‹ Histoire générale de la philosophieChapitre 57 sur 143 · Cicéron, de Finibut, V, 5 : « Perpauca de moribus · texte numérisé non relu

Cicéron, de Finibut, V, 5 : « Perpauca de moribus

î. Voyez Fragments oe philosophie ancienne, p. 499-505.

3. Cicêr , ibid., Lycon : « Oratione locuples, rebus ipsis jejunior. »

— Ariston: • Gravitas in eo non fuit. • — Hiéronyme:* Summum bonum vacuitatem doloris.... • — Critolaûs : « Summum bonum ponit

perfecti nem vit* recte fluentis secundum naturam. •

l’âme, Dieu, le monde. Mais après Aristote et Platon, à la suite du conflit de leurs écoles, le génie systématique s'affaiblit, quitte les hauteurs pour ainsi dire, descend dans la plaine, et aux vastes spéculations de la métaphysique succèdent les recherches intéressantes, mais bornées, de la morale. Le stoïcisme et l’épicuréisme tendent en effet à réduire ou du moins à subordonner la haute philosophie à la morale*. Suivons-les sur cet étroit terrain ; il nous sera plus facile d’y discerner le vrai caractère de l’un et de l’autre système. Commençons par l’épicuréisme.

La philosophie conduit l’homme à sa fin qui est le bonheur. Ce qui cache à l’homme sa véritable fin, c’est son ignorance. Cette ignorance est de deux sortes. D’abord il y a l’ignorance des lois du monde extérieur qui peut donner naissance à des superstitions absurdes, et troubler l’âme du délire des fausses craintes et des fausses espérances; de là la nécessité de la physique comme moyen môme de morale. L’autre ignorance est celle de la nature de l’homme, de ses facultés, de leur puissance et de leurs limites. Il faut donc, et avant tout, une connaissance exacte de la raison; de là la nécessité de la Canonique épicurienne, ou recueil de règles sur la raison et son lé.'itime emploi.

Voici quelle est la théorie de la raison humaine selon Épicure. Les atomes dont se composent les corps sont dans un écoulementperpétuel,*iro^ot«. Ces atomes, en contact avec les sens, produisent la sensation, a'<rôvjctç. Je vous dis les mots grecs; car l’histoire du lan-

1. Cela est plus vrai des épicuriens et des stoïciens de Rome que de leurs maîtres grecs, dont malheureusement les ouvrages ont péri.

gage philosophique n'est pas une partie indifférente de l’histoire des idées. Une sensation peut être considérée ou par rapport à l’objet qui la cause ou par rapport au sujet qui l’éprouve. Par rapport à celui qui l’éprouve, elle est affective, agréable ou désagréable; elle engendre les passions. En tant qu’elle donne la connaissance de son objet, Épicure l’appelle iwxértr.uK ; la sensation n’est plus alors seulement affective mais représentative, comme dira un jour Condillac; c’est l’idée de sensation, l’idée sensible des modernes. Des idées sensibles nous tirons toutes nos idées générales ; et nous les en tirons, parce que les sensations en contiennent les germes, comme par anticipation. Ce sont là les 7tpoXiî<J<ii<;, les anticipations d’Épicure. Les idées générales appartiennent seules à l’homme ; elles sont donc seules sujettes à l’erreur. L’erreur n’est pas dans la sensation ni dans l’idée de sensation, mais dans les généralisations que nous en formons. Il faut donc bien surveiller ces généralisations qui sont notre ouvrage, et les confronter sans cesse avec leurs modèles qui sont les idées de sensation. Telle est la Canonique d’Épicure.

Sa physique est la physique atomistique. Quand on néglige les différences de détail pour ne s’attacher qu’au fond, on trouve que la physique d’Épicure est celle de Démocrite, renouvelée dans ses principes et nécessairement aussi dans ses conséquences.

Si le monde n’est qu’un composé d’atomes qui possèdent en eux-mêmes le mouvement elles lois de toutes leurs combinaisons possibles, le monde se suffit à luimême et s’explique par lui-même : il n’est besoin ni d’un premier moteur, ni d’une intelligence première ;

ainsi pointde Providence. Épicure n’admet pas de Dieu, mais des dieux. Et quels sont ces dieux ? Ce ne sont pa de purs esprits; car il n’y a pas d’esprit dans la doctrine atomistique : ce ne sont pas non plus des corps ; car où sont les corps que l’on peut appeler dieux ! Forcé pourtant de reconnaître que le genre humain croit à l’existence des dieux, Epicure, embarrassé, s'adresse à une vieille théorie de Démocrite. Comme dans les rêves il y a des images qui agissent sur nous, et déterminent en nous des sensations agréables ou pénibles, sans venir cependant des corps extérieurs, de même les dieux sont des images, semblables à celles de nos songes, mais plus grandes et ayant la forme humaine*; images qui ne sont pas précisément des corps et qui ne sont pas non plus dépourvues de matérialité, qui sont ce que vous voudrez, mais entin qu’il faut bien admettre, puisque l’espèce humaine croit à des dieux, et que ce fait doit avoir sa cause; et cette cause on la trouve non dans un dieu spirituel qui ne peut pas être, non dans des dieux corporels que personne n'a vus, mais dans des fantômes qui produisent sur l’âme humaine une impression analogue à celles que nous recevons dans le rêve.

Vous pensez bien que l'âme, dans un pareil système, n’est qu’un corps, ^ owp.a loti*1. Ce corps est composé d’atomes, des plus fins, des plus délicats, d’atomes ronds, de feu, d'air, de lumière. Cela avait suffi à Démocrite, mais n'a pas suffi à Épicure ; et ici est un progrès que je veux vous signaler. Epicure, en faisant

Page 1