées se forment: il s’agit de savoir si la constitution de l'homme est telle que, devenu adulte, soit plus tôt, soit plus tard, ce qui est assez indifférent en soi, l’idée de l’ordre et de la vertu, ainsi que celle de Dieu, naissent nécessairement et inévitablement en lui ... » Toute la lettre est fort re • marquable.

3. Londres, in-8°, Claris universalis, 1713. Nous ne connaissons que la réimpression récente faite par le docteur Parr : Metaphysical Tracts by English philosopliers ofthe eiglUeenlh centurg, Londres, 1837.

4. Né en 1684, évique de Cloyne en 1734, mort en 1755. Œuvres complètes, 2 vol. in-4", 1784, et in-8% 3 vol., 1820. Ses deux ouvrages les plus célèbres sont YAlcyphron et le Dialogue entre Hylas et Philonoûs, tous deux traduits en français. Sur Berkeley, voy. Premiers essais, p. 34-55.

Faites le tour de l’Europe, vous y trouvez partout la même lutte entre l'empirisme et l’idéalisme. En Allemagne, si Wolf*, le professeur par excellence, répand partout le leibnizianisme, n’oubliez pas les résistances qu'il a rencontrées. L’idéalisme est plus heureux en Italie. FarJella, à Padoue’,estunesortede Malebranche, sans ses hypothèses et sans son génie; à .Naples, Vicos, tout en relevant avec force le mépris fort condamnable des cartésiens pour l’histoire et les langues, n'en adopte pas moins leur philosophie générale, et il appartient encore à cette noble école idéaliste qui n’a jamais été détruite dans la patrie de saint Thomas et de Bruno.

Tel était à peu près au commencement du dix-huitième siècle l’état du dogmatisme empirique et du dogmatisme idéaliste en Europe. Vous avez vu que ces deux systèmes n’avaient pas échappé à leurs conséquences extrêmes, et qu’une longue lutte avait fait paraître tous leurs défauts. De là devait sortir et est en effet sorti de bonne heure le scepticisme, dans la mçsure

1. Né à Breslaw en 1679, professeur à léna de 1703 à 1707, et à Halle jusqu’en 1723, chassé, puis réintégré, et mort à Halle en 1754. Ses œuvres latines et allemandes composent toute une bibliothèque. — Sur Wolf, voyez Introduction a l’Histoire de la philosophie, leç. XII, p. 234.

2. Né à Drapani en Sicile en 1650, franciscain et professeur à l’adoue, murt en 1718. Sjn grand ouvrage est intitulé : • Animac human.r

• naturel ob Augustino détecta... eiponente Michaele Angelo Kardella, « Drapancnsi, sacræ thenlogiæ doctore, et in Patavino lycæo astrono- ■ mite et meteorum professore . .. . Opus potissimum elaboratum ad in- « corpoream et immortalem ammæ humante indolem, adversus Epi-

* cureos et Lucretii scctatores, ratione prælucente, demonstrandam. » Veneliis, 1698, in-fol.

3. Né à Naples en 1668, mort en 1744. Sur Vico, voyez Introduction a l’Histoire de la philosophie, lec. XI, p. 237. Principi di scienza nwna d’intornu alla commune natur a dette nazioni, Naples, 1725.

et pour ainsi dire en raison directe du riche et vaste dogmatisme dontje vous ai fait connaître les principaux représentants.

Aussi le nombre des philosophes sceptiques qui ont paru dans ce premier âge de la philosophie moderne est-il bien autrement considérable qu’au seizième siècle. Déjà même on peut les diviser en deux classes, les vrais et les faux. Ici en effet se présente un fait curieux que je vous ai déjà signalé* et qu’il importe de saisir à sa naissance et de bien comprendre, parce qu’il se reproduira plus d’une fois, et qu’il reparaîtde nos jours avec l’éclat d’une originalité mensongère.

Rappelez-vous l’ordre naturel du développement de l’esprit humain, tel que nous l’a montré l’histoire : partout la philosophie est sortie du sein de la théologie, et tout d’abord elle s’est partagée en deux dogmatismes qui tous deux ont souvent abouti à des résultats médiocrement raisonnables. Il était difficile que la théologie vît sans ombrage s’élever à côté d’elle une philosophie indépendante, et elle dut s’affliger d’autant plus de voir l’esprit humain lui échapper qu’elle lui vit faire quelquefois de sa liberté un assez triste usage. Elle entreprit donc à très-bonne intention de surveiller ses démarches. Elle le servait par là; car il est de la plus grande importance d'avertir sans cesse le dogmatisme que la raison sur laquelle il s’appuie a ses limites et n’est pas infaillible. Mais il faut convenir que ce service n’était pas tout à fait désintéressé, et que le but secret ou avoué de la théologie est presque toujours de ramener l’esprit humain du sentiment exagéré de sa faiblesse à l’ancienne et tutélaire autorité.

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