‹ Histoire générale de la philosophieChapitre 50 sur 143 · Morale d Nicomaque, X · texte numérisé non relu

Morale d Nicomaque, X

La physique d’Aristote présente aussi un tout autre caractère que celle du Timce. Aristote fait le mouvement éternel ainsi que le monde', ce qui réduit le rapport du monde à Dieu à une vague et aveugle aspiration de 1’efTet à sa cause, des choses douées du désir à leur objet souverainement désirable.

Aristote est beaucoup moins grand comme mathématicien et astronome que comme physicien, et surtout comme naturaliste. Je n’ai pas besoin de vous rappeler \& Météorologie, qui contient tant d’observations neuves et profondes, et particulièrement cette Histoire des animaux , qui fait encore aujourd’hui l’admiration de la science moderne. Mais il est pénible d’être forcé d’avouer qu’en astronomie, subjugué par la tradition ionienne, il s’en tint au système des apparences et s’obtina à faire tourmr le soleil autour de la terre. Aristote avait eu tout le temps de méditer le système de Philolaüs, qui dès lors ne manquait pas de nombreux partisans, qui avait obtenu l’assentiment de Platon, et allait être bientôt expliqué par Aristarque; cependant il n’a pas même trouvé un mot d’éloge pour ce grand effort de l’esprit humain, ou si l’on veut, pour cette grande conjecture, et il s’estépuisé, avec une sorte de passion, en objections chimériques qui ont eu sur le sort de l’astronomie la plus déplorable influence. Elles prévinrent et étouffèrent la voix d’Aristarque, et contraignirent la vérité à attendre près de deux mille ans un tardif triomphe. Supposez qu’au contraire l’illustre

1. Du ciel, I, 12 ; Métaphysique , liv. XII, chap. vi, p. 145 de notre traduction: « Il est impossible que le mouvement naisse ou périsse, car il est éternel.... • Ibid., p. 247 : « Le monde est éternel, soit en son état de mouvement périodique, soit d'une autre manière. »

l'Il IL. GRECQUE. SES COMM EN CEMENTS. SA MATURITÉ. 161

disciple se fût joint à son maître, l’autorité de ces deux grands hommes eût aisément entraîné l'école d’Alexandrie, et tout aurait bien changé dans le monde. Il en a coûté cher au genre humain qu’Aristote n’ait pas trouvé déplaisant de ne pas suivre l’exemple de Platon, ou plutôt que son génie ait si fort répugné à celui de Pythagore’.

Il y a bien de l’empirisme aussi et bien de l’inconséquence à prétendre, comme il le fait quelquefois, que les notions les plus générales viennent de la comparaison des notions particulières et celles-ci de la sensation’, comme à soutenir absolument qu’il n’y a pas de pensée sans image1 2 3 4 : théorie fausse en elle-même, car quelle est l’image de l’idée du temps, de l’espace, de l’infini, de la liberté, de la personne, du moi que nous sommes? Cette théorie d’ailleurs ne s’accorde guère avec celle d’une intelligence différente de la sensibilité et de l’imagination, qui entre en exercice par sa propre énergie, et tire d’elle-même des idées de toute sorte, sublime privilège qu Aristote attribue hautement à l’homme.

Son esthétique est encore à moitié empirique; l’art n’y est presque jamais que l’imitation de la nature, ce qui est l’opposé du beau idéal du platonisme*. Pour la tragédie, Aristote ne fait guère qu’ériger en maximes la pratique des tragiques grecs, surtout celle de Sophocle,

1. Voyez le traité du Ciel, \jv. I", ch. viu, VJ 4, et surtout liv. U, ch. xiii, etc. — Voyez plus haut, p. 113-114, 143.

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