‹ Histoire générale de la philosophieChapitre 97 sur 143 · L'édition préférée est celle de 1730, 7 vol. in · texte numérisé non relu

L'édition préférée est celle de 1730, 7 vol. in

2. Il a été traduit en français par Saint-Martin, V Aurore naissante, 2 vol , 1800. Nous devons aussi à Stint-Marlin la traduction des Trois principes de l'essence dirine ou de l’éternel engendrement des choses, 2 vol., 1802; les Quarante questions sur l'dme, 1807 , et la Triple rie de l’homme, 1809.

quent, réfléchit le mieux l’esprit général de cette époque. Assurément ce n’est pas le scepticisme, car il se réduit, comme vous venez de le voir, à trois hommes d’esprit. Est-ce l’école sensualiste péripatéticienne, ou l’école idéaliste platonicienne? On peut en douter : toutes deux semblent presque également fertiles en hommes distingués et en systèmes célèbres, sans qu’aucun homme et qu’aucun système s’élève beaucoup audessus de tous les autres. Le nombre et môme Fim-. portance des systèmes nous paraît plutôt du côté du mysticisme. 11 comprend toute l’école platonicienne; il en sort et il y rentre sans cesse ; assez faible d’abord, il s’accroît constamment des fautes de ses adversaires.

Il n’est pas sans intérêt de rechercher aussi quelle est la répartition de ces écoles entre les différents pays de l’Europe. En effet, s au moyen âge, il n’y a guère d’autre distinction que celle aes ordres religieux, déjà, vers le seizième siècle, les indiviaualités nationales se font jour; et il est curieux de voir comment, dans l’indépendance naissante de l'Europe, les différentes nations se sont, pour ainsi dire, partagé les divers points de vue philosophiques. Or, on trouve, 1° qu’il n’y a guère eu de scepticisme qu’en France, les trois hommes qui représentent alors le scepticisme étant deux Français et un Portugais naturalisé en France, y professant et y écrivant ; 2° que l’Italie a été la source du double dogmatisme péripatéticien et platonicien, et que c’est de l’Italie qu’il a passé dans tous les autres pays de l’Europe; 3° que le mysticisme vient aussi d'une source italienne et qu’il s’y retrempe souvent, mais qu’il s’est surtout répandu en Allemagne. La conclusion est qu'en

somme le grand rôle au seizième siècle est à l’Italie, qui, au concile de Florence, retrouve l’antiquité et la transmet à l’Europe, en gardant presque toujours la prééminence. Si l'Université de Paris est le foyer de la philosophie eu moyen âge, il faut reconnaître, comme nous l’avons déjà dit, que l'Italie est la reine de la Renaissance en philosophie comme en tout le reste.

Encore un autre rapport sous lequel il convient d’examiner ces quatre écoles. Quelles langues ont-elles parlées ? Ceci importe, car l’introduction des langues vulgaires dans la philosophie y représente plus ou moins l’indépendance et l’originalité de la pensée. Je ne vois pas qu’aucun autre péripatéticien qu’Alexandre Piccolomini ait alors écrit en langue vulgaire. Gésalpini, Telesio, Campanella lui-méme écrivent en latin. L’école platonicienne, sur la lin et même vers la moitié du seizième siècle, commence l’emploi d’une langue nationale : il y a une Dialectique 1 de Ramus en assez bon français, et Jordano Bruno a écrit en italien plusieurs de ses ouvrages. Pour le scepticisme, venu plus tard et borné à la France, il a toujours parlé, Sanchez excepté, la langue française. Si le mysticisme dans ses débuts où il tient encore à sa racine, l’école florentine, parle le langage convenu de cette école, le latin, il a fini par parler une langue vulgaire. 11 est à remarquer que Jacob Bœhme a écrit tous ses ouvrages dans la seule langue qu’il sût et qu’on sût autour de lui, l'allemand ; ce qui fait du mysticisme de Bœhme un système tout autrement naturel et sérieux que celui de Ficin et des Pic de La Mirandole.

1. Dialectique de Pierre de la Bamée, à Charles de Lorraine , cardinal, son Kicine, Paris, ia-4*, 1555.

Enfin, si on demande quelle est la part du bien et celle du mal dans la philosophie de ces deux siècles, il me semble que le bien est surtout dans l’immense carrière que l’imitation libre de l’antiquité ouvrait à l’esprit humain, et dans la fermentation féconde que tant de systèmes si nombreux et si divers devaient exciter et qu’ils ont en effet produite. Quand on lit la vie, les aventures et les entreprises de Ramus, de Jordano Bruno, de Telesio, de Campanella, on sent que Bacon et Descartes ne sont pas loin. Le mal est dans la prédominance de l’esprit d’imitation qui étouffe l’originalité, engendre la confusion, et exclut toute méthode assurée. Ajoutez que ce mal devait naturellement s'accroître par l’influence du génie italien, où l’imagination prévaut sur l’entendement et le sens commun.

En résumé, tout en rendant cet hommage à la philosophie de la Renaissance qu’elle a initié l’esprit humain à la libre spéculation, on ne peut méconnaître en elle deux vices essentiels : 1" Cette philosophie se ressent des désordres du temps : elle manque essentiellement d’unité ; la métaphysique, la morale, la politique, la physique, n’y sont pas unies entre elles par ces liens intimes qui attestent la présence d'une pensée unique et profonde. 2“ Elle manque de critique; elle ne sait pas discerner et ne recherche point, parmi les diverses parties qu'elle embrasse, celle qui doit être la base de tout l’é lifice. On y commence par tout pour aller on ne sait trop où ; il n’y a pas de point de départ généralement accepté d’où la philosophie marche régulièrement et successivement vers son but. Ou si on veut trouver un pointde départ commun à tous les systèmes d’alors, on peut dire qu’il est toujours pris en dehors de la na-

ture humaine. On commence en général par Dieu ou par la nature extérieure, et on arrive comme on peut à l’homme ; et cela sans règle bien déterminée, sans même que cette manière de procéder soit établie en principe. De là la nécessité d’une révolution dont le caractère devait être précisément le contraire de celui de la philosophie du quinzième et du seizième siècle, à savoir l’introduction d’une méthode qui mette un terme aux spéculations confuses de l’époque précédente, et substitue enlin l'empire du bon sens à celui de l’imagination. C’est cette révolution, avec les grands systèmes qu’elle a produits, que je me propose de vous faire connaître dans nos prochaines réunions.

Philosophie moderne : elle marche de plus en plus vers l'indépendance, et recherche une méthode plus sévère. — Deux Ages dans la philosophie moderne : le premier âge est celui de la philosophie du dii-septième siècle. — Ecole sensualiste du dix-septième siècle. Bacon : caractère exclusif de sa philosophie et de sa méthode, et en même temps quelques teintes mystiques. — Hobbes; ami et traducteur de Bacon; ouvertement matérialiste; renvoie à la théologie toute question sur Dieu, confond la volonté avec le désir, rejette toute liberté ; sa morale est l’intérêt, sa politique, le pouvoir absolu.

— Gassendi renouvelle la philosophie d'Épicure. Ses disciples français. — Locke. Sa méthode; faussée d'abord par la recherche prématurée de l’origine des idées. — La table rase. Seules sources de connaissance, la sensation et la réflexion, et encore la réflexion s’exerçant sur ce qu’elle a reçu de la sensation. — De lk la négation de tout principe uuiversel et nécessaire et l’altération de beaucoup d’idées essentielles, tellesque celles d’espace, de temps, d’infini, etc.

— Théorie des signes. Locke nominaliste. — Théorie des idées images. — Opinion de Locke sur Dieu. — Sur l’âme. — Sur la liberté. — Sur le bien et le mal. — Résumé.

La philosophie de la Renaissance se peut définir l’éducation delà pensée moderne par la pensée antique. Son caractère était une imitation ardente et souvent aveugle ; son résultat nécessaire a été un trouble universel qui portait dans son sein une révolution. Cette révolution est la philosophie moderne proprement dite.

Le trait le plus général qui distingue la philosophie

moderne esl le goût de plus en plus marqué de l’indépendance.

1° Elle s’affranchit de l’autorité qui domine toute la Renaissance, de ce culte de l’antiquité qui d’abord avait éveillé et animé l’esprit humain, mais le fascinait aussi et l’enchaînait. Elle rompt avec le passé, ne songe qu’à l’avenir, et se sent la force de le tirer d’elle-méme. On dirait que, de peur de se laisser charmer par Platon et par Aristote, elle en détourne les yeux comme à dessein. Bacon, Gassendi et Leibniz exceptés, tous les grands philosophes de l’ère nouvelle, Descartes, Spinoza, Malebranche, Hobbes, Locke, et leurs disciples, n’ont aucune connaissance et presque aucun respect de l’antiquité; ils ne lisent guère et n’étudient que dans la nature et dans la conscience.

2° La philosophie moderne s’affranchit encore d’une autre autorité, qui avait régné en absolue souveraine pendant tout le moyen âge, l’autorité ecclésiastique, en séparant dans l’école la philosophie et la théologie, comme dans l'État la royauté s’émancipait aussi par la séparation de la puissance temporelle etde la puissance spirituelle. Jusqu’alors la confusion de ces deux puissances avait produit tour à tour la domination et la servitude de l’une des deux et entretenu des dissensions funestes : leur séparation régulière établit leur mutuelle indépendance, et mit enfin la paix dans les consciences et dans la société. De même, en délimitant avec précision le domaine de la théologie et celui de la philosophie, en réservant à l’une l'exposition et la défense des vérités de l’ordre surnaturel, et en abandonnant à l’autre la recherche des vérités de l’ordre naturel eu physique et en métaphysique, on conquit du

même coup à la religion un respect sincère et à la philosophie une juste liberté. Suivez, en effet, le cours du dix-septième siècle : la sécularisation progressive de la philosophie y est évidente de toutes parts. Quels sont les deux grands hommes qui ont fondé la philosophie moderne? Appartiennent-ils au corps ecclésiastique, à ce corps qui au moyen âge avait fourni à la scholaslique de si grands interprètes? Non, les deux pères de la philosophie moderne sont deux laïques ; et, à quelques exceptions près, on peut dire que, depuis le dix-septième siècle jusqu’à nos jours, les philosophes les plus illustres ont cessé de sortir des ordres religieux et de l’Église. Au début du moyen âge les couvents avaient été les asiles de la philosophie. Vinrent ensuite les universités; c’était un pas considérable, car dans les universités, vers la fin du moyen âge, parmi les professeurs s’étaient déjà glissés quelques laïques. Le dixseptième siècle vit naître une institution toute nouvelle, qui est aux universités ce que celles-ci avaient été aux couvents, les académies. Elles commençèrent en Italie vers le milieu du seizième siècle, mais c’est au dix-septième qu’elles se répandirent en Europe. Il y en a trois qui jetèrent d’abord le plus grand éclat, et devinrent vite de puissants foyers de libres recherches. Ce sont : 1® la Société royale de Londres, établie sur le plan même de bacon 1 ; 2° l’Académie des sciences de Paris, création utile de Colbert en 1665, comme, en 1636, l’Académie française avait été la création brillante du génie de Richelieu ; 3° l'Académie de Berlin, fondée

1. D’abord à Oxford en 1645, puis définitivement, avec privilège, à Londres en 1663. En ont été membres Newton , Locke, etc .

en 1 "00, non-seulement sur le plan de Leibniz, mais par Leibniz lui-môme, qui en fut le premier président et rédigea le premier volume de ses mémoires.

Un autre caractère de la philosophie moderne, bien plus important encore, est l’adoption ou du moins la poursuite d’un point de départ fixe, d’une méthode. Averti par tant de faux pas, le premier soin de l'esprit humain est alors d’élever des barrières contre sa propre impétuosité. Au lieu de marcher en avant, au hasard, il revient sur lui-même, et se demande par où et comment il doit marcher. La méthode ! la méthode 1 tel est le grand objet que se proposent dès les premières années du dix-septième siècle ceux qui aspirent à le conduire : tous ces efforts se termineront à une méthode presque universellement acceptée, l’étude de la nature humaine, considérée comme le fondement de toute bonne philôsophie. Cette méthode, qui fut jadis celle de Socrate, mais depuis longtemps oubliée et ensevelie, on la retrouvera; on croira même l’inventer; on l’inventera donc, à proprement parler, et bientôt il ne lui manquera que son nom que notre siècle lui donnera, la psychologie.

En entrant dans la philosophie moderne pour en étudier avec vous les divers systèmes, après en avoir reconnu les caractères les plus généraux, la première pensée qui se présénte à mon esprit, c’est qu’en vérité • la philosophie moderne est bien jeune. Dans l’Inde, malgré l’incertitude des dates, on peut affirmer que la philosophie y a vécu de bien longs siècles. Dans la Grèce, la philosophie a duré douze cents ans, depuis Thalès et Pjthagore jusqu’à la tin de l’école d’Athènes. La scholastique a régné six siècles; la Ile-

naissance n’est que la préface de la philosophie moderne. En sorte que cette philosophie compte à peine deux siècles d'existence. Jugez du vaste avenir qui est devant elle, et que cette considération enhardisse et encourage ceux qui la trouvent encore si mal assurée dans ses procédés et' dans ses résultats. Cependant, quoique bien jeune, elle est grande déjà, et en deux siècles elle a mis au monde tant de systèmes que dans ce mouvement, qui est d’hier en quelque sorte, on peut distinguer deux âges : le premier, qui commence avec le dix-septième siècle et ne finit qu’avec lui ; le second qui embrasse les trois derniers quarts du dix-huitième siècle jusqu’au nôtre*. Ces deux âges participent de l’esprit général de la philosophie moderne; et chacun d’eux en participe plus ou moins.

Deux hommes ouvrent la philosophie au dix-septième siècle et la constituent, Bacon et Descartes. Il faut savoir reconnaître en ces deux hommes leur unité ; car ils sont les fondateurs d’une philosophie qui est une ; et en même temps il faut reconnaître leur différence, puisqu’ils ont mis la philosophie sur des routes différentes. Tous les deux ont eu, ce qui est bien rare, la conscience de ce qu’ils faisaient : ils savaient qu’une réforme était nécessaire, que déjà on l’avait tentée, qu’on y avait échoué, et c’est en pleine connaissance de cause qu’ils ont renouvelé cette difficile entreprise et l’ont exécutée. Dans tous leurs ouvrages respire le sentiment de l’esprit de leur temps, dont ils se portent les interprètes. Tous deux étaient laïques, l’un militaire,

1. Cette distinction de deux époques dans la philosophie moderne,

(i après le progrès de la méthode même, est déjà indiquée dans notre livre Du Vrai, do Beau bt du Bien, Discours d'ouverture , p. 4

l’autre homme de loi. La nature de leurs études les éloignait également de la scolastique. Ils avaient aussi passé par le monde, et y avaient contracté ce sentiment de la réalité qu’il s’agissait d’introduire dans la philosophie. Enfin tous deux étaient nourris de la bonne littérature ; ils étaient dans leur langue d'éminents écrivains, et par là capables de répandre et de populariser le goût d’une philosophie meilleure.

Voilà l’unité de Descartes et de Bacon, qui est celle de la philosophie moderne elle-même. Mais sous cette unité sont des différences manifestes Bacon s’est particulièrement occupé de sciences physiques; Descartes, quoique grand physicien, est encore plus grand géomètre. Tous deux emploient l’analyse ; mais l’un applique surtout l’analyse à l’étude des phénomènes de la nature, l’autre tout ensemble à l’étude de la nature et à celle de la pensée ; l’un se fie davantage au témoignage des sens, l’autre à celui de la raison. De là inévitablement deux tendances opposées, et sur un même fond deux écoles distinctes, l’une sensualiste, l’autre idéaliste. Occupons-nous aujourd’hui de la première. ,

François Bacon, né à Londres en 1561, mort en 1626, est encore un peu, comme ces dates le disent, un homme du seizième siècle. Il a l’énergie novatrice de ce siècle, tempérée par la maturité et la virile sagesse du dix-septième. Mais toute l’audace de Bacon s’est exercée et épuisée dans les régions de la science ; car dans la vie, il est pénible de le dire, c’est en rampant et par de tristes menées qu’il est arrivé aux dignités qu’il a entassées sur sa tête, et qu’il est devenu successivement procureur général, chancelier, lord Verulam, baron de

Saint-Alban. Deux taches déplorables ternissent sa mémoire. Il devait sa première fortune au comte d'Essex, le brillant et téméraire favori d’Élisabeth; et quand celle-ci fit monter son ancien favori sur l’échafaud, elle chargea Bacon de justifier la truelle sentence, et Bacon accepta cette commission. Puis, sous Jacques I", après avoir réussi à gagner les bonnes grâces du roi et du nouveau favori, le duc dé Buckingham, et lorsque sa servile capacité l’eut élevé aux plus h mtes charges de l’État, il fit un tel usage de ses grandeurs, le goût du faste, le besoin d’argent pour suffire à ses dépenses, et son aveugle faiblesse pourdes domestiques corrompus, l’entraînèrent si loin que le parlement indigné lui intenta un procès, l’accusa et le déclara coupable de vénalité et de concussion. Le malheureux ne se défendit même pas, il avoua tout, se soumit à tout, s'excusant auprès de la postérité par ces tristes paroles : « Qu’il n’était pas né pour les affaires, et qu’il y avait été jeté par la fatalité*. » Mais cette prétendue fatalité n’était que l’instinct de la cupidité et de l’ambition. C’est alors qu'il se réfugia dans la philosophie, et consacra les dernières années de sa vie à former un corps des divers écrits qu’il avait fait paraître auparavant.

Bacon est un génie essentiellement anglais, un digne compatriote et conte nporain de Shakespeare : il en a la grande imagination, et ce style étincelant d'esprit et de verve, avec un goût équivoque qui se ressent du temps

de la reine Élisabeth. Il connaissait très-bien l’Italie, où

1. De Dignitate el augmentis scientiarum, lib. VIII, cap. m, dans les premières lignes : • A<1 litteras polius quam ad qui'iquam natus, et ad res gerendas nescio quo lato contra genium suum abreptus. *

il avait voyagé dans sa jeunesse; il avait même brigué l’honneur de faire partie de la fameuse Académie romaine des Lincei, dévouée à l’étude de la nature et ennemie déclarée de la scolastique '. Il est tout imbu des écrits de Telesio. Voilà ce qu’on oublie trop en Angleterre, et ce qu’il ne faut pas perdre de vue pour bien apprécier Bacon’. Sans vouloir le rabaisser, il est juste de reconnaître que la première impulsion lui vint du dehors, et qu’il a transporté dans son pays l’esprit qui régnait à Padoue, chez les Lincei de Rome, dans l’Académie Cosentine, et dans celle del Cimento de Florence. Mais ce qui n’était qu’une vague aspiration en Italie est devenu au delà de la Manche, entre les mains de Bacon et grâce au génie national, une direction précise, forte et régulièie.

Bacon conçut de bonne heure sa grande entreprise, dont l’idée était pour ainsi dire dans l’air à la fin du seizième siècle. Elle comprend deux parties : l’une où il glorifie la dignité, l’utilité, les progrès toujours croissants des sciences ; l’autre où il expose la nouvelle méthode qui devait enfanter des progrès nouveaux II publia en 1605 la première partie en anglais : O/' the proficience and advancement of learning, écrit qui plus tard, fort augmenté et traduit en latin par Bacon luimême, avec le secours de plumes habiles, revit le jour en 1623 sous ce titre qu’il a toujours gardé : de Dignilale et augmentis scientiarum 1 . La seconde paitie parut

t. Ce fait curieux et significatif est bien attesté. Voyez Odescalchi, Jfrrn. irt. erit., Rome, 1806, et le Giomale arcadico, t. XIX, juillet,

2. Voyez Fragments dp. philosophie moderne, 1” Partie, Atantp ropos, p. 3 et 4.

3. Maugars, le musicien du cardinal de Richelieu, en adonné un

en latin en 1620, appelée Novum organum, par opposition à Yorganum d'Aristote et de la scolastique, avec cette épigraphe célèbre : Multi pertransibunt et augebilur scientia. Ce Novum organum, ce nouvel instrument, est l’expérience vivifiée et agrandie par l’induction1.

Ces deux ouvrages, que beaucoup de petits écrits préparent, soutiennent, développent, représentent aux yeux de la postérité la grande entreprise de Bacon, Instauratio magna , et placent son nom parmi les noms immortels *.

Si maintenant vous me demandez à quel système aboutit tout cet appareil, je répondrai : à aucun. Bacon est mécontent de ce qu’on a fait avant lui, et il montre ce qu’il faudrait faire ; il se complaît dans la critique, il y excelle ; mais il hésite, il chancelle, dès qu’il s’agit de mettre lui-même la main à l’œuvre. Il abonde en

traduction française dès 1624: le Progrès et avancement aux sciences; ce titre montre assez que la traduction a été faite sur l’original anglais de 1605, et Maugars ne dit pas un mot du de Dignitale et augmenta zcirnliarum, qui paraissait à peine et qu’il ne semble pas avoir connu. D’Effiat, ambassadeur en Angleterre en 1625, pour le mariage de madame Henriette, smur de Louis XIII, avec le prince de Galles, depuis Charles 1", engagea dès lors Golefer, historiographe du roi, 4 traduire le de Augmentis. Cette traduction parut en 1633, et il y en a une seconde édition de 1637 : Neuf livres de la dignité et de l'accroissement des sciences . in-4".

1. Le Novum organum n’a été traduit en français que fort tard par Lasalle, dans sa traduction complète de Bacon , 1b vol,, an vm-xi.

2. L’édition la plus estimée des Œuvres de Bacon est celle de Londres, en cinq vol. in-4*, 1765. Les éditions plus récentes n’en sont guère que des reproductions. Il faut pourtant distinguer celle de Bazil Montagu, Londres, 1825, en 12 vol., qui contient quelques pièces nouvelles, et en France les OEuvres philosophiques de Bacon en trois vol. in-8*, données a Paris en 1834 par M. Bouidet. Joignez à cette édition vraiment critique l’Histoire de la rie et des ouvrages de François Bacon, etc., par M. de Vauzelles, 2 vol. in-h*, 1833, surtout Bacon, sa rie, son temps, sa philosophie et son influence jusqu’à nos jours, par M. de Bémusat, 1 vol. in-8“, 1857.

préceptes admirables, mais il n’en a fait aucune application éclatante. Au fond la philosophie est surtout pour lui la philosophie naturelle, c'est-à-dire la physique; voilà la science dont les progrès le touchaient, et à laquelle se rapportent tous ses vœux et aussi tous ses préceptes : la philosophie proprement dite, la métaphysique ne lui est qu'un accessoire, un reste du passé, une science surannée, qui n’en est pas une, et qui ne l’intéresse guère. Il y sème çà et là des aperçus souvent contraires ; tantôt il innove sans grandeur, et ses innovations ne méritent pas d’être relevées ; tantôt il suit la routine : par exemple, il ramasse dans la scolastique l’hypothèse des deux âmes, l’une sensitive, attachée au corps, et dont il recommande l’étude, l’autre raisonnable, et si l’on veut divine, mais dont la philosophie n’a point à recher her la nature çt la destinée, un tel problème ne lui appartenant pas et relevant de la seule théologie ; opinion digne des écoles italiennes où Bacon s’était formé, et qui est bien aussi la marque de l’esprit anglais et de celui de Bacon.

11 est incontestable que Bacon n’est pas du tout un métaphysicien ; il est beaucoup plutôt un moraliste, mais sans avoir pourtant ce qu’on appelle une doctrine. Les Essais sont, à nos yeux, après les deux grands fragments de Y I nslauratio magna, le chef-d’œuvre de Bacon, un chef-d’œuvre de pénétration à la lois et d’imagination, de pensées lines et profondes comme aussi de grand style Ils ont été sans doute inspités par le succès des Essais de Montaigne, mais ils portent l’empreinte d’un tout autre esprit, bien moin* gracieux, mais plus positif, sans avoir moins de relief et d’éclat. Jamais la

prose anglaise ne s’était élevée aussi haut, et depuis elle n’a pas retrouvé ce vol. LesÆMtns remontent à 1597, et ils s’accrurent d’édition en édition jusqu’en 1625'. Cependant ce n’a jamais été qu’une suite d’observations sans lien et qui sont loin de composer un système.

1. Nous n’avons jamais vu la première édition, de 1597; mais nous avons celle de 1598, joli petit volume in-18. Il content dis Essaies avec des Religious méditations et le fragment appelé : Of culot.rs of good and eril; en tout 49 feuillets. 11 y a une autre édition de 1612, belle et fort augmentée : elle ne contient que les Essaies, mais il y en a 40, et 241 pages. L’édition de 161.1 est un petit in-18, assez laid, mal imprimé, et qui ressemble à une contrefaçon ; il reproduit les 40 Essais de l'énilion do 1612 et y joint les Méditations religieuses et les Couleurs du bien et du mal. L'édition de 1624, in-12, est une pure réimpreS'ion de la précédente, l.a dernière, la bonne édition est celle de 1625, un an avant la mort de Bacon; c est un petit in-4*, très-bien imprimé, avec, ce litre : The Essaies, or Comtels eivill and moral 1 etc., fiiewly enlarged. L’ouvrage est dédié à Buck'ngham, et contient 58 Essais et 340 pages. La meilleure édition moderne est celle de B. Montagu, chez Pickering, que M. Spierra reproduite en 1841. -*• Bacon fit faire sous ses yeux une traduction latine des Essais, à laquelle il voulut qu’on donnât le titre de Sermones fidrlrs sive interiora reru m, publiée seulement en 1638, et depuis très-souvent réimprimée. Des l’année 1618, les Essais avaient été traduits en italien, et cette traduction fut publiée à Londics : Saggi morali del signore Francesco Raetmo, cavalière inglese, gran canciellero d'Inghtllerra, con un atlra suo trattalo délia Sapienxa degli antichi. L'année suivante il parut A Londres une traduction française des Essais moraux, par Arthur George, chevalier anglais, petit in-12, 1619. Le petit livre de sir Arthur ne traversa guère le détroit, et Baudouin , le traducteur universel, fit une traduction nouvelle et complète des Essais, sur 1 édition de 1625, en y joignant, comme le traducteur italien, la Sagesse des anciens, le Tableau des couleurs ou des apparences du bien et du mal, et quelques autres petits écrits de Bacon, et il publia le tout en 1626 : Les {cuivres morales et politiques de messire François Bacon, grand chancelier d'Angleterre. Depuis on a publié & part la Sagesse mystérieuse, in-12, 1641, et même format, en 1640, l'Artisan de sa fortune, les Antithèses des choses, les Sophismes et les Caractères de l’esprit. 11 y en a une autre et meilleure traduction générale de 1734, qu’on attribue à 1 abbé Goujet; on y a retranché tout ce qui pouvait choquer un catholique. Lasalle a traduit de nouveau les Essais au t. XII de sa traduction complète. Nous ne craignons pas d’assurer que ce petit ouvrage, nui a produit en Angleterie tout un genre de littérature, les Essayistes, attend encore une version française digne de l’original.

Les sciences physiques forment donc le domaine propre de Bacon. Eh bien, là même il a fait quelques expériences, plus ou moins estimables, sur la chaleur, par exemple, mais sans laisser une théorie un peu générale qui garde son nom. Contemporain de Viète etde Kepler, de Cesalpini et de Harvey, il n’a cultivé ni les mathématiques, ni l’astronomie, ni la physiologie. Il ne présente à l’impartiale postérité que sa méthode, et encore il ne l’a pas inventée ; il la doit en partie à ses devanciers d’Italie, mais il a la gloire de l’avoir magnifiquement célébrée.

Vous connaissez cette méthode, on l’a cent fois exposée, il nous suffira de vous en rappeler les traits essentiels.

L’entreprise de Bacon, comme celle de ses maîtres d’Italie, est dirigée contre Aristote. Il allaque la méthode péripatéticienne, la logique de déduction, qui s’accommodait fort bien des principes qu’on lui imposait et qui souvent étaient chimériques. Ainsi que Telesio, il appelle ses contemporains à un travail plus sérieux; il les exhorte à sortir de l’école, à philosopher en présence de la nature, et il ramène toute la philosophie à l’observation et à l’induction fondée sur l’observation. Comme il le dit, on n’apprend à commandera la nature qu’en lui obéissant*. La grandeur des résultats est en raison de la sagesse des procédés. Et observer, pour Bacon, ce n’est pas seulement profiter des bonnes fortunes que le hasard nous envoie : l’observation baconienne est plus que cela, c’est l’ex-

1. ATot'un» organum, lib. I, Aphorism. 129 : « Naturæ non imperatur nÎM parendo. ■

périmentation. Bacon veut une observation qui interroge la nature, au lieu d’en être une écolière passive ; une observation qui divise, et, pour me servir de ses expressions énergiques, qui dissèque et anatomise la nature*. L’induction est le procédé par lequel l’esprit s’élève du particulier au général, des phénomènes à leurs lois, à ces lois qui sont comme des tours auxquelles ou ne peut monter que lentement et par tous les degrés de l’expérience, mais du haut desquelles on découvre un vaste horizon.

C’est par cette méthode que Bacon espéra renouveler la philosophie. Par là, comme nous l’avons déjà dit, il entend surtout, non pas la philosophie telle qu’on l’avait jusqu’alors comprise avec ses diverses parties, mais la philosophie naturelle, la physique. Elle est de Bacon cette phrase merveilleusement d’accord avec l’opinion que nous en avons tout à l’heure rappelée sur l’àmc raisonnable : « Quand l’esprit humain s’applique à la matière et à l’œuvre de Dieu placée sous nos yeux, il en tire une science réelle comme le monde; mais quand il se tourne sur lui-même, il est comme l’araignée iilant sa toile, et n’enfante aussi que de subtiles doctrines, admirables par la délicatesse du travail, mais sans solidité et de nul usage1 2. »

1. Nov un organum, lib. I, Aphor. 124 : • Mundi dissectione atque anatomia diligentissima. •

2. • Mens humana si agat m matenam, naturam rrrum ac opéra Dei contemplando, pro modo naturæ operatur atque ab eadem determinatur; si ipsa in se vertatur, tanquam aranea teiens telam, tum demum indelerminala est, et parit cerle telas quasdam doctrine tenuitale fili operisque mirabiles, sed quoad usum frivolas et inanes. « De Augmentis tcimtiarum , livre I, § 31 de l’édition de M. Bouillet, t. 1”, p. 63. C’est en vain que le savant éditeur essaye de justifier ce passage : il trahit l’esprit antimétaphysique de Bacon.

Mais c’est assez insister sur le caractère exclusif de la méthode et de la philosophie de Bacon; il vaut mieux vous en signaler un côté bien peu connu et qui vous sera nouveau peut-être. Malgré toutes les pentes qui, comme vous le voyez, entraînent Bacon à l’empirisme et au sensualisme, son bon sens y a résisté. Je vous l’ai dit souvent, et j’aurai bien des occasions de vous le répéter, tout commence toujours bien. Le chef d’une école n’atteint pas d'abord toutes les extrémités de ses principes ; il épuise sa hardiesse dans l’invention même des piincipes, et par là il échappe en grande partie à l’extravagance des conséquences. Ainsi Bacon, sans doute, a mis au monde l’école empirique moderne ; mais vous chercheriez en vain dans Bacon les tristes théories dans lesquelles cette école est plu» tard tombée ; et la méthode expérimentale est loin d’être aussi exclusive chez le maître que chez le$ disciples. Il est curieux de rencontrer dans Bacon l’éloge de la méthode rationnelle.

« Je crois, dit-il *, avoir uni à jamais dans un hymen légitime la méthode empirique et la méthode rationnelle, dont le divorce est fatal à la science et à l’humanité. »

Voici encore quelques passages de Bacon sur le mys* ticisme, sur la divination, et même sur le magnétisme. Je ne les invente point, je ne les justifie point : je les cite.

« L’inspiration prophétique, la faculté1 divinatoire

1. • Inter empiricam et rationalem facultatem (quarum morosa et inauspicata divortia et répudia omnia in humana familia turbavere), conjugium verum et legilimum in perpeluum nos Armasse eiistimamus. > Instaur. magna, præTaL

2. u Divmatio naturalis, ex vi scilicet interna animi ortum babens...

a pour fondement la vertu cachée de l’àme, qui, lorsqu’elle est retirée et recueillie en elle-même, peut voir d’avance l’avenir dans le songe, dans l’extase, et quand elle est voisine de la mort ; ce phénomène est plus rare dans l’état de veille et dans l’état de santé.

« Il y a une action possible d’une personne sur une autre par la force de l’imagination de l’une de res deux personnes ; car, comme le corps reçoit l’action d’un autre corps, l’esprit est apte à recevoir l'action d’un autre esprit *. »

Enfin Bacon ne voulait pas même qu’on abandonnât entièrement l’alchimie; il pensait que sur ce chemin1 il n’était pas impossible de trouver des faits obscurs mais réels, dans lesquels il importe à la science de porter la lumière de l’analyse, au lieu de les abandonner à des charlatans ou à des fous qui les exagèrent et les falsifient.

Voilà des règles bien remarquables par leur indépendance, leur modération et leur étendue. Mais je n’ai pas besoin d’ajouter qu’elles disparaissent sous le grand nombre de celles qui sont empreintes d’un tout autre caractère.

hoc nititur suppositions fundamento quod anima, in se reducta atque collecta nec in corporis organa diffusa, habeat ei vi propria essentiæ suæ aliquam pramohonem rerum futurarum; ilia vero optime cernitur in somniis, eistasibus, atquo in confiniis mortis, rarius inter vigilandum aut cum corpus sanum est et validum. » De Augm., lik. IV, cap. ni.

1. « Fascinatio est vis et actus imaginationls intensivus in corpus alterius.... ut multo magis a spirilu in spiritum, quum spiritus præ rebus omnibus sit et ad agendum strenuus et ad patiendum tener et mollis. » Ibid. , IV, ni.

2. • Nos magiam naturalem illo in sensu intelligimus, ut sitscientia ormarum abdilirum quæ coguitionem ad opéra admirauda deducat, atque, quod dici solet, activa cum pasaivis conjungendo, magnalia naturæ manifestet. > Ibid., III, r.

A l’école de Bacon se rattache immédiatementHobbes, et successivement Gassendi et Locke. Gn peut dire que ces trois hommes ont transporté l’esprit de Bacon dans toutes les parties de la philosophie, et qu’ils se sont comme partagé entre eux les divers points de vue de leur commune école. Hobbes en est le moraliste et le politique, Gassendi l’érudit, Locke le métaphysicien.

Hobbes' était un ami et un disciple avoué de Bacon. Il concourut, dit on *, avec Itawley et quelques autres personnes, à traduire le bel anglais du maître dans un latin qui a aussi sa beauté sévère. Et quelle est la philosophie de ce disciple, de ce traducteur de Bacon î

La philosophie, selon Hobbes, a pour objet tout corps qui se forme et possède quelque qualité*. Si cette définition est vraie, la philosophie est condamnée à l’athéisme et au matérialisme.

Hobbes exclut en effet de la philosophie et renvoie à la théologie toute recherche de la nature et des at-

1. Né à Malmesburj en 1588, mort en 1079. Opp., 1668, Amstelod. 2 vol. in-4*. Ce ne sont là que ses œuvres latines; mais Hobbes a beaucoup écrit en anglais. Une nouvelle édition in-8*, due aux soins de sir W. Molesworth, Londres, 1839-1845, consacre cinq volumes aux œuvres latines et onze aux œuvres anglaises.

2. Vitx Hobbianx auclarium : « Illis temporibus in amicitiam receptus est Francisci Baconi, etc. , qui illius coDsuetudine magnopere delectatus est, et ab ipso in noonullis scriptis suis latine verlendis adjutus neminem cogitata sua tanta facilitais concipere atque T. Hobbium passim prædicare solitus est. ■

3. Computatio, sire logica, cap. I, § 8 : «Suhjectum philosophiæ sive materia circa quant versatur est corpus omne... quod generari vel aliquaui babere proprietatem intelligi potest. • Ce petit traité est la première partie de la première section du grand ouvrage philosophique de Hobbes intitulé Elementa PMLOsopntÆ, et qui est divisé en deux graudes sections : Sectio prima, de curpore, et Sectio secundo, de homine. La Sectio prima, lie eorpore, comprend quatre parties, dont la première est Computatio, sive logica. Les deux sections avec leurs diverses parties ont paru chacune à part.

tributs de Dieu, parce que Dieu étaut supposé éternel ne peut ni se composer ni se diviser, c’est-à-dire se former. Comme nous ne pouvons savoir quel il est, il surpasse notre portée, et il n’y a pas lieu à s’en occuper*.

« Par le mot esprii *, dit-il, nous entendons seulement un corps naturel d'une telle subtilité qu’il n’agit point sur les sens, mais remplit une place comme pourrait la remplir l’image d’un corps visible. >

Hobbes est trop matérialiste pour n’être pas un nominaliste ardent. Nul, pas même Condillac, n'a plus vanté la puissance des signes ; nul n’a plus dit que le raisonnement est un calcul ; c'est même le nom qu’il a donné à la logique : Computaiio , sive logica.

Il fait venir la volonté du désir : « * Les objets extérieurs, agissant sur nos sens, produisent des conceptions, et ces conceptions, le désir ou la crainte qui sont les mobiles cachés de nos actions; car ou les actions suivent immédiatement la première appétence ou désir, comme lorsque nous agissons subitement, ou bien à notre premier désir il succède quelque conception du mal qui peut résulter pour nous d’une telle action, ce qui est une crainte qui nous retient ou nous empêche d’agir. A cette crainte peut succéder une nouvelle appétence ou désir, et à cette appétence une nouvelle crainte qui nous ballotte alternativement ; ce qui con-

1. CompxUatio, sive logica, cap. i, $ 8 : > [tique excludit a se philo, sophia ttaeologiam, doctnnam dico de natura et attributis Dei æterm, ingenerabilis, inquo nulle compositio, nulle divisio institui, nulle generatio intelligl potest. » Voyez aussi de la Nature humaine, chap. xi, $ 2 et 3, au 1. 11 de la traduction des Œuvres philosophiques et politiques de Hobbes, Neufchâtel, 1787.

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