‹ Histoire générale de la philosophieChapitre 25 sur 143 · Plus haut, p · texte numérisé non relu

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simple restait la seule vraie et effective délivrance. Le bouddhisme se lie ainsi au Sankhya et il l’achève. Kapila n’avait pas osé tirer nettement cette extrême conséquence de son système : Çakyamouni a eu ce courage. Il a posé le couronnement du Sankhya sans Dieu, il a dit le dernier mot du panthéisme indien, qui, après avoir aboli Dieu, les Védas et tout culte, devait aboutir à celui du néant.

Quel culte ! dira-t on. Oui, sans doute le fait est étrange, mais il est avéré, et il se peut expliquer par l’ablme de misère où était plongée l’humanité, qui lui faisait surmonter, pour en sortir à jamais, l’horreur instinctive di^ néant. Et puis il a pu y avoir plus d’un équivoque sur ce nouveau Nirvana, et la vague et mystique idée brahmanique de l’absorption de l’âme en Dieu pouvait servir de préparation et d'enveloppe. Enfin Çakyamouni s’adressa surtout aux castes inférieures de la société indienne qui devaient ressentir plus particulièrement les malheurs de l’existence et embrasser plus volontiers le terrible à la fois et bienfaisant remède qu’on leur proposait. De là, si on peut parler ainsi, le caractère démocratique du bouddhisme1. Les brahmanes ne parlaient qu’aux brah-

1. Weber, p. 414: « Tandis que Jes Brahmanes n'enseignaient que dans leurs ermitages et n'acceptaient de disciples que de leur propre caste, le Bouddha voyageait dans le pays accompagné de scs disciples, prêchait sa doctrine à tout le peuple, et, bien que reconnaissant le système des castes et expliquant son origine comme les Brahmanes par la doctrine des récompenses et du châtiment pour des» actes anté* rieurs, il recevait comme adeptes des hommes de toute caste sans distinction, il leur donnait rang dans la communauté selon leur âge et leur intelligence, effaçait ainsi dans le sein de la communauté les différences résultant de l'origine, il ouvrait même par IA à tous les hommes la perspective de se délivrer par ra^option de sa doctrine des

mânes, qui avaient le monopole des choses saintes : le Bouddha parlait à tous les hommes. Les brahmanes pouvaient seuls conférer le titre de saint, et ils le réservaient à leur caste : le Bouddha le donnait à qui paraissait le mériter, sans distinction de castes, et par là il ébranlait la base même de la société indienne. Voilà pourquoi les brahmanes s’élevèrent si énergiquement contre les bouddhistes; ils défendaient tout ensemble la cause de Dieu et celle de leur domination. C’est ainsi qu'une lutte de philosophie devint une lutte politique et sociale qui enfanta des guerres d’extermination, et que les vaincus durent quitter leur patrie, et modifier leur doctrine pour la sauver, plus ou moins altérée, et même en la cachant sous le voile d’une mythologie grossière. Mais le fond du dogme fondamental est demeuré. Dès l’apparition du grand livre de M. Burnouf en 1844, notre conviction fut entière à cet égard, et nous n'hésitdmes pas à l’exprimer en plus d’une occasion. Tous les ouvrages publiés depuis n’ont fait que l’accroître, et nous la vojons aujourd'hui partagée par les meilleures juges. Voyez l’excellent écrit de M. B. Saint-Hilaire, Le Bouddha, Paris, 1860 et 1862.

liens de leur naissance. Ceci explique suffisamment la force prodigieuse que cette doctrine dut obtenir '■ tous les opprimés se tournaient vers lui comme vers leur libérateur. Si déjà par là il attaqua les fondements de la hiérarchie brahmanique, il ne le fit pas moins, d'une part en démontrant que le culte dont l'accomplissement était le privilège exclusif d»s Brahmanes, était complètement inutile et sans valeur , mais que des sentiments et des actes vertueux étaient le véritable moyen d'obtenir la délivrance finale; d’autre part... en rejetant la validité du Véda comme la plus haute source de connaissance. »

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