Ovra (jova xà xa/oeotv, Plutarque, Contre les Stoiciem
30 Le même, des Opinions des philosophes, IV, 20: 7t*v -6 ô patgiCVOV fl rroioèv Sénèque, lellre cvi : * (Jute corporis bonasunt, corpora
« sunt, eigu cl quæ animi «uni; nam el iiie corpus est. »
3. Voyez, les Discours d Èpictète reçue llis par Amen, personnage qui est a Epictète ce que Xênophon est à Socrate : là il est sans cesse question de la Providence, et daus uu sens tout à lait socratique.
PH1L. grecque, ses développements et sa fin. 181 nous est imposée est de vivre conformément à la raison. On trouve souvent aussi chez les stoïciens cette formule : Vivre conformément à la nature. Mais ou il s’agit de la nature du monde, qui est la raison, ou de la nature de l’hoinme, qui est la raison aussi ; en sorte que tout revient à la raison, Çïjv ôpoXoyoufJuvüj; Xoyoj. C’est là l’axiome fondamental de la morale stoïque. Or, si la règle unique des actions est d’étre conforme à la raison, toutes les actions, quelles qu’elles soient, se divisent en deux classes seulement : les unes qui sont conformes à la raison, les autres qui n'y sont pas conformes, xï&ifcovt», wapà tô xaWjxov. Et encore, si la raison est la loi suprême et la fin de l’homme, là est pour lui le souverain bien, car le souverain bien d’un être est ce qui est conforme à la loi et à la fin de cet être, c’est-à-dire à sa nature véritable. Le souverain bien de l’homme étant donc la conformité de ses actions à la raison , le mal est la nonconformité des actions à la raison : là est le mal, il n’y en a pas d’autre. La douleur et le plaisir , n’étant ni conformes ni non conformes à la raison, ne sont ni bons ni mauvais; il n’y a en eux ni bien ni mal, et les conséquences physiques des actions sont comme si elles n’étaient pas. Nous devons faire ce qui est bien, sans prendre garde à ce qui peut en arriver, et ce n’est pas pour l’utilité qui en résulte ou qui n'en résulte pas que la justice doit être pratiquée, mais pour l’excellence qui est en elle. Enfin la justice est bonne, non par la loi des hommes, mais par sa nature propre, fim, où vôîiw. On conçoit que de tels principes devaient exercer la plus noble influence sur la législation, et la jurisprudence romaine a plus d'une fois heureusement ressenti l’impression du stoïcisme. Voilà la belle partie de cette
doctrine. Il nous reste à la suivre dans ses égarements.
Première aberration. Toutes les actions qui sont conformes à la raison ont cela de commun d’être conformes à la raison; elles sont donc en cela égales les unes aux autres: de là l'égalité de toutes les bonnes actions. Toutes les mauvaises actions ont ce commun caractère d’être non conformes à la raison ; elles sont donc aussi égales entre elles dans l’abstraction de leur non-conformité à la raison : de là, dans quelques stoïciens, ce paradoxe, que toutes les mauvaises actions sont égales entre elles; qu’ainsi, ne pas dire la vérité ou tuer est aussi mal l’un que l’autre, puisqu’il y a mal également des deux côtés.
Autre aberration. La raison est le tout de l’homme; la conformité à la raison est la règle unique de ses actions, et le caractère moral des a' tions est la mesure unique du bien et du mal en général. Or le plus grand bien, c’est le plus grand bonheur; donc l’homme vertueux est le plus heureux; et si dans le bonheur on comprend la liberté , la beauté , la richesse , etc. , il faut avouer que celui qui se conforme à la raison est libre, beau, riche, etc.
Autre aberration encore, qui tient à ce qu’il y a de plus grand dans le Btoïcisme. Qui empêche l’homme de se conformer toujours à la raison? La passion. Quand •l'Ame y succombe, elle s’amollit et perd son ressort. La passion, voilà donc l’ennemi qu’il s'agit de combattre. La vertu peut seule rendre à l'homme le ton nécessaire, l’énergie morale, la magnanimité, la constance; d’où ca mâle précepte : ’Avi^oO, sus tint , supporte. Supporte les chagrins qui s’engendrent de la lutte amère contre
les passions; supporte tous les maux que la fortune t’enverra, la calomnie, la trahison, la pauvreté, l’exil, les fers, la mort même. On ne peut trop applaudir à une pareille maxime; mais il faudrait y joindre celle-ci : Agis, sois utile êtes semblables. Loin de là, le stoïcisme a trop peur de compromettre dans l’action la pureté et la paix de l’âme; aussi à la maxime Xv^oü, supporte, il a ajouté celte autre maxime, ’Aits^oü, abstine, abstienstoi, excellente assurément dans certaines limites, déplorable quand elle est trop étendue. Le stoïcisme l’a poussée jusqu’à l’apathie. Ce n'est pas seulemtn la lutte contre les passions , c’est leur entière destruction qu’il recommande, oubliant qu’en éteignant la flamme on consume aussi le foyer, c’est-à-dire le principe u action, le principe de toute énergie morale, le principe qui seul peut mettre l’homme en conformité avec la raison et en rapport avec Dieu. Aussi la morale stoïque n’a souvent été qu’une morale d’esclave , à sa place dans Ëpictète, admirable encore, mais presque inutile au monde dans Marc-Aurèle. Comme aux yeux du stoïcisme la seule chose importante est la pureté de l’âme, quand cette pureté est trop en péril, ou quand on désespère d’être victorieux dmsla lutte, on peut la terminer comme a fait Caton, aùro^ipfa, de sa propre main. Alors la philosophie n'est plus qu’un apprentissage de la mort et non de la vie; elle tend à la mort par son image, l’apathie et l’ataraxie, x*t àtapjïia, et se
résout définitivement en un égoïsme .-ublime. Vous le voyez •. nous ne sommes pas loin de la dernière conclusion de l’épicuréisme, et les deux extrémités contraires se terminent à la même exagération.
L’épicuréisme et le stoïcisme , nés à peu prèsen-
semble1, sesontdévi loppés l’un avec l’autre et l’un par l’autre. C'est au plus fort de leurs luttes que la philosophie grecque passa à Rome. Elle y trouva dans les rangs les plus élevés des amateurs qui la cultivèrent sans aucune originalité spéculative, mais avec une curiosité éclairée. Cicéron par exemple choisit avec discernement ce qu’il y avait de mieux dans toutes les écoles. Il s’inspira particulièrement du platonisme, en faisant aussi une juste part au péripatétisme, surtout au stoïcisme qu’il épura et tempéra. Il ne repousse décidément que l’épicuréisme. Lucrèce au contraire s'attache à Êpicure, et il le traduit en empruntant les belles formes, sévères et pures, des poetes philosophes de la premièt» époque, tels qu’Empédocle. Sénèque, c’est Posidonius transporté à Rome. Mais le génie romain n’était pas plus fait pour les profondeurs de la métaphysique que pour les délicatesses de l'art, et ce qui frappa et intéressa le plus à Rome ce fut le côté pratique des systèmes, et par-dessus tout la querelle du stoïcisme et de l’épicuréisme. Ces âmes énergiques y intervinrent pour les pous-er à leurs conséquences extrêmes, et enfanter à la fois l’épicuréisme grossier