Do Vrai, do Beao et do Bien, leç. V
délivrer la théodicée de toute ombre d’anthropomorphisme, c’est de réduire Dieu à une abstraction, à l'abstraction de l’être en soi. L’être en soi, il est vrai, est pur de toute division, mais à cette condition qu’il n’ait nul attribut, nulle qualité, et même qu’il soit dépourvu de science et d’intelligence, car l'intelligence, si élevée qu’elle puisse être, suppose toujours la distinction du sujet intelligent et de l’objet intelligible. Un Dieu dont l’absolue unité exclut l'intelligence, voilà le dieu de la philosophie mystique. Comment l’école d’Alexandrie, comment Plotin, son fondateur, au milieu des lumières de la civilisation grecque et latine, a-t-il pu arriver à cette étrange notion de la divinité? Par l'abus du platonisme , par la corruption de la meilleure et de la plus sévère méthode, celle de Socrate et de Platon.
< La méthode platonicienne, la dialectique , comme l’appelle son auteur, recherche dans les choses particulières, variab'es, contingentes, ce quelles ont aussi de général, de durable, d’un, c’est-à-dire leur Idée, et s’élève ainsi aux Idées, comme aux seuls vrais objets de l’intelligence, pour s’élever encore de ces Idées qui s’ordonnent dans une admirable hiérarchie à la première de toutes, au delà de laquelle on n'a plus rien à concevoir ni à chercher. C’est en écartant dans les choses finies leur limite, leur individualité, que l’on atteint les genres, les Idées, et, par elles, leur souverain principe. Mais ce principe n’est pas le dernier des genres ; c’est un principe réel et substantiel. Le dieu de Platon ne s’appelle pas seulement l’unité, il s’appelle le Bien ; il n'est pas la substance morte des Éléates, il est doué de vie et de mouvement * : fortes expressions qui
« Sophiste, t XI de notre traduction.
PHIt. GRECQUE. SES DÉVELOPPEMENTS ET SA PIN. J99
montrent à quel point le dieu de la métaphysique platonicienne est différent de celui du mysticisme. Ce Dieu est le père du monde'. Il est aussi le père de la vérité, cette lumière des esprits’. Il habite au milieu des Idées qui font de lui un dieu véritable en tant qu’il est avec elles*. Il possède 1 ’ auguste et sainte intelligence *. 11 a fait le monde sans aucune nécessité extérieure et par ce motif seul qu'il était bon'. Enfin il est la beauté sans mélange, inaltérable , immortelle, qui fait dédaigner toutes les beautés terrestres à qui l'a une fois entrevue*. Le beau, le bien absolu est trop éblouissant pour que l'œil d’un mortel puisse le regarder en face; il le faut contempler d’abord dans les images qui nous le révèlent, dans la vérité, dans la beauté, dans la justice, telles qu’elles se rencontrent ici-bas et parmi les hommes, de même qu’il faut habituer peu à peu l’œil du captif enchaîné dès l’enfance à la splendide lumière du