‹ Histoire générale de la philosophieChapitre 92 sur 143 · Né à Corbach en 1547, mort à Marbourg en · texte numérisé non relu

Né à Corbach en 1547, mort à Marbourg en

4. Marbourg, 1'* édit., 1590, et la seconde, 1597. Joignez-y Idea philosophiez Platonicæ, ibid., 1612.

de SaintrFrançois ; il s’agit du péripatétisme vrai et fort peu chrétien qui se montrait enfin à découvert dans le lexte même d’Aristote, que h belle édition des Aides et ses reproductions savantes répandaient d’un bout de l’Europe à l’autre *, et dans les hardis commentaires u’Alexaudre d'Aphrodisée et d’Averroès, successivement imprimés à Venise, et qui de là inondaient l’Italie J. Si l’ombre seule d’Aristote et de ses libres commentateurs avait suffi à troubler bien des têtes dans les premiers jours du treizième siècle, jugez de l’effet qu’ils firent en paraissant eux-mêmes. Ils opposèrent une forte barrière à l’invasion du platonisme, et on vit se renouveler avec un bien autre éclat les débats qui déjà avaient eu lieu au quinzième siècle entre Pléthon, George Scholarius, George de Trébizonde et Bessarion.

Le théâtre de ces débats fut encore l’Italie, qui est la vraie patrie de la Renaissance pour la philosophie comme pour les arts, les lettres et les sciences. Florence resta fidèle au culte de Platon, mais l’Université de Padoue se consacra pour ainsi dire à Aristote. Et comme à Florence on adorait le Platon du néoplatonisme, de

1. La première édition complète d’Aristote est celle des Aides, Venise, 5 vol. in-fol., 1495-1498. Réimprimée à Bftle, en 1531, par Erasme, et deux fois encore en 1539 et 1550; puis de nouveau & Venise, chez les Aides, par les soins de Camotius, 6 volumes in-8“, 1551-1553.

2. La plupart des commentaires d’Alexandre d'Aphrodisée ont paru séparément en original et en traduction, à Venise, de 1513 à 1536. — Le plus important ouvrage d'Averroès, la destruction des destructiot s d'AÎ-Gazel, Destructiones deslriietionum, cum Augustini Siphi de Suessa exposilione, avait paru à Venise, in-fol., 1497, avant de reparaître, avec tous les autres commentaires du même auteur, dans les deux belles éditions vénitiennes de la traduction latine complète d'Aristote.

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même à Padoue on n’invoquait que l’Aristote d’Alejandre d’Aphrodisée ou celui d’Averroès. Les Alexandristes et les Averroïstes, voilà toute la différence à faire entre les professeurs de Padoue, voilà les deux seuls points de vue qui partagent l’école péripatéticienne d'Italie au seizième siècle.

Bientôt, comme on le pense bien, l'Église s’émut : le concile de Latran, en 1512, condamna les deux redoutés interprètes, et interdit les commentaires d’Alexandre et d’Averroès. On ne gagna à cela que de forcer l’école de Padoue de recourir à un artifice qu’elle n’eut pas même besoin d’inventer, et dont ses maîtres, les philosophes arabes, lui fournissaient l’exemple. Quand l'orthodoxie musulmane reprochait à ceux-ci de renverser le Coran par leur doctrine sur l'âme comme simple forme organique du corps et par leur Dieu sans attributs, ils répondaient qu’ils pensaient ainsi dans l’école et en philosophie, mais qu’ils étaient prêts à reconnaître le contraire et tout ce qu’on voudrait au nom de la foi, trouvant le moyen d’unir à leur aise le pauthéisme le plus audacieux et l’ortholoxie la plus docile, la plus complaisante: tactique plus ou moins habile qui a passé de l’école arabe dans l’école de Padoue, et qui lui a survécu.

L’histoire du panthéisme dans l’université de Padoue est encore à faire, et serait d’une utilité infinie. On y verrait les nuances les plus diverses du panthéisme, ici déclaré et sincère jusqu’à la témérité; là, contenu, et empruntant toutes les finesses, tous les biais, tous les tempéraments, tous les masques qu’il peut prendre. En vérité, après cela, il semble que tous les rôles sont usés en ce genre.

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Je n’entends pas v ms traîner dans les détours de ce tortueux labyrinthe. Il m’a suffi de vous donner le fil avec lequel on s’y peut orienter.

C’est Alexandre Achillini', à ce qu’il paraît, qui porta les doctrines d’Averroès dans l'Université de Padoue. Il alla si loin que son confrère Pomponat fut obligé de le combattre et de remplacer l’averroïsme par l’alexandrisme.

Pierre Pompon it, né à Mantoue en 1462, professeur à Padoue, mort à Bologne en 1524, eut d'ardents ennemis et d’ardents défenseurs. Son ouvrage sur l’immortalité de l’âme fut brûlé à Venise ; en môme temps un futur cardinal de l’Eglise romaine, Bembo, alors secrétaire du pape, loin de trouver cet ouvrage si coupable, prit l'auteur sous sa protection. Un autre cardinal, Hercule de Gonzague, qui avait été un des écoliers de Pomponat à Padoue, l’avait en une telle estime qu’après sa mortil fit transporter son corps à Mantoue dans l’église de Saint-François et lui lit élever une statue de bronze qui le représentait dans sa chaire un livre ouvert à la main et un autre à ses pieds5. Pomponat est tout à fait un disciple d’Alexandre d’Aphrodisée, il le cite sans cesse, il entend Aristote cominelui, non par une docilité servile, mais avec une conviction réfléchie, car il pense véritablement par lui-même, et doit être moins considéré comme un commentateur que comme un philosophe. 11 écrit en latin sans grande élégance, mais av. c une certaine force. La nature ne l’avait guère favorisé du côté du corps : il était très-petit; mais il avait un

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