‹ Histoire générale de la philosophieChapitre 91 sur 143 · Ferrare, 1583. in-4*. S · texte numérisé non relu

Ferrare, 1583. in-4*. S

sophia, inqua aristotelica methodo, non permotum , scdper lucem et lumina , ad primam causant ascendilur: deinde nova qrndam ac peculiari methodo Iota in contemplationem venit divinilas : postremo methodo platonica rerum uni versitas a conditore Deo deducitur1. Le livre est dédié au pape Grégoire XIV.

Vous concevez que la destinée de l’auteur n’a pas dû être fort troublée. Il n’en a pas été ainsi de celle de Bruno. Jordano Bruno, né à Nola, près Naples, au milieu du seizième siècle, entra tout jeune chez les dominicains. Bientôt des doutes religieux lui firent quitter son ordre, et il lui fallutaussi quitter l’Italie. Il vint à Genève, et ne put s'entendre avec Théodore de Bèze et Calvin, tout aussi fanatiques, tout aussi intolérants que l’inquisition italienne*. De là il se rendit à Paris, où il se signala comme adversaire d’Aristote. Il alla aussi en Angleterre, et il y demeura quelque tempschez sir Philippe Sidney, que l’on trouve partout où il y a quelque essai d’indépendance philosophique, religieuse ou politique à protéger. Plus tard, il donna des leçons publiques ou privées à Wittemberg, à Prague, à Helmstaedt, à Francfort sur le Mein. Le fatal désir de revoir le soleil de la patrie le poussa à chercher un asile dans l’État d'Italie le plus indépendant, la République de Venise; il y vécut deux ans tranquille; puis, les Vénitiens le livrèrent ou l'abandonnèrent en 1598 à l’inquisition. Transféré à Rome, on lui üt son procès; il fut

Veneliis, 1593, in-fol.

2. Deferuio orthodoxe fidei, etc., u bi o stenditur h.rreticos jure gladii coercendos exst, etc., per Johannem Calvinum, in-8*, 1554. — De llæreticis a cit'iii magittralu punùndis libetlus, etc., Theodoro Beza Vezelio auctore, 1554.

condamné comme hérétique, et brûlé le 17 février 1600*.

Jordano Bruno a moins d’érudition que Marsile Ficin,

1. M. Wagner a rassemblé à Leipzig, en 1830, en deux vol. in-8*, tous les ouvrages italiens de Bruno, elM. Gfœrer à Stutlgard, en 1836, avait commencé à réunir aussi ses ouvrages latins ; le second volume a seul paru. On peut consulter avec fruit pour les détails biographiques, mais non pas sur le fond et le vrai caractère de la doctrine, le savant mais trop entlrousiasle écrit de M. Bartholmès, Jordano Bruno , 2 vol., 1846. — Kkagmknts i>e philosophie moderne, (’• Partie, tanin i ou la Philosophie avant Descartes, p. 16: • Bruno s’éprit de Pythagore et de Platon, surtout du Pyihagore et du Platon des alexandrins. Touché et comme enivré du sentiment de l'harmonie universelle, il s’élance d'abord aux spéculations les plus sublimes où l'analyse ne l’a pas conduit, où l’analyse ne le soutient pas. Errant sur des précipices qu'il a mal sondés, il tombe dans l’abime d’une unité absolue, destituée des caractères intellectuels et moraux de la divinité. Spinoza est le géomètre du système, Bruno en est le poète. Rendons-lui cette justice qu'avant Galilée il renouvela l’astronomie de Copernic. L'infortuné, entré de bonne heure dans un couvent de Saint- Dominique, s'était réveillé un jour avec un esprit opposé à celui de son ordre, et il avait fui. Il était venu s'asseoir tantôt comme écolier, tantôt comme maître aux écoles de Paris et de Wittemberg, semant sur sa route une multitude d’écrits plus ingénieux que solides. Le désir de revoir l’Italie l’ayant ramené à Venise, il est livré à l’inquisition, conduit à Rome, jugé, condamné, brûlé. Quel était son crime? Aucune des pièces de cette sinistre affaire n’a été publiée; elles ont été détruites ou elles reposent encore dans les archives du saint office, ou dans un coin du Vatican avec Us actes du procès de Galilée. Bruno fut-il accusé d’avoir rompu les liens qui l’attachaient à son ordre? Mais une telle faute ne semblait pas attirer une telle peine, et c’eût clé d’ailleurs aux dominicains à le juger. Ou bien fut-il recherché comme protestant et pour avoir, dans un petit écrit, sous le nom de la Bestia triimfante, semblé attaquer la papauté elle-même? Ou bien encore fut-il accusé seulement de mauvaises opinions en général, d’impiété, d'athéisme, le mot de panthéisme n’étant pas encore inventé? Cette dernière conjecture est aujourd’hui démontrée. Il y avait alors à Rome un savant allemand, profondément dévoué au saint-siège, qui se fit une fête d’assister au procès et au supplice de Bruno, et il raconte ce qu’il a vu à un protestant de scs compatriotes, dans une lettre latine plus tard retrouvée et publiée, Acta littcraria de Struve, fascisc. V, p. 64. Comme cette lettre est peu connue et n’a jamais été traduite en français, nous en donnerons ici quelques fragments. Elle prouve que Jordano Bruno a été mis à mort non comme protestant, mais comme impie ; non pour tel ou tel acte de sa vie, sa fuite de son

mais il est plus original. C’est un esprit étendu, une imagination forte et brillante, une âme ardente, une plume souvent vive et ingénieuse. Il renouvela la théorie pythagoricienne des nombres et donna une explicatio 1 détaillée du système décadaire. Dieu est pour lui la grande unité qui se développe dans le monde et dans l’humanité, comme l’unité se développe dans la série infinie des nombres. 11 était trop pythagoricien pour ne pas prendre en main la défense du système de Copernic. Ses défauts tiennent à ses qualités. Le sentiment de l’harmonie universelle luiôte celui de l'individualité humaine et de ses caractères distinctifs. On ne peut lui refuser une.sorte de génie auquel a manqué la méthode.

couvent ou l’abjuration da lafo atholique; mais pour la doctrine philosophique qu’il répandait par ses ouvrages et par ses discours. — Gaspard Schoppc à son ami Conrad Ritterhausen.... « Ce jour me fournit un nouveau motif de vous écrire : Jordauo Bruno, pour cause d’hérésie, vient d’élre brûlé vif en public, dans le champ de Flore, devant le théâtre de Pompée.... Si vous étiez à Rome en ce moment, la plupart des Italiens vous diraient qu’on a brûlé un luthérien, et cela vous confirmerait sans doute dans l’idée que vous vous êtes formée de notre cruauté. Mais, il faut bien que vous le sachiez, mon cher Ritterbausen, nos Italiens n’ont pas appris & distinguer entre les hérétiques de toutes nuances : quiconque est hérétique, ils l’appellent luthérien, et je prie Dieu de les maintenir en cette simplicité qu’ils ignorent toujours en quoi une hérésie difleredes autres. J’aurais peut-êtrecru moi-même, d’après le bruit général, que ce Bruno était brûlé pour cause de luthéranisme, si je n’avais été présent à la séance de l’inquisition où sa sentence fut prononcée, et si je n’avais ainsi appris de quelle hérésie il était coupable.... (Suit un récit de la vie et des voyages de Bruno et des doctrines qu’on l'accusait d’enseigner.) Il serait impossible de faire une revue complète de toutes les monstruosités qu’il a avancées, soit dans ses livres, soit dans ses discours. Pour tout dire, en un mot, Il n’est pas une erreur des philosophes païens et de nos hérétiques anciens et modernes qu’il n’ait soutenue.... A. Venise enfin il tomba entre les mains de l’inquisition ; après y être demeuré assez longtemps, il fut envoyé à Rome, interrogé à plusieurs reprises par le saint office, et convaincu par les premiers théologiens. On lui donna d’abord quarante jours pour réfléchir; il promit d'abjurer, puis il recommença à défendre ses folies, puis il demanda encore un délai de quarante

S’il n’a pas établi une doctrine durable, il a au moins laissé dans l’histoire de la philosophie une trace lumineuse et sanglante qui n’a pas été perdue pour le dixseptième siècle.

Cependant l’idéalisme platonicien était passé d’Italie dans le reste de l’Europe. Mais nulle part il n’y jeta le même éclat. En France, il n’eutguère qu’un interprète rcmarquab'e, et encore l’est-il surtout par son caractère et par ses malheurs.

llamus, Pierre La Hamée, né en 1515, en Picardip, d’une famille très-pauvre, venu de bonne heure à Paris, commença dans l'Université d’une façon qui nesemblait pas le destiner à un très-haut rang. Il fut d’abord maître d’étude ou plutôt domestique dans un collège. 11

jours; enfin il ne cherchait qu’à se jouer du pape et de l’inquisition . En conséquence, environ deux ans après son arrestation, le 9 février dernier, dans le palaisdu grand inquisiteur, en présence des très-illustres cardinaux du saint office, qui sont les premiers par l'âge, par la pratique des affaires et la connaissance du droit et de la théologie, en présence des théologiens consultants et du magistrat séculier, le gouverneur de la ville, Bruno fut introduit dans la salle de l’inquisition, et là il entendit à genoux la lecture de la sentence portée contre lui. On y racontait sa rie, ses études, ses opinions, le zèle que les inquisiteurs avaient déployé pour le convertir, leurs avertissements fraternels, et l'impiété obstinée dont il avait fait preuve. Ensuite il fut dégradé, excommunié et livré au magistrat séculier, avec prière toutefois qu’on le punit avec clémence et sans elTusion de sang. A tout cela Bruno ne répondit que ces paroles de menace : La sentence que t ou s portez tous trouble peut-être en ce moment plus que moi. Les gardes du gouverneur le menèrent alors en prison ; là on s'efforça encore de lui faire abjurer ses erreurs. Ce f it en vain. Aujourd’hui donc on l’a conduit au bûcher. Comme on lui présentait l image du Sauveur crucifié, il l’a repoussée avec dédain et d’un air farouche. Le malheureux est mort au milieu des fiammes, et je pense qu’il sera allé raconter dans ces autres mondes qu’il avait imaginés (allusion aux mondes innombrables et à l'univers infini de Bruno) comment les Romains ont coutume de traiter les impies et les blasphémateurs. Voilà, mon cher ami, de quelle manière on procède chez nous contre les hommes ou plutôt coutie les ministres de cette espèce. Rome, 17 février 1600. >

s’éleva peu à peu à force de travail et de mérite. Il devint à la fin professeur au Collège de France et principal du collège de Presle. La barbarie de la scholastique le révolta comme tout son siècle. Le premier, il mêla dans son enseignement les mathématiques et la littérature à la philosophie; il se prononça contre Aristote pour Platon et particulièrement pour Socrate qu’il se proposa pour modèle. Ses leçons antipéripatéticiennes lui firent de puissants ennemis qui l’accusèrent auprès de François Ier, fondateur et protecteur du Collège de France. Il y eut en 1543 une sentence royale contre le novateur : ses deux écrits Insiitutiones dialecticæ et Animadvcrsiones Aristotelicæ furent supprimés, lui condamné à ne les jamais publier de nouveau, môme à n’en pas laisser prendre de copie, et à s’abstenir de toutes leçons sur la philosophie et la logique. On afficha cette belle sentence* dans toutes les rues de Paris, et on fit des pièces de théâtre où le pauvre professeur platonicien fut joué de toutes les manières. Ramus lui même raconte ainsi cette première aventure :

« Quand je vins à Paris1, je tombé ès subtilités des sophistes, et m’apprit-on les arts libéraux par questions

1. Elle nous a été conservée: « Sentence donnée par le roi contre maistre Pierre Hamcs et les livres et hposés par icellt contre Aristote, prononcée a Paris lbxxvi de mars 1543.... Condamnons, supprimons et abolissons lesdits deux livres, l’un intitulé Dialecticæ insiitutiones, l'autre Aristotelicæ animadversiones; et faisons inhibitions et défenses à tous imprimeurs et libraires de notre royaume, pays, terres et seigneuries.... qu’ils n’aient plus à en imprimer ou faire imprimer aucuns, ne publier, rendre ne débiter.... et semblablement audit llamus de ne plus lire lesdits livres, ne les faire écrire ou copier, publier ne semer en aucune manière, ne lire en dialectique ne philosophie.... »

2. La Remontrance de Pierre La Ramée faite au conseil privé, en la chambre du Roy, au Louvre, le 18 janvier 1567, touchant la profession royale en mathématiques. A Paris, chez Wecliel, 1567, in-8”.

et disputes sans en jamais monstrer un seul autre ny profit ny usage. Après que je fus nommé etgradué pour maistre ès-aits, je ne me pouvois satisfaire en mon esprit, etjugeoisen moymesme que ces disputes nem’avoient apporté autre chose que perte de temps. Ainsi estant en cet esmoy, je tombé, comme conduit par quelque bon ange, en Xénophon, puis en Platon, où je cognus la philosophie socratique ; et lors, comme espris de joye, je mets en avant que les maistres ès-arts de l’Université de Paris estoient lourdement abusés de penser que les arts libéraux fussent bien enseignés pour en faire des questions et ergos, mais que toute sophistiquerie délaissée il en convenoit expliquer et proposer l’usage. Ce socratisme fut trouvé si nouveau et si estrange que je fus joué et farcé par toute l’Université de Paris, puis condamné pour ignorant, impudent, malicieux, perturbateur et calomniateur. La langue et la main me furent liées par cette mesme condamnation, en sorte qu’il ne m’estoit loisible de lire ny escrire aucune chose ny publiquement ny privément. » Ramus connut de meilleurs jours sous Henri II, mais plus tard les persécutions recommencèrent. Il auraitpu trouver hors de France d’honorables asiles; les invitations les plus flatteuses l’appelaient en Italie et en Allemagne : il aima mieux souffrir dans son pays et pour son pays. Tour à tour privé de sa chaire, rétabli, dépouillé de nouveau, forcé de fuir la France et y revenant toujours, il était à Paris, sur la foi des traités et de paroles augustes, pendant les sinistres journées de la Saint-Barthélemy. Sans doute il était suspect, et avec fondement, de protestantisme; mais s’il fut recherché comme secrètement huguenot, il ne le fut pas moins

comme ouvertement platonicien. Parmi les confrères de Ramus était Jacques Charpentier, péripatélicien fanatique, catholique inquisiteur, rojaliste se piquant de l’être plus que le roi, et mêlé à toutes les intrigues du temps. Outre cela, il avait depuis longtemps de particuliers ressentiments contre Ramus. Il satisfit d’un seul coup toutes ses passions publiques et privées. Ramus demeurait au collège de Presle, tout près d’ici, sur la pente de la montagne Sainte-Geneviève, à côté du grand couvent des Carmes, aujourd’hui transformé en un marché, celui de la place Maubert. Le 26 août 1572, Charpentier envoya au collège de Presle une bande d’assassins qui pillent et dévastent la maison, pénètrent dans la chambre où s’était réfugié Ramus, l’y égorgent, le jettent par la fenêtre dans la cour, où des étudianls féroces l’achèvent, lui arrachent les entrailles, et traînent par les pieds le cadavre jusqu’à la Seine*.

1. De Thou, ad ann. 1572. Gouget, dans ses Mémoires sur le Collège de France, adopte le récit de de Thon. Voyez nos Fragments de philosophie moderne, l™ Parlip, p. 13 : « Quelle vie et quelle fin I Sorti des derniers rangs du peuple, domestique au collège de Navarre, admis par charité aux ieçons des professeurs, puis professeur lui-même, tour à tour en faveur et persécuté, chassé de sa chaire, banni, rappelé, toujours suspect, il est massacré dans la nuit de la Saint-Barthélemy comme protestant à la fois et comme platonicien. Son adversaire, le catholique et péripatéticien c harpentier dirigea les coups. On aurait peine à le croire si un contemporain bien informé, de Thou, ne l'attestait. « Charpentier, son rival, dit le véridique historien, excita une émeute, et envoya des sicaires qui le retirèrent du lieu où il était caché, lui prirent son argent, le percèrent à coups d'épée et le précipitèrent par la fenêtre dans la lue; là, des écoliers furieux, poussés par leurs maîtres qu'animait la même lage, lui arrachent les entrailles, traînent son cadavre, le livrent à tous les outrages et le mettent en pièces. » Tel fut le sort d’un homme qui, à défaut d’une grande profondeur et d’une originalité puissante, possédait un esprit élevé, orné de plusieurs belles connaissances, qui introduisit parmi nous ia sagesse socratique, tempéra et polit la rude science de son tvmps par le commerce des lettres, et le premier écrivit en français un traité de dialectique. Dupuis ou n’a pas daigné lui élever le plus humble iüuuu-

Il ne faut pas oublier qu’à peu près à la même époque un autre péripatéticien, l’Espagnol Sepulvéda‘,le théologien et l’historiographe de Charles-Quint, fournit au roi d’Espagne des arguments en faveur de l’esclavage des malheureux Américains, contre le sage et pieux Barthélemy de Las Casas. Quand donc le sensualisme moderne accuse l’idéalisme d’avoir toujours été en arrière dans la civilisation, et se vante d’avoir servi seul la cause de la liberté et de l’humanité, pensrz, je vous pri», à Charpentier et à Sepulvéda, à Jordano Bruno et h Ramus. D’ailleurs, à Dieu ne plaise que je veuille ici flétrir le sensualisme et lui rendre injustice pour injustice ! Tyrannique et malfaisant ce jour-là, un autre jour, vous le verrez, vous l’avez déjà vu, utile et persécuté, dans Occam par exemple. Les systèmes ont leurs bons et leurs mauvais jours, et leurs bons jours ne sont pas ceux de leur prospérité et d’une domination incontestée. Il n’appartient à aucun système, quel qu’il soit, de servir exclusivement la civilisation: et ce que je veux seulement que vous tiriez de ces paroles et de toutes mes leçons, c’est le dédain et le dégoût de tout fanatisme, dans la philosophie comme ailleurs.

Pierre La Rimée, martyr à la fois du protestantisme et du platonisme , eut des partisans nombreux en

ment qui gardîltsa mémoire; il n'a pas eu l’honneur d'un éloge public, et ses ouvrages mêmes n’ont pas été recueillis. ~ Il a trouvé du moins un savant et chaleureux historien et panégyriste dans un de scs coreligionnaires : Hamas, sa vie, ses écrits et scs opinions, par M. Waddington, in-8*, 1855.

1 Né en 1490, mort en 1573. Jaannis Genesii Sepulvedæ Cordubensis Opéra, Matriti, 1740, 4 vol. in-4*. — Sepulvéda est d'ailleurs un esprit judicieux et éclairé, comme Charpentier lm-môme, dont les ouvrages ne sont pas dépourvus de mérite, par exemple sa Descriptio unirers,r natur.r ex Aristotele, in-4*, 1560, et surtout Platonis cum Aristotele comparatio in univcrsa philosophia, in-4*, 1573.

France, en Angleterre et en Allemagne, et dans tous les pays où l’esprit de la réforme s’étendait jusque sur la philosophie. En Angleterre , son traité de logique antipéripatéticienne eut plus tard l’honneur d’être réduit et arrangé pour les classes par l’auteur du Paradis perdu1 2.

L’Allemagne au seizième siècle ne compte aucun philosophe d’une grande renommée. Luther était doué d’une grande et forte imagination et d’une Ame éloquente, mais , par ses qualités comme par ses défauts, il était bien plutôt poète et orateur que théologien et philosophe. Gomme Gerson , la mauvaise philosophie de son temps l’avait dégoûté de la philosophie ; comme lui il n’avait que de l’aversion pour Aristote et il ne connaissait pas Platon. De saint Augustin il avait pris l’horreur du pélagianisme, et l’attachement au dogme de la grâce et de la prédestination poussé presque jusqu’au mépris de la raison et à la négation de la liberté *. S’il fût resté dans l’Églis», ce n’est point à Roger Bacon et à Scot, ni à Albert et à saint Thomas, c’est à saint Bonaventure, c'est au grand prédicateur Tauler qu’il eût voulu ressembler. Ainsi qu’eux il est ouvertement mystique, et mystique avec la fougue et la passion qu’il portait en toutes choses. Loin donc de favoriser les études philosophiques, il les aurait bien plutôt proscrites, sans l’influence et l’autorité de Mélanchthon, homme d’école qui défendit et maintint la philosophie

1. A rtis logicx plenior inslitutin ad Pétri Rami methodum eoneinnata, p. 614, t. Il, the Works otJohn Milton, historical, polilical and miscellaneous, iti-4°, London, 1725.

2. Voyez de Servo arbitrio. Martini Lutheri ad D. Erasmum Roterodam., Wittemberjjæ, 1525.

de sa jeunesse, enseigna et fit enseigner un péripatétisme modéré*. Après lui, le péripatétisme se transforma peu à peu, dans plus d’une université protestante de l’Allemagne, en un platonisme raisonnable, et on vit plusieurs hommes distingués combattre avec force la triste doctrine péripatéticienne qui s’enseignait au delà des Alpes ; par exemple à Altorf, Nicolas Taurel, Taurellus, prit à tâche de réfuter Césalpini et Piccolomini *; à Marbourg, Goclenius * est surtout remarquable comme auteur d’un ouvrage dont le titre est iVuyo- Xoy(a, hoc est, de hominis perfectione, anima, etc. *. C’est, je crois, la première apparition de la psychologie sous son nom propre dans la philosophie moderne.

Passons maintenant à l’école péripatéticienne. Mais entendons-nous : il ne s’agit point ici de ce péripatétisme du treizième et du quatorzième siècle, tempéré et christianisé pour ainsi dire par saint Thomas et Duns Scot, qui, après avoir fait longtemps la force et la gloire de l’Université de Paris, continuait à s’enseigner, comme une tradition languissante, dans les écoles dégénérées de l'ordre deSaint-Dominiqu- et de l’ordre

1. Voyez de Mélanchthon Erotemata dialectica, ethiez doctrinz eleme nia , et enarratio libri qwnti Ethicorum , surtout de A nima commentarius où, dans la dédicace, Mluiichlhon prend la défense de la scholastique au moins comme exercice d’esprit.

2. Né à Montbéliard en 1547, mort en 1606. Ses écrits les plus célèbres sont : Philosnphi,r triomphas, Basil., 1573, réimprimé à Arnheimen 1617; Alpei ctrs.r, 1591; de llerum zternitate, 1604; Nitolai Taurelti in inclyta Noricorum Academia philosophie et medicinœ antecessoris celeberrimi, de mundo et eirlo, dtscuttionum metaphysicarum et physicarom libri IV, advenus Piccolominum aliosque peiipalelicos. Eduio nova, Arnbcrgre, 1611.

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