Origène, contre Celse, liv. I, ch. lxv
3. Diog., V, 7, d’après un obscur écrivain, Eumèle : > »in àxôvtrov iuUuT^eev. Hcsychius et Suidas le répètent.
4. Apollodlre, cité par Diogène, V, 7 : u\t\jTr,o&\ véou. Denys d’Halicarnasse, 1” lettre i Ammée, ch. v: voets
5. Censorinus, De die Natali, ch. xiv : Aristotelem ... ferunt naturalem stomachi infirmitatcm crelirasquc morbidi corporis oltensiones adeo virtute animi diu sustentasse, ut magis roirum sit ad annos sexaginla très eum vilain pertulisse quam ultra non protulisse. » — En effet Diogène, V, 2, nous apprend, d’après l’hislorien Timothée, qu’Aristote avait la voix grêle, les jambes minces, les yeux petits, et
Cette carrière, pour avoir été plus courte que celle de Platon, n’a pas été moins remplie et moins grande. Le disciple et le maître occupent tous deux les sommets de la science. Chacun d’eux a porté la philosophie qui lui est propre au plus haut degré qu’elle puisse atteindre, avec ce suprême honneur de n’avoir jamais franchi les limites au delà desquelles le sens commun ne soutient pas le génie et commencent les abîmes.
Rappelons-le : Platon fait usage de l’analyse psychologique et de la dialectique pour tirer du sein de la connaissance humaine un élément qui ne vient pas des sens ; cet élément trouvé, il s’en sert comme d’un point de départ et d’un point d’appui pour s’élancer par delà : les Idées dans l’esprit le conduisent aux Idées absolues, et celles-ci à Dieu, leur sujet subsistant. Au contraire, Aristote, au lieu de partir des Idées pour s’élever par l’abstraction jusqu’à leur source, s’applique à les suivre dans la réalité. Il dit et répète volontiers d’après Socrate et Platon qu’il n’y a de science que du général, tô
qu'il était chauve. Chrislodore, dans la description qu’il nous a laissée des statues de bronze qui se voyaient encore de son temps dans le gymnase de Zeuxippe (Brunck, Analtcta, II, p. 456, et Jacobs, Antho- Ingia græca, I, p. 31), nous donne celte description en vers de la statue d'Aristote. ainsi traduite par Vi-conti, Iconographie grecque , Impartie, p. 93: • Auprès d'Eschine était Aristote, le prince de la philosophie. Sa statue était debout. Les doigts de ses mains étaient entrelacés. Il ne paraissait pas, quoique de bronze, tenir sa pensée oisive ; il semblait se préparer à donner des conseils; les joues en contraction faisaient deviner le travail difficile qui l'occupait, et ses yeux, qui paraissaient mobiles, annonçaient la profondeur de ses idées. • N’est-ce pas là le type même de la belle statue qui orne aujourd’hui le palais Spada, à Rome, et où Visconti reconnaît les traits du chef du Lycée? la planche ÎO de Vlconographie donne la statue dans sa grandeur naturelle, avec un profil admirable de 1a tête, qu’on ne peut voir sans se sentir en présence d’Aristote, c’est-à-dire de la pensée en exercice et en acte, comme dirait le grand péripatéticien.
xafl&Xou ; mais pour lui le général n’est pas hors du particulier,tô xafl’ ix astov. Gomme Platou il considère les idées, ti comme les principes des choses, mais par ce terme platonicien il n’entend que les principes internes et constitutifs des êtres particuliers, et non pas ces types immortels et divins dont il accuse gratuitement Platon d’avoir fait des êtres séparés. De là cette célèbre polémique contre la théorie des Idées1, inépuisable sujet d’études pour les penseurs de tous les temps et où se marque l’opposition essentielle de ces deux grands esprits naturellement attirés l’un vers l’idéal, l'autre vers l’expérience. Platon semble aspirer
I. Voyez dansles Fragments de philosophie ancienne, p. 268-273, une liste assez étendue des textes d’Aristote les plus propres & faciliter l'intelligence de cette polémique. On peut affirmer sans lui faire tort qu’il s’est mépris sur le véritable sens de la théorie des Idées. Rappelons en quelques mots les principales critiques sur lesquelles Aristote revient avec le plus de complaisance dans sa Métaphysique et dans ses divers écrits : 1* Platon multiplie inutilement les êtres, en supposant des idées séparées, en plus grand nombre qu’il n’y a de choses à expliquer par elles. 2- On ne comprend pas en quel sens l’idée est un principe; si c'est en qualité d’essence, comment la concevoir en dehors de ce dont elle estl'esscnce ? 3* La théorie des Idées ne rend pas compte de la cause cfDciente et omet entièrement la cause finale ou le bien. A ces objections, il est aisé de répondre : 1" que Platon n’a jamais songé à multiplier les êtres, en en imaginant d'autres que ceux qui existent réellement, mais seulement qu’il s'applique à remonter de l'imparfait et du périssable à quelque chose d'éternel et d'incorruptible; 2* que, s’il appelle les idees des essences, il les appelle aussi des causes, divin, et qu'elles le sont en effet dans son système, puisqu’elles renferment éminemment toute la réalité et toute la perfection des choses dont elles sont les modèles ; 3’ quant au reproche d'avoir négligé la cause efficiente et d’avoir omis la cause finale, il est impossible dele prendre au sérieux, quand on a lu le Phédon, la Itépublique, le Timée, et quand on se souvient que partout Platon considère Dieu comme le principe des idées et comme la bien suprême : car son nom est précisément le Bien, to ày«6ôv, c’est-i-dire à la fois la cause prochaine et la cause éloignée, la cause directe et la cause finale, l'àpyj xivntEuc et le vù où Svixa d’Aristote lui-même. Voyez le Timée, l. XII de notre traduction, et la note de la p. 351.
à sortir du inonde. Aristote s’y enfonce ; il l’étudie sous toutes ses formes et dans tous ses grands phénomènes; il étudie la nature comme l’humanité, l’esprit comme la matière, les arts comme les sciences. Il mène de front la métaphysique avec l’histoire naturelle, la logique avec la physique, la poétique, la rhétorique et la grammaire avec la morale et la politique. Platon a des ailes pour s’envoler au-dessus de la terre ; Aristote a les pieds de plomb que Bacon demande pour y tracer un sillon profond. Platon est le génie de l’abstraction, Aristote celui de la classification. Le premier a plus d’élévation, le second plus d’étendue.
Platon triomphe dans la dialectique. Il excelle à combattre toute vue particulière ; son grand objet est de montrer l’inconsistance des notions particulières et de conduire aux Idées, où réside toute certitude , toute science. Platon est essentiellement réfutatif, et sa polémique contre les Sophistes est, à tous égards, la plus grande lutte intellectuelle et morale qu’il y ait eu parmi les hommes. Aristote est moins diabct'cien que logicien. Il ne réfute pas tant, il démontre, ou du moins la réfutation ne joue chez lui qu’un rôle secondaire dans la démonstration, tandis que dans Platon la réfutation semble la démonstration tout entière. Aussi l’un procède par le dialogue si propre à la réfutation, et voile son but dogmatique; l’autre commence par bien marquer ce qu’il veut établir, et marche ouvertement à son but par la dissertation régulière et la grande voie de la démonstration. Platon se sert davantage de l’induction ; Aristote, de la déduction : aussi en a-L-il perfectionné l’instrument, en donnant le premier les lois du syllogisme régulier.
Il n’est point aussi vrai qu’on se plaît à le dire qu’Aristote tire toutes les connaissances humaines d’une seule source, l’expérience. Aristote distingue soigneusement trois classes de vérités : 1° les vérités qu’on obtient par la démonstration, les vérités déduites ; 2° les vérités générales qui sont les bases de toute démonstration et qui viennent de la raison même; 3° les vérités particulières qui viennent de la sensation. Comme Platon, il admet la distinction essentielle du particulier et de l'universel. * L’expérience, dit-il, donne ce qui est ici, là, maintenant, de telle ou telle manière, mais il est impossible qu’elle donne ce qui est partout et toujours*. » — « Les vérités premières, les principes ne se prouvent pas; ils entraînent immédiatement notre assentiment, notre foi ; il ne faut pas rechercher leurs fondements : ils reposent sor euxmêmes1 2. »
Nul, pas même Platon, n’a mieux qu’Aristote séparé la raison, l’intelligence, de la sensualité et de toutes les impressions qui viennent du dehors. Il va jusqu’à distinguer deux espèces d’intelligences, l’une qui est une sorte de réceptacle des impressions sensibles et donne naissance à un ordre inférieur de connaissances, voï* iraforiTi ; l’autre essentiellement active, vpü< w>iT)T(xdç, qui n’a pas de commerce avec les objets extérieurs et par conséquent n’a pas besoin des organes, et n’a pour objets propres que l’universel, les principes, les vérités nécessaires. Et ce n’est pas là une opinion qui se rencontre comme par hasard dans quel-