‹ Histoire générale de la philosophieChapitre 44 sur 143 · Voyez cette obscure affaire dans Diogène, III, 14 et · texte numérisé non relu

Voyez cette obscure affaire dans Diogène, III, 14 et

4. Jardin situé dans un faubourg d’Athènes, aur la route de Col one où Platon vivait et enseignait.

Platon pensait comme Socrate en religion aussi bien qu’en politique. Plein de respect pour les traditions religieuses de son temps, il ne s’élève jamais contre elles. S’il les combat quelquefois, c’est seulement quand, mal interprétées, elles pouvaient égarer la conscience, comme par exemple dans l’Eutyphron. D’ordinaire il les accueille avec bienveillance en leur donnant un sens favorable. Déjà Pythagore, au lieu de repousser les fables antropomorphiques des poètes, passées dans le culte national, avec la légèreté et l’audace des philosophes ioniens, avait, par une sage indulgence envers la nature humaine, échangé les légendes populaires contre des symboles épurés et choisis, tournés en un enseignement salutaire. Platon imita et perfectionna l’entreprise pythagoricienne : il inventa les mythes philosophiques. Le mot dit assez la chose, et exprime heureusement l’alliance qu’il essaya entre la philosophie et la mythologie. C’est presque un principe pour le philosophe et l’artiste d’introduire un mythe de sa façon dans ses plus grands dialogues. Le Phcdre , le Banquet, le Gorgias, la République , le Tirait contiennent, à la fin de leurs spéculations les plus relevées, un mythe qui les couronne, gracieux épisode qui éclaire la composition tout entière, repose et charme l'imagination, et prépare doucement l’intelligence, par ce mélange d’ombres et de lumières, au grand jour de l’éternelle vérité'.

Encore un mot. Platon a sans doute les yeux dirigés

1. Sur l’emploi du mythe dans les ouvrages de Platon voyei nos Fragments de philosophie ancienne. Sources du Phèdre, p. 93-94: « Dans les mythes philosophiques la religion était en quelque sorte au service de la science qui mettait & profit scs traditions sacrées et y pui-

vers l'avenir, mais il est plein de vénération pour le passé. Il penche plus du côté de Lacédémone que du côté d’Athènes. Il a sous les yeux la législation de Minos et de Lycurgue, et s'il prend pour le fondement de la sienne celle de Solon *, il la rend plus sévère. En tout son génie est dorien et répugne à la licence ionienne. Vous ne lui surprendrez pas une parole d’éloge pour aucun philosophe ionien : s’il emprunte à Héraclite sa tnéorie de l’écoulement et de la guerre perpétuelle de toutes choses, c’est pour la reléguer dans le monde inférieur des phénomènes sensibles, tandis que le monde des Idées est l’asile de la fixité, de la paix, de l’harmonie. Il célèbre le Dieu D’Ânaxagore, mais il le met, et avec raison, bien au-dessous de celui de Socrate. Il combat avec force l’école d'Élée et son unité immobile, mais il professe pour l’école pythagoricienne

sait avec respect et indépendance. Si le mythe du Phèdre montre une âme pleine de vénération pour les" mystère», qui étaient la partie la plus élevée de la religion nationale, on y roeoimalt aussi un philosophe qui, au lieu de s'asservir à la foi populaire, lui emprunte ses formes pour en revêtir ses propres pensées. » P. 454 et 455, Olympiodorc sur le Phédon: « Les mythes populaires qui trop souvent faisaient de la religion une école d’immoralité quand elle doit être une école de sainteté et de vertu, répandus par les poétés et les artistes et consacrés par l’Etat, formaient la religion proprement dite. Apparemment ils avaient eu jadis dans la pensée de leurs fondateurs un sens élevé, défiguré depuis et perdu ail milieu des fables. Il était nécessaire de remonter jusqu'à ce sens et de le restituer, ou, si cela était Impossible à cause du laps des siècles, de l'incertitude et de la variété des traditions, tout en prétendant qu’on les restituait, 11 fallait, les yeux toujours fixés sur le but, à savoir l’amélioration des hommes et des hommes du temps o û l'on vit, s’arranger même aux dépens de la lettre et de l’exactitude archéologique, pour donner à ces mythes un sens honnête, capable de produire sur les esprits et sur les âmes une impression morale. Platon avait commencé, les Alexandrins oot

suivi.... >

1. Voyez les Lois, t. VU et VI II de notre trad., avec l’Argument et es notes.

la plus haute admiration, et il en reproduit plus d'une fois avec complaisance les principes et même le langage. Assurément la théorie des Idées surpasse infiniment la théorie des nombres; car si les nombres sont plus intellectuels que les atomes, les Idées le sont encore plus que les nombres, puisqu’elles substituent dans l’esprit de l'homme la dialectique à l’arithmétique, et dans Dieu des attributs intellectuels et moraux à des puissances géométriques1; elle la surpasse, dis-je, mais elle en vient; c’est un progrès considérable, mais c’est une imitation manifeste. On sent partout, et particulièrement dans ses derniers écrits, qu’il se propose bien plutôt d’éclairer et d’élever la religion populaire que de lui faire la guerre, et en cela il se montre disciple de Pythagore autant que de Socrate. Quant à la forme de ses ouvrages, ce n’est plus sans doute la poésie des pythagoriciens, des Eléates et d’Empédocle; déjà décrit eh prose, mais il écrit des dialogues, et sa prose respire un souffle poétique.

En résumé, car il faut bien quitter Platon pour suivre dans son cours la philosophie grecque, ou, pour vous le faire connaître d’une façon un peu moins imparfaite, je devrais vous arrêter longtemps sur les divers côtés de ce beau génie ; en résumé, le caractère de la philosophie platonicienne est en toutes choses une tendance idéale. L’idéal, c’est un mot que Platon a mis dans le monde, et le nom est resté attaché à sa manière comme à son système. Ce système est un idéalisme avoué. La

1. Voyez daDS les Fragments de philosophie ancienne les Source* du Phèdre; et en général pour les ressemblances et les différences do Platon et de Pythagore, outre ce morceau, celui qui est intitulé: Examen d’un passage pythagoricien du Ménon.

gloire de Platon, je le répète, est de l’avoir élevé si haut et d’avoir su le retenir quelque temps sur la pente qui d'ordinaire entraîne tout idéalisme vers la région des chimères.

La même gloire dans un autre genre n’a pas manqué à Aristote. Sans doute il est difficile de se moins ressembler que ces deux éminents personnages, et on peut fort bien, selon ses propres instincts, ressentir plus de sympathie pour l’un ou pour l’autre : mais qui oserait décider entre eux î

Aristote n’était pas d’Athènes : il était Macédonien, et naquit à Stagire l’an 384 avant Jésus-Christ. Son père Nicomaque, qui passait pour appartenir à la famille d’Esculape, était médecin du roi de Macédoine Amyntas, père de l’habile et politique Philippe. Le jeune Aristote semblait donc comme voué d'avance à la médecine et aux sciences physiques Ayant perdu son père de bonne heure, il vint à Athènes à l'Age de dix-sept ans, et suivit les leçons de Piaton pendant vingt années. A la mort du grand philosophe, il se rendit chez un de leurs amis communs, l’eunuque Hermias, alors chef ou tyran d’Atarnes, petite ville de la Troade, et il resta auprès de lui trois ans, jusqu’à ce que les mal heurs de cet ami, dontil garda toujours chèrement la mémoire et auquel il dédia l’ode célèbre à la vertu4, le forcèrent de se retirer à Mytilène. C’est là qu’une lettre gracieuse du roi Philippe le rappela en Macédoine pour lui confier l’éducation d’Alexandre, alors Agé de quinze ans. Cette éducation l’occupa huit

1. Diogène, V, 7. Voyez aussi les vers qu'Arislote avait composés pour mettre au bas de la statue qu'il lui avait fait élever à Delphes.

années*. Il revint ensuite à Athènes, et il y fonda une école rivale de celle de Platon, dans la promenade du Lycée, où il enseignait en se promenant, d’où le nom de péripatétisme.

Lorsqu’Alexandre entreprit sa grande expédition en Perse, Aristote lui persuada de se faire accompagner d’une commission de savants, à la tête de laquelle il mit son neveu Callisthène, commission chargée de recueillir tout ce qu’elle rencontrerait de curieux et de rare dans les pays nouveaux que lui ouvrirait l’épée du conquérant. Alexandre, passionné pour tous les genres de gloire, accueillit cette noble pensée, et combla d’abord Aristote de toute sorte de faveurs et de bienfaits*: en sorte que l’adorateur infatigable de la science put la cultiver avec des moyens inconnus à ses devanciers. Il amassa de vastes collections, surtout une bibliothèque comidérable. Mais peu à peu l’humeur et les fautes de Calli.-thène, qui se fit le censeur du roi et prit môme part aux complots de Philotas, enlevèrent à Aristote le cœur d’Alexandre, et quelque innocent qu’il fût, le philosophe tomba en disgrâce*. Cependant il se soutenait par la protection et l’amitié déclarée d'Antipater, gouverneur d’Athènes et de toute la Grèce. Mais à la mort d’Alexandre, Antipater s’étant vu attaqué par les Grecs révoltés et forcé d’abandonner quelque temps Athènes pour faire face aux ennemis des Macédoniens, Aristote prit la résolution de se retirer à Chalcis, .dans l’île d’Eubée, où il mourut à l’âge de soixante-trois ans, en l'année 322.

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