‹ Histoire générale de la philosophieChapitre 32 sur 143 · Ilpè; à)rf)6ciav — irpè; Jo'av · texte numérisé non relu

Ilpè; à)rf)6ciav — irpè; Jo'av

4. Voyez 1 ’Empedocles Agrigentinus de Sturz, et l’excellent chapitre de Ritler, Histoire générale de la Philosophie, tome 1", livre V, chap. vi.

b. C’est Aristote qui nous apprend qu’Anaxagore était né avant Kmpédocle, mais qu’il écrivit après lui ; il faut donc le mettre après Empédoclc dans l’histoire des premiers philosophes grecs. Fragments de philosophie ancienne, |>. 202 et la note.

aux atomes. Mais au lieu de s’y arrêter, la profondeur môme de ses études, et sans doute aussi l’influence pythagoricienne qui commençait à se répandre, lui firent reconnaître qu’en toutes choses les éléments naturels pour se combiner et former le moindre phénomène régulier en physique, en physiologie, surtout en astronomie, ont besoin d'une intelligence ordonnatrice. Il proclama donc l’indispensable nécessité d’un principe du monde, qui n’est pas un principe physique, mais un esprit, une intelligence, Noü«. « Quand pour la première fois, dit Aristote*, quelqu’un vint dire qu’il y a dans la nature comme dans les animaux une intelligence, cause de l’arrangement et de l’ordre de l’univers, celui-là lit l’effet d'un homme qui jouit de sa raison auprès de gens qui parlaient à tort et à travers. » Naturellement pour être un principe d’ordre, il faut être un principe de mouvement, et Anaxagore et son compatriote Hermoti me, nous dit encore Ajistote, « allèrent jusqu’à établir que cette cause de l’ordre est en même temps un principe doué de la vertu d’imprimer aux choses le mouvement*. » Platon, avant Aristote, à la fin du Phédon *, dit la même chose d’Anaxagore et le présente comme le véritable prédécesseur de Socrate. C’est le dernier grand hommede cette première époque de la philosophie grecque, et son nom mérite d'être conservé avec respect, à côté de celui de Pythagore, dans la mémoiie des hommes. Ajoutez, pour accroître l’intérêt qu’il doit inspirer, l’odieuse persécution dont il a été l’objet. L’adorateur de Dieu fut accusé d'irrévé-

1. Métaphysique, I, 3 : Olov vrpwv tpivT) 7totp’ e!»r| liyovT»;.

2. Ibid. — 3. T. I"de notre trailuct. de Platon, p. 216, etc.

rence envers la mythologie du temps, et toute l'éioquence de son disciple Périclès ne put le sauver : on le condamna à une prison qu’il ne changea dans ses vieux jours que pour un exil perpétuel.

Cependant les années s’écoulent, et la lutte des systèmes, après les avoir vivifiés et fortifiés, finit par produire son inévitable effet; elle les décrie les uns par les autres, et engendre peu à peu le découragement, la défiance, le scepticisme. Du sein des anciennes écoles tombant en décadence sort une race de beaux esprits sans convictions, exercés et habiles dans l'escrime d’une logique et d’une rhétorique artificieuse, faisant de la philosophie métier et marchandise, et vendant à prix d’or l’art de rendre tout vraisemblable, parce qu’au fond ils ne croient à rien et qu’il n’y a pour eux ni vrai ni faux, ni bien ni mal. Ces faux sages, ce sont les Sophistes. Les circonstances leur étaient favorables. Le continent grec, trop longtemps barbare, ouvrait les yeux à la lumière et ne demandait qu a prendre l’essor. Émancipé au dedans, victorieux au dehors, il se poliçait, s’éclairait s’enrichissait. Des colonies ruinées par la guerre on commençait à venir chercher dans les métropoles la fortune ou la gloire. Le Dorien Empédocle, persécuté en Sicile, était venu, dit-on, chercher un asile et achever sa vie dans le Péloponèse. L'Ionien Anaxagore avaitpayé cher sa visite àla capitile de l’Ionie. Le vieux Parménide. accompagné de son jeune ami Zénon, y avait trouvé un meilleur accueil. De toutes parts les sophistes accouraient. Les diverses écoles fournirent leur contingent, les pythagoriciens exceptés, auxquels la loi même de leur association interdisait de révéler f’ens-ignement qu’ils avaient reçu. Mais, à défaut des

pythagoriciens proprement dits, déjà sans doute étaient arrivés en Grèce des pythagoristes, c’est-à-dire des amis de l’association qui, sans être initiés et soumis au silence, savaient quelque chose au moins de la doctrine exotériqueet en répandaient des notions confuses. Gorgias, de Léontium , en Sicile, et disciple d'Empédocle, est le plus célèbre de tous ces sophistes, déclamateur brillant et dialecticien suhtil, s’appuyant, àce qu’il paraît, sur les dernières conclusions négatives de l'école d’Élée. Protagoras d’Abdère et Diagoras de Mélos représentent l’école atomistique; Cratyle tient lieu d Héraclite; et il y a eu bien d’autres sophistes, Prodicus de Cos, Euthydème de Chio, Hippias d’Èlis, Thrasimaque de Chalcédoine *, etc. Ils allaient de ville en ville, excitant la curiosité, attirant la jeunesse, donnant des leçons très-bien payées, partout recherchés et fêtés, recueillant de l’argent et des honneurs. Ils ont eu l’avantage, il faut bien en convenir, de répandre d’un bout de la Grèce à l’autre le besoin et le désir de s'instruire, et ils ont été les premiers maîtres des Grecs; mais ils étaient aussi dangereux qu’utiles, car ne faisant aucune différence du vrai et du faux, du bien ni du mal, tout en cultivant l’esprit ils énervaient l’âme et menaçaient d'éteindre en leur foyer le patriotisme et la vertu. De là, chez un peuple qui avait encore devant lui une longue carrière de grandeur et de gloire, une réaction qui ne tarda pas à éclater, et amena la nécessité de recherches nouvelles mieux dirigées et plus approfondies.

1. Pour les sophistes, voyez les Dialogues de Platon, Aristote, Scxtus , et le savant ouvrage de U. Geel , Hitloria critica Sophistarum, 1823.

La philosophie avait été d'abord une philosophie de la nature : arrivée à sa maturité, elle change de caractère et devient, c’est ici un progrès sur lequel j’appelle toute votr attention, une philosophie humaine. Cela ne veut pas dire qu’elle n’a que l'homme pour objet; loin de là, elle tend, comme elle le doit toujours, à la reconnaissance du système universel des choses, mais elle y tend en partant d’un point fixe, la connaissance de l'homme. C’est Socrate q i ouvre cette nouvelle ère.

Socrate, né à Athènes 4C9 ans avant Jésus-Christ, mort l’an 399, fils du sculpteur Sophronisque et d’une sage-femme nommée Phénarète, n’est pas, comme on pourrait le croire, un novateur hardi qui doit tout à l’inspiralion, à son génie; non, avant de rompre avec la philosophie qui l’avait précédé, il était familier avec elle et l’avait assez longtemps étudiée. Dans sa jeunesse il avait vu les sophistes arriver à Athènes. Il avait pu connaître personnellement Parménide et Zénon d’ÉIée, Anaxagore et son élève Archélaüs, ainsi que le célèbre Gorgias. Il s’était fort occupé de rhétorique et de dialectique, de physique et d'astronomie, et pouvait lui-même passer pour une sorte de sophiste, témoin Aristophane, qui dans les Nuées le représente livré passionnément i tous ces exercices. Le grand comique aura sans doute exagéré à sa manière dans ses peintures bouffonnes, mais il a trivaillé au moins sur l’apparence , et il est certain , ceh résulte de l’aveu même de Socrate dans le PliéJon que le futur ad-

1. Voyez notre traduction de Platon, t. I", p. 273, etc. « Pendant ma jeunesse, il est incroyable quel désir j’avais de connaître cette science qu’on appelle la physique. Je trouvais quelque chose de sublime

versaire des sophistes avait débuté par aller à leur école.

On peut voir dans ce môme dialogue quelle impression lit sur lui la lecture du livre d’Anaxagore où celui-ci, brisant ouvertement avec la tradition de tous ses devanciers d’Ionie, reconnaissait l’intelligence comme la cause premièie de toutes choses. C’e-t de là que date la nouvelle direction dt s études de Socrate. Plus tard, sa gloire sera de surpasser encore Anaxagore en ajoutant à sa doctrine le principe des causes finales qui donne à l’action de l’intelligence sa fin juste et bienfaisante dans l’ordonnance de l’univers.

Mais ce qui le distingue par-dessus tout, c’est sa méthode, si neuve, si originale, et dans son principe et dans ses formes. Socrate ne tenait pas école; il ne donnait pas de leçons à prix d’argent; il n’enseignait même pas, il conversait. S’éprouver lui-même et éprouver les autres était l’emploi de toute sa vie. Nous l’avons dit ailleurs 1 : sans être sceptique le moins du monde, Socrate doutait et il apprenait à douter. 11 s'adressait à tous ceux qu’il rencontrait, surtout aux beaux esprits et aux savants du temps, et il leur demandait compte de ce qu ils voulaient et de ce qu’ils pensaient. 11 se-

à savoir les causes île chaque chose, ce qui la fait naître, ce qui la fait mourir, ce qui la fait être, et je mo suis souvent tourmenté de mille manières, cherchant en moi-méme si c'est du froid et du chaud dans l'état de corruption, comme quelques-uns le prétendent, que se lorment les êtres animés; si c'est le sang qui nous fait penser ou l’air ou le feu, ou si ce n'est aucune de ccs choses, mais seulement le cerveau qui produit en nous toutes nos sensations, celles de la vue, de l’ouie, de l'odorat, qui engendrent fi leur tour la mémoire et l’imagination, lesquelles reposées engendrent enfin la science. Je réfléchissais aussi à la corruption de toutes ces choses, aux changements qui surviennent dan ; les cieux et sur la terre, etc. »

1. Introduction a l’Himoikk de la Philosophie, leç. Il, p. 34.

couaitet fécondait l’esprit par l'examen. Il ne demandait guère aux autres que de s’entendre avec euxmêmes, de bien savoir ce qu’ils savaient, surtout ce qu’ils ne savaient pas; but négatif en apparence : ma s si ce n’était pas là la fin de la philosophie, c’en était le nécessaire et légitime commencement.

Habile dans l’art d’interroger, Socrate avait l’air de trouver bon tout ce qu’on lui répondait; et au lieu de réfuter directement son interlocuteur, il le poussait ou le menait doucement à des conclusions absurdes. Quelquefois, pour secouer un préjugé, il avançait un paradoxe ou même un principe d’assez mauvaise apparence, et après la discussion, au lieu de retirer le principe, il laissait à l’étrangeté des conséquences auxquelles li vous avait conduit, le soin de vous ouvrir les yeux sur ses véritables intentions, se contentant de les marquer par un sourire 1 . C’est la fameuse ironie, tlpwvtfa, qui n’avait de sceptique que l’apparence. Car au fond, le trouble qu’il jetait en vous était un trouble heureux et fécond qui, dans tout esprit bien fait, dans toute âme bien née, faisait naître le désir d’autres entretiens, d’autres études ; en sorte que cette conversation raisonnée par demandes et par réponses, inventée naguère, dit on, par Zénon d’Élée, était entre les mains de Socrate un véritable instrument de science , et, suivant la piquante expression du fils de Phénarète, un art d’accoucher les esprits, |A«itimxiî, en les obligeant de renoncer à leurs préjugés pour reconnaître ou pressentir au moins des vérités dont, à leur insu, ils portaient le germe en eux-mémes.

Page 1