Plus haut, lcç. I, p
NEUVIÈME l-ETON.'
Dès le dix-septième siècle, à peine la philosophie a-telle produit quelques essais de dogmatisme idéaliste et empirique, qu’aussitôt la théologie, profitant des fautes où tombait déjà la philosophie, s’est empressée de lui présenter, grossi et outré, le tableau de ses erreurs, afin de la dégoûter de l’indépendance.
Distinguez bien ici deux sortes de sceptiques, ceux qui de bonne foi désespèrent de la raison humaine, et ceux pour qui ce scepticisme n’est qu’une arme de guerre, une machine inventée dans l’intérêt d’un bien autre dogmatisme. Vous reconnaîtrez aisément ces singuliers sceptiques parmi ceux dont je vais faire passer les noms sous vos yeux.
Jérôme Hirnhaim est un religieux prémontré, docteur en théologie à Prague, mort en 1679. Son ouvrage est une pure déclamation dont l’intention n’est pas douteuse. Le titre en indique assez l’esprit; le voici tout entier : De Typho generis humani, sive scientiarum humanarum inani ac venloso tumore, difficullalc, labilitate, falsilaie, jactantia, præsumptione, incommodis et periculis, tracta tus brevis in quo eliam vera sapienlia a falsa discernitur, simplicitas mundo contempla exloüitur , idiolis in solatium,doctis incautelam conscriptus. Prague, in-4°, 1676.
L’Anglais Joseph Glanvil'e est un sceptique de beaucoup plus d’esprit, mais étrangement inconséquent. Il esté la fois antidogmatiste déclaré et mystique superstitieux. Né en 1636, mort en 1680, il débuta en 1661 par un petit écrit, in- 12, Vanité du dogmatisme , Vanity of dogmatizing, etc., essai modéré de scepticisme, qui contenait surtout une très-vive attaque contre la longue tyrannie du dogmatisme péripatéticien. Un autre ouvrage, qui parut un peu après, Scepsis scientifica , etc.,
trahit un scepticisme plus étendu, mais revêtu d’une apparence scientifique. Aussi la Société royale de Londres prit-elle l’auteur pour un de ses membres, et Glan ville se montra digne de ce choix en se portant le défenseur des études que cultivait la docte Société contre l’absurde accusation qu’on leur faisait de favoriser l'ir réligion. Il devint chapelain ordinaire du roi Charles II, et jouissait de la réputation d’un sceptique instruit et éclairé. Mais déjà de son vivant il avait laissé paraître une opinion favorable à la doctrine de l’apparition des esprits, et à sa mort il laissa un gros ouvrage qu’on imprima en 1681, où il maintenait ouvertement cette doctrine, et s’attachait à prouver la possibilité et la n'alité des apparitions*. L’écrit qui lui avait fait quelque honneur est la Scepsis scientifica Scepticisme scientifique , ou l’ignorance avouée comme moyen de science, essai sur la vanité du dogmatisme et de la confiance en ses opinions. Dans le chapitre xxv, Glanville examine et réfute le dogmatisme par rapport à l’idée de cause. Nous ne pouvons rien connaître, si nous ne le connaissons dans sa cause. Les causes sont l’alphabet de la science, sans lequel on ne peut lire daDs le livre de la nature Or,
1. Saducismus triumphatus , or fuit and plain evidence concening tcitches and apparitions, in two parti, the first treating of their pasxibitity, the second nf their real existence, 1681. Il y en a une troisième édition, 1689, m-8*, et une traduction allemande, Hambourg, 1701. Un autre écrit posthume de Glanville a le même caractère, Lux arit nlalù, London. 1682.
2. Scepsis scientifica, or confessed ignorance the vcay to science, in an essay on the vanity of dogmatiling and confident opinion, in-'i * 1665. — Il a publié aussi des Essaye on several important subjecls in philosophy and religion, in-4*, 1616. Parmi ces Essais les deux premiers sont : Against confidence in philosophy; On sccpticism and cer lainty.
3. Scepsis, etc. , p. 154 : « These are the alphabet of science, and nature cannot be read witbout them. *
nous ne connaissons que des effets, et encore par nos sens. Nos stns ne dépassent pas les phénomènes, et quand nous voulons rattacher les phénomènes à des causes invisibles et au-dessus de nos sens, nous ne faisons que des hypothèses. Descartes lui-même, « ce grand secrétaire de la nature1 2,» quoiqu’il ait surpassé tous les philosophes qui l’ont précédé dans l’explication du système du monde, n’a pourtant donné son opinion que pour une hypothèse. Tout cela sans doute est assez superficiel, mais il ne faut pas oublier que Glanville est Anglais, qu’il a eu de la célébrité dans son temps, que Hume dans sa jeunesse a dû trouver assez grande encore autour de lui la réputation de Glanville, qu’il a pu le lire, et que cette polémique contre la connaissance des causes est peut-être l’antécédent de celle de Hume au dix-huitième siècle.
Pascal 1 est à tous égards un bien autre personnage. 11 est incontestablement sceptique dans plusieurs de ses Pensées, et en même temps l’objet de son livre est l’apologie de la religion chrétienne. Ni son scepticisme ni sa théologie n’ont rien de fort remarquable en eux-mêmes. Son scepticisme est celui de Montaigne et de Charron, qu’il reproduit souvent dans les mêmes termes : n’y cherchez ni une vue nouvelle ni un argument nouveau. Il en est à peu près de même de sa théologie : elle est celle de ses amis de Port-Royal. Qui donc place si haut
1. « The great secretary of nature, the miraculous Descartes. »
2. Né en 1623, mort en 1662. Dans nos Études sur Pascal, en rétablissant pour la première fois le texte vrai de plusieurs pensées, et en tirant dos pensées nouvelles et inattendues du manuscrit original, nous croyons avoir démontré avec la dernière rigueur le scepticisme de Pascal en philosophie. Voyez surtout notre deuxième préface, et dans l'ouvrage même la deuxième partie, p. 2 14-238 de la cinquième édition.
Pascal et fait son originalité ? C’est que , tandis que le scepticisme n’est évidemment pour d’autres qu’un jeu d’esprit, une combinaison imaginée de sang-froid pour faire peur à l’esprit humain de lui-mème et le ramener à la foi, il est profondément sincère et sérieux dans Pascal. L’incertitude de toutes les opinions n’est pas entre ses mains un épouvantail de luxe : c’est un fantôme qui le trouble et le poursait lui-même. Dans ses pensées, il en est une rarement exprimée, mais qui domine et se sent partout, l’idée fixe de la mort. Elle lui fait horreur, et il s’adresse à tout ce qui pourra lui garantir le plus sûrement l’immortalité de son âme. C'est pour l’immortalité de l’âme qu’il cherche Dieu ; et du premier coup d’œil que ce jeune géomètre, jusque-là presque étranger à la philosophie, jette sur les ouvrages des philosophes, il n’y trouve pas un dogmatisme qui satisfasse en même temps son goût de démonstrations rigoureuses et le besoin qu’il a de croire, et il se précipite entre les bras delà foi, et de la foi la plus austère; car celle-là seule promet avec autorité ce que Pascal veut espérer sans crainte. Que cette foi ait aussi ses difficultés, il ne l’ignore pas; mais c’est le seul trésor qui lui reste, et il s’applique à le grossir de toute espèce d’arguments, ici de raisons solides, là de vraisemblances. là môme de chimères. Livrée à ellemême, la raison de Pascal serait bien autrement sceptique que celle de Montaigne; mais le scepticisme c’est le néant, et cette horrible idée le rejette dans le dogmatisme le plus impérieux. De là un scepticisme profond et une foi agitée ; de là encore, jusque dans l’expression de la pensée, ce caractère mél ncolique et pathétique qui, joint aux habitudes sévères de l’esprit géomé-
triqae, fait du style de Pascal un style unique et d’une beauté incomparable*.
Dans l’école sceptique de Gassendi la foi ne semble guère qu’une affaire de prudence ou d’habitude. Le point de départ de cette école est l'empirisme; son instrument est l’érudition, forme commode qui, entre autres avantages, avait celui de faire passer le scepticisme sous le manteau respecté de l’antiquité. Lamothe de Vayer tient à la fois à Charron et à Gassendi; c’est un sceptique sincère, sauf les ménagements que lui impose sa charge de précepteur des enfants de France*. L’abbé Foucher* est d’un caractère plus équivoque; il avait été surnommé de son temps le restaurateur de la nouvelle académie, et il a écrit un livre contre le dogmatisme de Descartes et de Malebranche.
Rien n’est plus évident que le but du scepticisme de Huet. Évêque d’Avranches, employé dans l’éducation des enfants de France, célèbre d’ailleurs comme érudit, Huet est adversaire passionné de Descartes et un ami des jésuites, qui, après avoir écrit sa fameuse Censure de la philosophie cartésienne, a laissé un Traité de la faiblesse de l’esprit humain *. En même temps, ce prétendu scepti-
1. Voyez la fidèle et touchante image du génie de Pascal, son portrait dans les Hommes illustres de Perrault : noble figure, imposante de sévérité et de tristesse, avec de grands yeui étincelants.
2. Né à Paris en 1586, mort en 1672. On lit encore scs Cinq Dialogues faits d l'imitation des anciens par Horalius Tuberon. Ses oeuvres complètes ont été publiées par son fils, 15 vol. in-12, 1671.
3. Né en 1645, mort en 16176. Critique de la Recherche de la vérité, in-12, 1675; Réponse pour la Critique, in-12. 1676; Dissertations sur la Recherche de la vérité, contenant l'histoire et les principes de la philosophie des académiciens, in-12, 1693. Sur Koucher, voyez les Khacments ne philosophie moperne, 2* Partie, Correspondance de l.eibniz et de Malebranche, p. 43, et Correspondance de Leibniz et de l'abbé Nicaise, p. 148-154.
4. Né à Caen en 1630, mort en 1721. La Censura phdosophix carie-
que est auteur de la Démonstration évangélique. Mais à qui donc cette démonstration est -elle adressée? A l’esprit humain apparemment, à ce même esprit humain que Huet déclare naturellement hors d’état d’atteindre à la vérité, et qui par conséquent doit être bien incapable de saisir la vérité de la démonstration évangélique très-compliquée et de mettre à profit les leçons qu’on lui donne.
Bayle semblait fait pour le scepticisme par sa curiosité, son érudition, sa mobilité : sa vie est l’image de son caractère1. Né protestant, il se fait catholique; à peine est-il catholique qu’il se refait protestant; après bien des aventures il se retire en Hollande; on dit qu'à la fin il songeait à revenir en France et au catholicisme: car l’un était alors la seule porte de l’autre*. Bayle est par- dessus tout un ami du paradoxe. Il se met presque toujours derrière quelque nom ou quelque opinion un peu décriée qu’il reprend en sous-œuvre, sans l’adoptef nettement et franchement, mais qu’il excelle à éclaircir, à fortifier et à remettre en honneur. Cepen-
siansc est de 1689. Voyez sur ce livre nos Études sua Pascal, première préface, p. 10, etc., et la belle lettre d'Araauld qui y est citée, p. 15. Le Traité philosophique de la faiblesse de l'erjirit humain est un écrit posthume qui a paru à Amsterdam, in-12, 1721.
1. Né à Carlat, comté de Foix ,en 1648; mort en Hollande en 1706.
2. De l'Instruction publique en Hollande, Rotterdam, p. 134:» A Rotterdam, sur la place du grand marche, en face de la statue d'Érasme est la maison où vécut Bayle et où il est mort dansja disgrâce du parti protestant. Singulière destinée de cet homme du midi de la France, qui, en voulant échapper à l'intolérance de Louis XIV, s’en va tomber sous la main du synode de Dordrecht, ot qui, passant successivement par tous les extrêmes, aboutit au scepticisme. Bayle n’est pas un sceptique systématique comme Scxtus et Hume, avouant ees principes et les poussant intrépidement à leurs dernières conséquences : son scepticisme est bien plutôt l’ouvrage d’un esprit curieux et mobile, qui flotte au hasard dans une érudition immense. •
dant, pour être juste envers lui, il faut convenir qu’il a inventé, pour son compte, un certain nombre de paradoxes qui lui appartiennent. Par exemple, c’est dans les Pensées sur la Comète que se trouve pour la première fois le principe fameux qui a fait depuis bien du chemin, et qui n’en est pas plus près de la vérité : qu’une idée fausse ou peu digne de Dieu est pire que l’indifférence ou l’athéisme. C’est encore lk que Bayle avance qu’un peuple sans religion est encore très-capable d’ordre social, et que toute société n’est pas essentiellement religieuse. Mais si ces paradoxes, et beaucoup d’autres', trahissent dans Bayle un esprit sceptique, ils ne constituent pas un système de scepticisme; et Bayle est bien plus le père de Voltaire que celui de Hume.
Il me reste à vous entretenir de l’école mystique. Nous avons vu constamment jusqu’ici les exagérations de l’idéalisme et du sensualisme produire le scepticisme, et le scepticisme, ne pouvant détruire le besoin de croire inhérent à l’âme humaine, la contraindre à se réfugier dans le mysticisme. De plus, comme le scepticisme est toujours en raison du dogmatisme qui est devant lui, de même le mysticisme est toujours en raison directe et du scepticisme et du dogmatisme contemporains : aussi, dans le premier âge de la philosophie moderne, y a-t-il eu autant de mystiques importants qu’il y a eu de grands sceptiques et de dogmatistes illustres.
I. Voyez les Pensées sur la Comète, et les articles Manichéens, I'aulicibns dans le Dictiannair historique et critique, édit, de Desmaizeaux, 4 vol. in-fol., 1140. Les œuvres de Bayle, autres que son Dictionnaire ont été recueillies en 4 vol. in-fol., la Haye, 1737.
Le mysticisme, ayant perdu toute confiance dans les procédés réguliers de la science, tente de saisir d’une prise immédiate le principe absolu de toute vérité, Dieu. Il trouve Dieu ou dans la nature, de là un mysticisme physique et naturaliste, si on peut s’exprimer ainsi, ou dans l’âme, et de là un mysticisme moral et métaphysique; enfin, il a aussi ses vues historiques; vous concevez que, dans l'histoire, ce qu’il considéré surtout ce sont moins les systèmes philosophiques que les religions; et vous concevez encore que ce n’est pas à la lettre môme des religions qu’il s’attache, mais à leur esprit tel qu’il se l’imagine, de là un mysticisme allégorique et symbolique. On peut distinguer ces trois points de vue dans le développement complet du mysticisme, et je vous prie de ne les point oublier; mais il me suffit de vous les avoir indiqués. Sans y insister davantage, je me contenterai de vous citer les noms des principaux mystiques de chaque nation de l’Europe au dixseptième siècle.
L’Allemagne, qui a toujours été jusqu’ici le pays classique du mysticisme, nous offre d’abord le fils du célèbre Van Helmont, Mercure Van Helmont, né en 1618, mort en 1699, qui passa toute sa vie à voyager en Allemagne et en Angleterre, et a laissé plusieurs ouvrages, entre autres : Opuscula philosophica , in-12, Amsterdam, 1690, et Seder Olam , sivt ordo sæculorum, hoc est historien enarralio doclrinæ philosophiez per unum in quo sunt omnia, in 12, lt93. Parmi les mystiques allemands, il faut citer Jean Amos, né en 1592 à Comna, en Moravie, et appelé pour cela Gomenius, mort en Hollande en 1671, et qui a tinté de réformer la physique par le mysticisme : Synopsis physices ad lumen div[.
num reformata:, 1633. Voyez aussi Joannis Amos Co menti V. Cl. pamophiæ Prodromus , Lugd. Batav., 1644, in-8°. Entre les deux substances de la matière et de l’esprit, Amos place la lumière comme intermédiaire.
En Angleterre, il n’est peut-être pas juste de mettre Gudworth parmi les mystiques ; c’est bien plutôt un platonicien grave et solide, succombant un peu sous le poids de son érudition, et auquel a manqué non pas la critique mais la méthode, ou plutôt une méthode générale. Comme son compatriote Thomas Gale, il est nourri de l’antiquité philosophique. Il a fait pour les Platoniciens ce que Gassendi a fait pour l’épicuréisme, et c’est devant Gassendi qu’il le faut placer. Il est fort supérieur aux Bruno et aux Campanella ; mais il pâlit devant des esprits tels que Descartes et Leibniz. Il mériterait une étude approfondie ‘. Dans son temps il a surtout marqué comme théologien. Il fonda à l’Université de Cambridge une école de platonisme un peu vague avec son collègue Henri More Celui-ci commence assez bien et finit mal. Il fut un des savants dont Descartes rechercha le jugement et fit imprimer les observations avec ses réponses. More accueillit le cartésianisme et le défendit contre ses détracteurs; il combattit Hobbes et Spinoza; puis il tomba dans le mysticisme néo-platonicien , et jusque dans la cabale1 2. Ne vous en étonnez pas; car, comme nous avons
1. Mort en 1688, auteur du The true intellect liai System of the Vnir trte, London, in-fol., 1678; nouvelle édition, en 2 vol. in-4', 1743, et 4 vol. in-8', 1820; traduit en latin par Mosheim, léna, in-fol., 1735, et 2 vol. in-4', Lugd. Bat., 1773. Voyez aussi de Cudworlh un excellent ouvrage posthume, intitulé: Trcatise cuncerning eternal and immutable morality, in-8', Lond., 1731.
2. Né en 1614 et mort en 1687. 11 a publié une foule d’écrits, entre
vu jusqu’ici le scepticisme accompagner l’empirisme, de même nous avons vu et nous voyons encore le mysticisme sortir de l’idéalisme. Parmi les mystiques anglais de ce temps, on distingue Jean Pordage, prédicateur et médecin, qui introduisit en Angleterre les idées de Bôhme, et les présenta sous une forme systématique1. Il a eu pour disciple la fameuse Jane Leade, fondatrice de la Société des Philadelphes, qui est chez nos voisins l'analogue de notre madame Guyon.
En France le mysticisme n’a guère eu moins de succès qu’en Angleterre. Je ne veux point compter parmi les mystiques, avec quelques historiens de la philosophie, ni Pascal ni Malebran :he ; car la trempe de leur génie est profondément rationnelle, et c’est sur la raison qu’ils se fondent pour arriver à la foi ou s’y maintenir. On serait bien plus rtçu à y mettre Fénelon, puisque l’auteur du traité de 1 Existence de Dieu est aussi celui des Maximes des Saints , et que, comme sa célèbre amie, Mme Guyon1, il préfère la contemplation à la
autres : Immortality of the Soûl, by Henry More, fellow of Christ’s college i- 1 Cambridge, in-8", Lond. , 1659. Enchiridion ethicum, Lond., in-8", 1660: il y en a une quatrième édition in-8”, Lond., 1711. Sur la fia de sa vie , il se voua à la cabale, Defensio cabbalæ tripliez, etc. — On a publié sa Vie en 1710, The Life of the learned and piout D’ henry More, etc , in-12.
1. Né en 1625, mort en 1698. On a publié de lui, après sa mort : Metaphytica vera et divina, 3 volumes, 1725, Francfort et Leipzig; Sophia, site detectio calestis tapienti.r de mundo iuterno et ezlerno, Amstelod., 1699; Theologia mystica, Amstelod. , 1698, traduite en allemand par une personne de qualité (le comte de Metlernich), avec une préface de Jane Leade sur la vie et la mort de Pordage.
2. Née en 1648, morte en 1717. Elle a composé les Torrents spirituels, le Moyen court et très-facile pour l'oraison, etc. 11 faut bien la distinguer d'Antoinette de Bourignon, qui est une visionnaire extravagante.
pensée et à l’action, le pur amour à une piété vertueuse, et qu’il croit pouvoir s’élever jusqu'à Dieu et s'y unir sans aucun intermédiaire, ce qui est le signe caractéristique du mysticisme*. Fénelon est donc incontestablement mystique; mais soit faiblesse, soit humilité, soit bon sens, il ne dépasse point ce mysticisme moral qu’on appelle le quiétisme*.
Le mystique français le plus fécond et tout ensemble le plus éclairé de cette époque est Pierre Poiret, mini*tre protestant, né à Metz, en 1646, mort en Hollande, en 1719. D’abord rartésien comme More, comme More il abandonna le cartésianisme pour se jeter dans le mysticisme. Son premier et peut-être son meilleur livre sont les Cogilationes rationales de Deo , anima et malo, in-4% 1677, qui se lient à toutes les controverses philosophiques et théologiques du temps. L’auteur les réimprima avec de grandes augmentations en 1685; il y en a même une troisième édition de 1715: on y trouve un libre cartésianisme avec un mysticisme de plus en plus prononcé, et une réfutation judicieuse de Spinoza. Viennent ensuite un très-grand nombre d'ouvrages mystiques, où la raison n’est jamais tout à fait absente. Un des plus célèbres, et le seul écrit en français, a ce beau titre : Économie de la divine Providence, 1687, 7 vol. in-8°, que Poiret traduisit lui-même en latin, qu’il publia de nouveau en 2 vol. in-4* en 1705, et qui même après sa mort a eu l’honneur d’une troisième édition