‹ Histoire générale de la philosophieChapitre 137 sur 143 · Leç. VU, p. 345 et · texte numérisé non relu

Leç. VU, p. 345 et

l’unité, le sérieux même qui firent de Voltaire un chef d’école, il fallut qu’il trouvât dans un pays voisin ce qui n'était pas alors en France, un grand parti, en possession de toute une doctrine, et s’y appuyant pour revendiquer cette liberté illimitée de penser et d’écrire dont Voltaire avait besoin. Déjà, avant son voyage à Londres, il avait vu de près l’un des hommes les plus spirituels de ce pays, lord Bolingbroke, courtisan en disgrâce, opposant sans principes, mais libre penseur décidé, qui lui avait donné un avant-goût des idées et des mœurs anglaises. En arrivant en Angleterre, Voltaire n’était qu’un poète mécontent ; l’Angleterre nous le rendit philosophe, ami de l’humanité, soldat déclaré d’une grande cause : elle lui donna une direction déterminée et un fonds d’idées sérieuses en tout genre, capables de défrayer une longue vie d’écrits solides et aussi d’épigrammes.

Dans l’ordre scientifique, Voltaire rencontra à Londres, régnant sans partage, l’admirable physique de Newton. Il l’étudia, et ce fut là sa première conquête anglaise. Mais, dans la philosophie, Newton ne régnait point. Ce n’était plus le temps où le plus grand des physiciens, par l’intermédiaire d’un interprète habile, discutait, avec le plus grand des métaphysiciens, les questions de l’espace et du temps, de la création, des attributs constitutifs de Dieu1. Peu à peu avait prévalu en Angleterre une métaphysique nouvelle, d’un caractère équivoque, et où Newton voyait avec douleur reparaître les principes de Hobb s. En ramenant toutes

1. Voyezle recueil do Desmaizeaux, Recueil de divtrset pièces, etc. par RII. Leibnix, Clarke, Newton, etc.

nos idées à l’expérience des sens, elle flattait à la fois les préjugés de beaucoup de savants, et ceux de la plupart des hommes, qui ne croient guère qu'à ce qu’ils voient de leurs yeux ou se représentent par des images sensibles. Aussi avait-elle trouvé de nombreux disciples1, qui en avaient exprimé et même exagéré vite toutes les conséquences. C’est au milieu de cette société libre et sceptique, que tomba l’élève des jésuites et de Ninon en arrivant en Angleterre. Il était préparé à en recevoir les principes ; il les adopta et les rapporta en France.

L’influence de l’Angleterre est partout en France au dix-huitième siècle. Le plus grand esprit du temps, Montesquieu lui-même n’y a point échappé. Comment, en effet, n’aurait-il pas été frappé de la beauté du seul gouvernementlibre qu’il y eût alors en Europe, de ce gouvernement sorti de deux grandes révolutions, empreint du vieil esprit démocratique de 1640 et du caractère sagement aristocratique de 1688? Montesquieu, je le dis à son honneur, ne put voir de près ce grand système d’institutions libres et tempérées sans l’admirer et sans le souhaiter à son pays. Mais si l’Angleterre inspira Montesquieu, elle ne l’enchaîna pas : elle lui laissa toute la liberté d ; son jugement, cette intelligence qui ne relève que d’elle-même et embrasse tous les pays et tous les temps; les principes si nouveaux et si profonds mis dans le monde par V Esprit cUs lois sont la gloire de l’esprit humain et de la France. Il n’en est pas de même de Voltaire. Voltaire a répandu, popularisé la philosophie de Locke : iljn’a, par lui-

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