‹ Histoire générale de la réformationChapitre 28 sur 80 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

TÉMOINS DE LA VÉRITÉ DANS LA LONfiUE NUIT DU PAPISME.

Les actes les plus mystérieux de la Proyidence sont bien souvent ceux où elle montre enfin le plus hautement sa sagesse, sa puissance et sa bonté. Dans l'histoire du gouvernement de Dieu il n'esl pas de page plus obscure et plus embarrassante que celle qui nous montre la corruption envahissant l'Eglise dès son origine , amenant les ténèbres du moyen-âge et finissant par le triomphe d'un pouvoir anti-chrétien. Qui n'aurait cru que, après avoir introduit sa religion par tant de miracles, et après avoir promis d'être avec ses disciples jusqu'à la fin du monde, le Fondateur du christianisme ne veillerait sur les destinées de son royaume spirituel , de manière à empêcher les usurpations de la puissance du mal et

Tavilisseinent presque universel de la république chrétienne !

Une demi-connaissance des prédictions de notre Seigneur et de ses apôtres pouvait conduire à se figurer ainsi l'avenir de l'Eglise. Mais en étudiant de plus près les oracles divins , on s'assure que rien de ce qui est arrivé ne fat caché à la toute-science de Dieu, Celui qui, d'un même regard, voit la fin des choses et leur commencement, fit clairement prédire l'apparition de l'Inique ou de l'homme du péché ; de celui dont c l'arrivée est selon

> l'efficace de Satan, en toute-puissance, et signes et mi- » racles de mensonge, et en toute séduction d'injustice en » ceux qui se perdent, parce qu'ils n'ont pas reçu l'amour ^ de la vérité pour être sauvés (1). > Nous lisons même que ce mystère d'iniquité se formait déjà du temps des apôtres ; et s'il est dit que l'Inique sera détruit par l'Esprit du Seigneur à son avènement , il nous est dit aussi que son iniquité sera le fruit d'une révolte; après quoi, € l'homme du péché, le fils de la perdition s'opposera et

> s'élèvera contre tout ce qu'on appelle Dieu ou qu'on » adore, jusqu'à s'asseoir comme Dieu dans le temple de » Dieu, se donnant lui-même pour être Dieu (2).»

Que le souverain Maître de l'univers eût pu empêcher une telle déviation de la foi primitive, c'est ce que ne sauraient nier ceux qui se font des idées quelque peu relevées de la Toute-Puissance ; mais n'oublions pas que le christianisme repose sur une révélation. Dès qu'on met en oubli les vérités que cette révélation nous apporte, il y a commencement d'apostasie, et pour que l'apo-

(i)2Thess. n,9, 10.

(2) 2 Thess. II, 3-12.

i^ HlSTOinfi Î)È LA ftéPORMATION. iNTROb.

stàsie deTÎeUhé coitiplète et universelle, il suffit du sîttiple développement de la dépravation humaine secondée paf les puissances de l'enfer. D'où est-ce donc que sortirent et le mystère de l'iniquité , et l'homme du péché, el les miracles menteurs d'Uti clergé apostat? De cette seule source : le défaut d'amour pour les vérités du salUt.

Dieu n'a promis mille part d'empêcher par sa toutepuissance la diffusion de l'erreur ; tnais il a protnis que sa Parole subsisterait à toujours, qu'aucune arme forgée contre Sion n'aurait finalement la victoire, et que les systèmes d'erreur et de mensonge leis mieux conçus s'évanouiraient devant la lumière de la vérité et l'énergie de l'Esprit vivifiant. C'est-à-dire que le retour à la révélation est le seul moyen établi de Dieu pour réparer les maux de son Eglise.

Si formidable que soit la puissance des ténèbres, quand une fois elle a pris possession des peuples, la lumière de l'Evangile ne saurait tomber sttr ce fonds d'inventions humaines sans les disperser et les fondre en quelque sorte. C'est par l'oubli des vérités divines que l'homme du péché a fait son apparition ; mais si l'éclat de ces vérités vient à percer les ténèbres, on voit céder devant l'arche du Dieu vivant, comme le Dagon des Philistins, le pouvoir du prêtre et ses fausses doctrines , avec ses pratiques superstitieuses et, en même temps, la tyrannie qu'il avait usurpée sur les corps et sur les âmes.

Loin que la grande apostasie papale infirme en rien la certitude des Ecritures , elle est une éclatante confirmation de leur divinité(l). Si <r la révolte > ne fût pas âtri-

(i) Voyez le développement de cette idée dans l'écrit remarquable publié par M. le professeur Gaussen, sous le titre de : Le souverain pon--

GHAP. tl. TÉMOINS DB LA VÉRITÉ. H

vée, les saints oracles n'eussent pas été accomplis. Mais les mêmes oracles qui prédisent Tapostasie et qui en font relaaonter l'origine au temps des apôtres, dirigent nos espérances vers une époque où la c grande Babylone sera dévastée , parce qu'il est fort le Seigneur Dieu qui la juge (1). »

L'objet principal de l'histoire dont nous essayons un résumé, est de mettre en scène les hommes dont la Providence s'est servie pour infliger à la papauté la plaie mortelle qu'elle traîne avec elle depuis trois siècles; mais nous devons auparavant produire les témoins delà vérité que le Seigneur ihaintint en son Eglise dans les tetnps même les plus fâcheux.

Au premier rang paraissent les Vaudois du Piémont, peuple étonnant qui , selon toute apparence , descend en ligne directe des églises italiennes primitives. On pense » non sans de bonnes raisons , qu'ils s'enfuirent dans les vallées inaccessibles des Alpes, à l'époque des premières persécutions païennes, c Leur religion,» dit Arnold * c est aussi ancienne que leur nom est respectable ; ce qu'attestent les adversaires eux-mêmes. L'inquisiteur Reinerius, dans un rapport au pape, reconnaît en termes exprès qu'ils existaient de temps immémorial* tl ne serait pas difficile, en effet, de prouver que cette pauvre bande de fidèles habitait les vallées du Piémont plus de quatre siècles avant que parussent Luther et Calvin, ces personnages extraordinaires, et les autres flambeaux de la Réformation. Aussi leur église n'a-t-elle

tife et r Eglise de Rome, sotUiens de la vérité, par V accompUuemenl des Ecritures^ etc. (Traducteur.)

(1) Apoc. XVIU.

jamais été réformée, d'où vient le titre qu'elle porte d'église évangélique.

c Les Vaudois descendent, par le fait, des réfugiés italiens qui, après les prédications de saint Paul, durent abaiidonner leur superbe pays pour fuir, comme la femme de l'Apocalypse, dans ces montagnes sauvages oii, de père en fils, ils ont conservé l'Evangile pur et simple que Paul enseignait, i»

Les catholiques romains ont demandé qu'on leur prouvât, par des documents incontestables, la haute antiquité êê cette race remarquable de chrétiens ; mais il y a làdessus deux choses à leur répondre. La première, c'est que, aussi longtemps que les églises d'Italie persévérè-

• rent dans la foi primitive, il serait déraisonnable d'attendre une histoire spéciale des chrétiens des vallées, en tant que société distincte , par la raison qu'ils appartenaient alors à la grande société chrétienne qui n'avait point encore apostasie. Puis, lorsque Rome se mit à persécuter les Vaudois , elle détruisit les documents historiques qu'avec une inconséquence sans égale elle réclame maintenant. Vers l'an 1559, l'église romaine, jalouse d'extirper les chrétiens des vallées , les massacra sans pitié; et pour effacer de la terre jusqu'à leur souvenir , elle livra aux flammes la plupart de leurs registres publics. Cependant, par une admirable direction de la Providence, il nous reste encore assez de preuves de l'antiquité des églises vaudoises et de leur hardie résistance à l'homme du péché. Rome voudrait pouvoir établir que les Vaudois tirent leur origine de Pierre Waldo, chrétien lyonnais du XIP siècle ; mais on peut aisément rendre palpable Terreur qu'ils commettent. Dans une publication vaudoise intitulée la Noble /cçow, et portant la date de 1100, on lit

le passage suivant, qui est remarquable à plus d'uu titre : « Or, après les apôtres, il y eut des docteurs qui enseignaient la voie de Jésus*Christ notre Sauveur, Et il y en a encore de nos jours. Si quelqu'un aime ce qui est bon, il doit aimer Dieu et Jésus-Christ; et cet homme-là ne pourra ni maudire, ni jurer, ni mentir. Mais ce même homme, on l'appelle un waldensien^ et on l'estime digne de châtiment. J'ose le dire, parce que cela est vrai : depuis Sylvestre jusqu'à ce jour, nul pape, ni aucun cardinal, évêque, abbé ou prêtre, n'ont le pouvoir d'absoudre ou de pardonner. * On voit par ce fragment, qu'avant le temps deWaldo, les Vaudois portaient déjà le nom qui les a fait croire ses disciples. A la fin du XP siècle, ils se donnaient comme « anciens et apostoliques , * par opposition aux nouveautés romaines. Un écrivain polémique de ce temps, Jean Saran, chanoine de Cracovie , dit que «les Vaudois ne voulaient pas d'autre nom que celui d'apostoliques, s'estimant les vrais successeurs des apôtres et de l'Eglise primitive, j» En 1550, les Vaudois de la Provence, de concert avec quelques-uns de leurs frères des vallées, s'adressaient en ces termes à OEcolampade et aux autres réformateurs :

c Pour que vous sachiez ce qui nous concerne, nous sommes les conducteurs spirituels d'un peuple pauvre et peu nombreux qui, depuis plus de quatre cents ans, et même, selon nos traditions , depuis le temps des apôtres, habite en des lieux semés de cruelles épines, mais non sans avoir part à la faveur de Jésus-Christ , comme tous les gens pieux pourront vous l'attester. Car si nous avons été bien piqués et tourmentés par ces épines, les promesses du Seigneur ne nous ont pas fait défaut. *

Dans la «préface de sa traduction française de la Bible,

26 HISTOIRB DE LA RÉPORMATION. INTAOD.

datée des Alpes» 12 février 1555, Robert Olivetan, un des pasteurs des vallées, dédie son travail à Dieu d'abord, puis à TEglise pauvre et méconnue» et non pointa l'Eglise riche et magnifique* < C'est à toi seule, dit^l, que j'offre ce précieux trésor, au nom d'un pauvre peuple d^amis et de frères en Jésus^hrist, qui, depuis qu'ils en furent enrichis par lei apôtres et les ambassadeurs de Christ, n'ont pas cessé de le posséder et d'en Mte toute leur joie. »

L'an 1544, soumettant à François P' leur confession

de foi» les Vaudois protestèrent que c leur croyance était

* telle qu'ils l'avaient reçue de leurs ancêtres, suivant ce

que leurs prédécesseurs leur avaient enseigné de siècle

en siècle. »

Toutes ces déclarations furent faites par les Vaudois, lorsqu'ils possédaient encore les monuments de leur histoire ecclésiastique. Dès lors ils n'ont rien rabattu de leurs prétentions, et jamais on n'a pu leur prouver qu'elles fussent mal fondées. En 1559, ils écrivaient au duc Emmanuel Philibert : t Qu'il plaise à Votre Altesse de savoir que la religion dans laquelle nous vivons, n'est pas notre religion à nous seuls, et qu'elle n'a pas été inventée depuis peu, comme on le dit mal à propos ; mais c'est la religion de nos pères et de nos grand'pèrés , et de nos arrière-grand'pères, et encore plus loin. C'est la religion des saints et des martyrs, celle des confesseurs et des apôtres. »

Dans une de leurs remontrances, adressée à leurs persécuteurs, sous date du 19 novembre 1599, ilss'ex* priment en ces termes : « Ce n'est pas de cinquante ans seulement que nous connaissons la vérité ; et vous ne sauriez ignorer que nous l'avons apprise il y a plus de

cinq ou Bix cents ans. » Sur quoi ils affirment, c comme une chose incontestable, que leurs doctrines se prêchent dans les yallées depuis 999. »

Lorsque, en 1655, on massacrait horriblement les paurres Vaudois , sous les auspices de cette Rome qui s'est A enivrée du sang des sainls(i), » les églises du Piémont rédigèrent une confession de foi, où elles déclarent t adhérer à la saine doctrine , telle que la professaient alors les églises réformées de la France , de la Grande- Bretagne, des Pays-Bas, de TAllemague, de la Suisse, de la Bohème , de la Pologne et de la Hongrie , prêtes, disaient-elles , à signer de leur sang Tétemelle vérité de Dieu, comme Favaient fait leurs ancêtres dès le siècle des apôtres, et surtout dans ces derniers temps. »

On voit, paf ce qui précède, que les écrivains protestants ont été parfaitement autorisés h parler des Vâudois comme ils l'ont fait, c Ce sont des gens, dit Théodore de Bèze, qui conservèrent toujours la vraie religion, tn repoussant toutes les tentatives qui furent foites pour la cofromprte. Leur nom vient de ce qu'ils habitent les étroites vallées des Alpes ; et l'on peut affirmer que ce sont les restes de l'Eglise chrétienne des premiers temps. Par une admirable protection de la Providence, ils ont si bien échappé aux tempêtes, que, durant le cours de plusieurs siècles, ils ont donné le branle au monde. En dépit des intrigues détestables par lesquelles la cour de Rome tâcha de les asservir, comme elle l'avait fait pour toutes les églises d'Occident, et malgré les horribles persécutions qu'elle leur suscita, jamais on ne pût les plier à l'idolâtrie et à la tyrannie de l'Antéchrist. C'est ainsi

(1) Apoc.XVlî, 6.

que, nonobstant le prince des ténèbres , leurs églises se distinguent encore aujourd'hui par Texcellence de la doctrine et par l'exemple qu'elles donnent d'une vie innocente. > A son tour, le célèbre historien Sleidan parle des Vaudois en ces ternoies : « Fidèles à leurs anciennes coutumes, ces gens ne reconnaissent en aucune façon le Pontife romain, et ils ont toujours professé une doctrine plus pure. » Dans l'histoire des églises réformées de France, intitulée les trois Marteaux^ il est dit que c les Vaudois se sont, de temps immémorial, opposés aux abus de l'église romaine, et qu'en dépit du monde entier le Seigneur les a si bien protégés , qu'on les voit encore dans leurs vallées du Piémont.» Plus qu'une citation. Elle est de Pierre Boy er. «Une parait pas, dit-il, que, depuis leur première entrée dans l'Eglise, les Vaudois aient jamais accepté l'idolâtrie ; tandis que Satan semait partout l'hérésie , celle entre autres des Ariens, on ne voit pas que les vallées du Piémont en aient été infestées. Et lorsque le monde entier se précipitait sur les pas de la bête de l'Apocalypse, ces églises ne suivaient que Jésus- Christ, et demeuraient inviolablement attachées à sa doctrine. OEuvre admirable de Dieu , par laquelle il a conservé dans sa pureté la religion de ces vallées , depuis le temps des apôtres jusqu'à nos jours ! >

Quelques écrivains catholiques , et des plus notables , ont dû reconnaître aussi la haute antiquité des chrétiens des vallées. Ce Reinerius, qui devint inquisiteur après avoir été dix-sept ans membre de l'église vaudoise, s'exprime ainsi quelque part : «Quant aux sectes des anciens hérétiques, dont le nombre s'élève au-dessus de soixante-dix , remarquez que, par la grâce de Dieu, elles ont toutes été détruites, à l'exception des Mani-

chéens, des Ariens, des Rancariens et des Léonistes qui ont infesté rAIlemagne. Mais des hérésies qui existent, ou qui ont existé , il n'en est pas de pire que celle des Léonistes, et cela par trois raisons. La première, c'est qu'elle est la plus ancienne de toutes. Car on dit qu'elle date du pape Sylvestre , si ce n'est même du temps des apôtres. La seconde, c'est qu'elle est la plus répandue, puisqu'il n'est presque pas de pays où elle ne se trouve. La troisième, c'est qu'au rebours des autres sectes qui révoltent les fidèles par leurs outrages et leurs blasphèmes contre Dieu , celle-ci , je veux dire celle des Léonistes, revêt une grande apparence de piété. Ses adhérents observent les règles de la justice, et ils croient, outre les articles contenus dans le Credo , tout ce qu'il faut croire de Dieu. Seulement, ils insultent l'église de Rome et son clergé, point sur lequel la multitude n'est que trop portée à leur donner raison (1). »

Il faut lire après cela, dans l'intéressant ouvrage de Faber sur les anciens Vaudois et Albigeois , ce qui démontre que les chrétiens des vallées sont les Léonistes dont parle Reinerius. Un écrivain du même temps que lui, Pilichdorf(2), désigne nettement les Vaudois comme ceux qui faisaient remonter leur origine à l'époque du pape Sylvestre. Puis Claude de Seyssel , archevêque de Turin vers la fin du XV® siècle , observe que les Vaudois du Piémont se rattachaient à un nommé Léon, qui, sous le règne de Constantin, avait pris en horreur l'avarice du pape Sylvestre et s'était séparé de sa communion , en-

(1) Reinerius, de hcarel, c. IV.

(2) PiLiGHDORF, Conlra faldenses^ c. I.

traînant avec lui tous ceux qui tenaient au pur chpistia* nisme.

On peut voir aussi dans Faber comment il est probable que ce Léon ne fut autre que le célèbre Vigîlan* tius (1). Saint Jérôme le fait naître à Lyon-de-Cominges (maintenant St*-Bertrand, dans la Haute-Garonne) (2) ; et Ton comprendrait d'après cela que ses hôtes des vallées l'eussent appelé Vigilantius Léon, ou le Léoniste. Il protestait contre plusieurs erreurs qui s'étaient déjà glissées dans l'Eglise ; telles que le célibat des prêtres, le respect superstitieux pour les martyrs et pour leurs reliques ; la foi en leur intercession, les faux miracles et les pèlerinages. Saint Jérôme nous apprend d'ailleurs que son antagoniste s'était retiré dans le pays qu'enferment, d^un côté les eaux de l'Adriatique et de l'autre les Alpes du roi Cottius, portion de l'ancienne Gaule Cisalpine. Or, c'est précisément à l'est des Alpes Cottiennes que sq trouve la contrée occupée par lesVaudois. Tout ceci nous porte au commencement du V® siècle de l'ère chrétienne (5).

En voilà bien assez, je pense, pour prouver l'antiquité primitive des chrétiens des vallées . Ces vénérables témoins delà vérité ne trempèrent jamais dans l'iniquité romaine, et sur tous les points essentiels , ils demeurèrent fidèles à la foi apostolique. Violemment persécutés par le$ papes, ils ne se laissèrent jamais subjuguer, ni détourner de la sainte voie où Dieu les avait placés.

Selon toute apparence, ce peuple illustre que nous

(1) An inquiry into the Hist. and Théol, of ihe ancieni VtUdenseê and AWigenses, etc,^ \ol. m, ch. I et IL

(2) HiERON. Adv. Vigilant^ c. II. Oper. vol. |1.

(3) L'auteur donne assez au long la dissertation de Faber; mais qous avons cru devoir nous borner aux faits essentiels. ( Traducteur. )

CHâP. II. TÉMOINS DE LA VËHITÉ. 31

voyons comme un flambeau dans la nuit du moyen«-&ge, fut un rameau détaché des églises italiennes par les persécutions des empereurs païens. Faibles et sans protec* tion, ces chrétiens primitifs se réfugièrent dans les Alpes Cottiennes ; et lorsque» plus tard, Téglise romaine abandonna la foi pure de TEvangile , ils retinrent fermement la vérité , jusqu'à l'époque glorieuse de la Réformation.

Cependant leur nombre s'était augmenté par diverses causes età diverses époques» depuis Constantin et le pape Sylvestre , jusqu'au temps de Claude de Turin et à celui de Pierre Waldo. Malgré la persécution qui le^ atteignit dans les pays où leur doctrine se répandit, comme dans leurs anciennes demeures, on ne put leur arracher leur très sainte foi; et, soit en Allemagne, soit en France, en Angleterre, en Espagne , en Italie ou en Bohème , ils je-^ tèrent des semences qui , avec le concours de circou'» stances favorables , préparèrent la moisson évangélique du XVP siècle.

C'est un magnifique spectacle moral que nous présente le peuple vaudois, se suffisant à luinnéme et triomphant de tout au moyen de la Bible , seul boulevard de ses églises. Je m'étonne , s'il faut le dire , qu'il y ait des protestants qui , au lieu de se rattacher à la primitive Eglise par ce peuple fidèle, préfèrent traverser le fleuve des temps en s'embourbant dans la fange de l'apostasie romaine. Cette manière de faire a d'ailleurs l'inconvénient d'accréditer la fiction papistique de la suprématie de saint Pierre. Si Rome est l'homme du péché , le fils de perdition , la béte de r Apocalypse, la mère des prostitutions et des abomi* nations de la terre, comme elle l'est efl'ectivement, estce qu*une église ne pourra prétendre aii titre d'apostolique, qu'à la condition de nouer sa hiérarchie avec celle

d'une communion que Dieu a re jetée , et dont la ruine totale est prédite par la voix des saints hommes que l'Esprit a fait parler ?

Après les Vaudois , nous pouvons produire comme de nouveaux témoins de la vérité durant le moyen-âge, l'église calomniée des Albigeois. Vers le milieu du VIP siècle un nommé Constantin, natif d'Arménie, reçut d'un diacre qui revenait de captivité, les quatre évangiles et les quatorze épîtres de saint Paul. L'impression que la lecture de ces livres produisit sur l'âme de Constantin fut telle, qu'il résolut d'en répandre, partons les moyens possibleS;^ les célestes doctrines.il forma donc une église sur leStbases du Nouveau-Testament, et les multitudes qui se joignirent à lui embrassèrent les doctrines antipapales du grand Apôtre des Gentils. De là vint qu'ils reçurent ou se donnèrent le nom de Pauliciens. Leur position était à tous égards semblable à celle des Réformateurs. Guidés par la lumière des saints écrits qu'ils possédaient , ils se mirent , comme on le pense bien , à protester contre le culte de la Vierge et des saints, contre celui de la croix et contre la présence réelle dans l'eucharistie, superstitions qui prenaient alors de la consistance.

Les romanistes , Bossuet à leur tète , ont accusé Constantin et ses adhérents d'avoir professé les doctrines abominables des Manichéens , bien que les Pauliciens aient eux-mêmes attaqué plus d'une fois les principaux dogmes de ces hérétiques. Cette accusation, il faut qu'on le sache, repose tout entière sur le témoignage de Pierre de Sicile qui, en 870, avait passé neuf mois parmi les disciples de Constantin. On jugera du fond qu'on peut faire sur le jugement de cet avocat de la papauté, par quel-

ques traits que dous détachons de ses diatribes. A Yen croire 9 c Constantin aurait pris dans les écrits de Paul la doctrine manichéenne. » «: Il menait une vie parfaitement exemplaire, et toutefois il enseignait, comme conformes aux Ecritures, les abominations des Gnostiques basilides » • Pierre de Sicile fait ensuite aux pauliciens un grief sérieux de ce qu'ils « prétendaient que les Prêtres et le peuple sont tenus de Hre assidûment l'Evangile; que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et qu'ils viennent à la connaissance de la vérité ; et enfin que les prêtres de leur temps falsifiaient la sainte Parole de Dieu, triant , cachant et omettant de cette Parole ce que bon leur semblait I». Il termine cette exposition mensongère, en accusant d'hypocrisie leui;.piété et en les appelant des c loups revêtus de l'apparence des brebis. j> Quelle honte pour l'évêque de Meaux que d'avoir si imprudemment donné cours aux calomnies absurdes d'un tel homme ! Du reste , selon sa coutume, Rome excita contre les Pauliciens inoffensifs une persécution sanglante. Constantin fut lapidé par ordre de l'empereur, et de la main d'un faux frère. Mais l'officier même qui présidait au supplice, un nommé Siméon , se convertit à la foi de la secte persécutée, et prêcha dès lors ses doctrines avec un zèle exemplaire. Cependant ces pauvres gens se virent poursuivis avec une telle fureur par la secte dominante, que, dans un seul jour, il y en eut plusieurs centaines qui périrent sur le bûcher. Mais malgré la fureur des proscriptions, les Pauliciens firent un grand nombre de disciples. Au bout d'un certain temps , ils eurent en leur possession tout le Nouveau-Testament, à l'exception des épîtres de saint Pierre et de l'Apocalypse. C'est encore une des

accusations qu'intente contre eux leur véridique histo-

«)4 HISTOIRE DE LA RÉFORMATfON. IMTROD.

rien. 11 né sait voir d'autre caude de cétle lacune , sinon la baine qu'ils portaient à la chaire du prétendu prince des apôtres.

De rOrient les Pauliciens émîgrèrent plus tard du côté de rOuest, cherchant, comme ils pouvaient, un asile contre l'oppression. Ils passèrent d'abord de l'Asie dans là Thrace, et plus lard en Bulgarie. Quelques-uns d'entre eux, poussant plus à l'Occident, s'établirent en Allemagne, en Italie et en France. On leur donnait des sobriquets injurieux, qui varièrent suivant les pays. Mais, en général, on les désigna sous le nom de Cathares ou de Puritains; jusqu'à ce que, à raison des progrès considérables qu'ils firent dans les environs d'Albi, on leur donna celui d'Albigeois , nom qui leur est resté. Ils abondèrent donc en Gascogne, en Languedoc, en Provence et dans l'Aquitaine , où des multitudes de Romanistes , dès longtemps dégoûtés du saint-siége , se rangèrent sous leurs étendards. Ce fut ainsi que leur opposition aux décrets hérétiques du second concile de Nicée (1) prit une certaine consistance.

Pendant quelque temps les satellites de Rome n'eurent pas Tair de les apercevoir ; jusqu'à ce que, vers le XP et le XIP siècle, ils acquirent un tel accroissement, que les papes, les conciles, les évêques et les rois s'en émurent. Mais les mesures mêmes qu'on prit contre eux firent ressortir d'autant leur antiquité , leur nombre et le caractère apostolique des doctrines qu'ils soutenaient et propageaient.

(1) C'est dans ce concile, tenu en 786, que Ton décréta foraiellemeot le culte des images et de la croix, et qu'on menaça de cbiUiments ceux qui prétendaient qu'on ne doit adorer que Dieu« (Trad.)

CHAI", n. t^MOI'NS ^E tA YÉilTfi, 311

En iSfô4, les ennemis des Albigeois estimaient à 4^00Q le nombre des membres de leurs églises, tout en reoon«« naissant que celui de leurs adhérents était incalculable* Bossuet n'a pas manqué de les poursuivre de ses calons nies dans l'Occident , après avoir insul té à leur origine dans les pays orientaux; et c'est un des plus tristes exemples de ce que peut l'esprit du papisme. Il est douloureux» en effets de voir un génie de cette trempe twturer, comme il l'ose, les faits les plus notoires» pour justifier la détestable tyrannie de la cour de Rome.

Malgré tout ce qu'on a pu dire, il demeure vrai que les Albigeois ont été fort mal à propos accusés de Mani*^ chéisme. Les accusations mêmes de leurs ennemis prout vent que ces pauvres gens, si opprimés, étaient des chrétiens bibliques , qui sacrifièrent à leur foi ce qu'ila avaient de plus cher, et qui protestèrent en même temp$ contre le Manichéisme et contre l'apostasie roniaine. C'est ce dernier point qui fut leur principal crime au:i^ yeux de leurs oppresseurs.

En 1165, un nombreux détachement d'Albigeois, par^ tis du midi de la France, se réfugièrent dans les vallées du Piémont , où ils s'unirent avec les Vaudois et pour la doctrine et pour le culte ; preuve manifeste que ce n'é^ taient pas des Manichéens.

Mais les Vaudois et les Albigeois ne sont pas les seuls champions de la vérité que Dieu ait opposés à Rome, depuis les premiers temps jusqu'à ceux de la Réformation. Entre le IIP et le X® siècle, la France vit bon nombre de ses églises et de ses synodes protester contre une corruption qui, avant même la fin du VP siècle, était devenue épouvantable. A peu près dans ce temps-Jà, neuf évêques, appartenant à la Lombardie et aux Grisons,

rompirent leur communion avec le pape Grégoire, le proclamant hérétique» par la raison qu'il favorisait le culte des images , Tadoration des saints , la doctrine du purgatoire , le salut par les œuvres , Tefficace des reliques pour guérir les maux du corps et ceux de Tâme. Cette dissidence se prolongea durant près d'un siècle. Ils rejetaient l'inraillibililé du pape, et ils n'admettaient pas qu'en refusant d'adhérer à Rome ils se séparassent de l'Eglise de Jésus-Christ, ni qu'ils fussent privés par là du droit de se donner des successeurs.

Le D' Mosheim, au septième livre de son histoire, fait (Aserver que c les églises des Gaules et de l'Espagne recevaient l'autorité de l'évêque de Rome, dans les limites strictes de ce qu'ils jugeaient conciliable avec leur propre dignité et avec leurs intérêts. En Italie même, on niait positivement son pouvoir suprême. L'évêque de Ravenne , et d'autres avec lui , refusèrent l'obéissance implicite qu'il réclamait. Il y eut en outre une multitude d'individus qui exprimèrent publiquement l'horreur que leur inspiraient les vices des pontifes romains, et notamment la soif de domination qui les dévorait. »

Ce fut aussi dans ces siècles reculés qu'Alcuin, Paulin et Paul de Lombardie élevèrent la voix contre le culte des images, contre l'invocation des saints, contre la vertu des reliques, et contre la doctrine encore mal affermie de la présence réelle. Paulin surtout, évéque d'Aquilée, parait avoir défendu vigoureusement la vérité, que dénaturaient les doctrines et les usages de l'église romaine. Il mourut en 804, après avoir rendu de bons services à ses contemporains et à la postérité.

Un homme qui mérite une mention particulière, c'est l'évêque Claude , de Turin. Personne, en son temps, ne

mit plus d'énergie à rabaisser l'orgueil de Rome et à dévoiler les erreurs de doctrine et de pratique où elle était tombée. Il s'opposa sans relâche à ce qu'on se servit d'i'* mages dans le culte divin. A peine revêtu de la dignité épiscopale, par Louis-le-Débonnaire » en 825, il ordonna d'enlever des temples toutes les images, la croix ellemême, et de les jeter au feu. L'année suivante, un traité publié par lui expliquait et justifiait sa conduite. Il y avance des opinions bien peu en rapport avec les gi'ossières superstitions de son siècle. Condamnant à la fois l'usage et le culte des images, il fait sentir que tout^honneur rendu à la croix est un renversement de la vraie doctrine de la croix; il tourne en ridicule, et sans trop mesurer ses expressions, la folie et l'imposture des relir ques papistiques; il censure enfin, avec sévérité, les pèlerinages en Terre-Sainte , et les visites aux tombes des saints, pratiques dont se composait la meilleure part de la religion du peuple. D'une main hardie, il dépouille de leurs prestiges cette masse confuse de superstitions et démon<tre non-seulement le néant des mérites qu'on y attribue, mais encore la profanation des choses saintes dont on s'y rend coupable, et tout le mal qu'elles font aux âmes.

Un pareil champion de la vérité ne pouvait échapper à l'animadversion d'une église au milieu de laquelle tout dégénérait de plus en plus en idolâtrie et en superstition. On écrivit plusieurs ouvrages en réponse au dangereux traité de l'évêque de Turin ; mais il sut défendre avec tant de fermeté la cause de l'Evangile, que l'opinion lui décerna la palme de la victoire. Il résulta de là que, longtemps encore après sa mort, nulle contrée ne fut, plus que son diocèse, purgée des superstitions romaines ; à l'exception pourtant des vallées du Piémont, ses proches voisines.

38 HlSTOlA!£ DE LA KÉFORMATIOM. INTROD.

Il ei^t bien peu hoiK)rable pour Sôds«iet et pour d'jautres écrivains catholiques , d'avoir cherché, sans motiib légitimes, à neutraliser Timportance du témoignage de Claude , en raccusant d'Arianisme et de Nestorianii^ine. Rien n'autorise de tels soupçons, ni la coUectiofi de ses œuvi*es imprimées, ni ses nombreux manuscrits. Le fait est que, avant sa mort, on n'avait pas eu l'idéede mettre en doute son orthodoxie. Dans son commentaire sur l'épitre aux Galates, il se montre fermement attaché aux grandes vérités ile la foi, soutenant la doctrine de la justification graf^nite et complète par les mérites du Rédempteur, et dédarant, en propres termes, que le Père et le Fils sont consvbsiantieU (1). Dans ce même commentaire, il porte à l'église romaine une blessure mortelle en niant la supré* TUatie de Pierre sur les apôtres, et en montrant que cette église s'était détournée de la foi, par une voie toute semblable à celle d'où l'apôtre saint Paul voulait faire revenir les Galates. Il soutient que Jésus-Christ est le seul chef de l'Eglise ; que la doctrine du mérite de l'homme n'a aucun fondement dans les Ecritures ; qu'il faut dire anathème aux traditions humaines données mal à propos pour apostoliques ; que la foi en Christ justifie et non les œuvres ; que l'Eglise peut errer; bien plus, qu'elle a erré; qu'il est inutile et condamnable de prier pour les morts ; que Rome enfin ne saurait se laver entièrement du crime d'idolâtrie. Conçoit-on que lesRomanistes aient osé s'attaquer à la mémoire d'un homme qui nous a laissé tant tl'écrils ? L'accuser d'Arianisme, quand il est manifeste que toute son hérésie a été d'intenter aux hérésies de

(-1) Voj. Faber'$ Ënqmry^ etc., voi. ipi, p. 306-329.

C|iAf>. II. TÉMOINS DE LA VÉftITÉ. 3i)

Téglifie roqaaiiie, {lérësies dont le nom est m légion, > une guerre ju^te H per&ev'érante !

A propos de I^ résistance que Claude de Turin fil aux orgueilleuses prétentions de l'évèque da Rome, il qe faut pas négliger de rappeler en passant que, durant Tespace de deux siècles* les évèques de Milan se prétendirent in<* dépandautsdu saint^siége, protestant avec chaleur contw une usurpation de date moderne. Ce fut aussi là uœ lumière qui )>i*ijla dans les téqèbres.

Ciaudie d^ Turin eut pour contemporain un homme 4'ui»e grande samteté qui, plei^ de la ccmnaissance die Dieu, écrivit avec Jt>eaucoup de force contre le culte àes image3 et rmvocation des i^nls. Dans son livre , il réclame l'indépendance de l'église gallicane, en déplorattt Jes empiétements du souverain Pontife, dont il parle , quoiqiii'<^ leimes un peu couverts , comme de r^nt^chri^t, C'^st Agobard, coadjulenr et successeur de ifcidrad « archevêque ide Ly^u^ Il est assez curieux que Rome ait canonisé Agobard, tout en mettant à l'index son livre contre les taUeaux et les images !

Agobard et Claude moururent , l'un en 804 et l'auitre an $39,. On doit voir dans tous les deux d'illustres té* moins dte la vérjjté. Du sein même de l'église romaine, ils défendirent plusieurs des doctrines que, plus tard, les Sélonnaieurs rendirent au monde civilisé.

Le X® siècle fut un triste temps pom* l'Eglise I La doctrine de la transsubstantiation commmçait à s'enseigner dans toute sa crudité ; Terreur et la superstition étendaient de jour en jour leur en^ire ; les moeurs se dépravaient de plus en plus. C'était comme les sombres nuages d'une tempête qui menace à la fois tous les points de rhorizon. Cependant la vérité n'y fut pas entièrement

privée de défenseurs. Le synode de Reims , Fan 992, alla jusqu'à flétrir le pape en lui appliquant son nom d*Antechrist. Le vénérable évêque qui présidait le synode , Arnulf d'Orléans , tint ce langage remarquable : c Le pape est destitué de vraie charité et de vraie connaissance , car il n'entend rien à la science du salut. Il n'est autre que l'Antéchrist qui s'assied dans le temple de Dieu. Et toutefois, qu'est-il déplus qu'une statue et une idole? C'est pourquoi ceux qui le consultent sont aussi coupables que ceux qui s'adressent aux faux dieux. N'est-il pas clair pour tout le monde, que la manifestation de l'Antéchrist se fait en sa personne, et que le mystère d'iniquité est maintenant à l'œuvre?... Que pensez-vous, révérends pères, de cet homme qu'on appelle le pape et qu'on voit siégeant sur un trône élevé , tout resplendissant d'or et de pourpre? Vide de charité comme il l'est, et enflé de son orgueilleuse science, il ne saurait être que l'Antéchrist assis dans le temple de Dieu(l). >

Au milieu du XIP siècle parut Pierre Waldo. Originaire de Valden en Piémont (2), il exerça le commerce à Lyon et il y fit une fortune considérable. Un jour qu'il était à (able avec un ami, celui-ci tombe mort, au moment où il proférait d'horribles imprécations : ce fut l'événement qui amena Waldo aux pieds de Jésus- Christ. Il est probable que, dans sa jeunesse, il avait été instruit des doctrines de l'Evangile par les Vaudois , en

(i) LÉGER, part. I, ch. 22.— Dr. J. Newton, Svt les Prophétie», vol. Ul, p. 161.

(2) Pour prouve de cette assertion, voyez Tadmirable induction historique contenue dans l'œuvre de Faber, déjà cité (/ngutry, etc. , liv. ni, cb. XII, p. 450).

son pays natal, et qu'il ne fallait plus qu'une impulsion de la grâce divine pour enrôler ses forces au service de la foi pure de ses ancêtres. Aussi le voyons-nous, immédiatement après sa conversion , et sans avoir eu besoin d'instruction ultérieure, ouvrir la campagne contre Rome. Abandonnant son commerce et les grands profits qu'il y faisait, il entre dans la vie missionnaire, sans s'inquiéter de l'opprobre qu'il y recueillera. L'apostasie romaine lui paraît si évidente qu'il la dénonce hardiment à la multitude, en tous lieux, c Rome, disait-il, a renié la vraie foi ; elle est la mère des impudicités dont parle l'Apocalypse, et le figuier stérile qu'a maudit notre Seigneur. Il ne faut pas obéir au pape , car il n'est pas le chef de l'Eglise. La moinerie, marque distinctive de la bête, est un cadavre infect. Le purgatoire, la messe, la consécration /des temples et l'invocation des saints, sont tout autant d'inventions du Diable (1). >

Parmi le nombre immense d'auditeurs qu'attira la prédication de Waldo, il y en eut plusieurs qui se joignirent à lui dans sa mission contre Rome. Le sujet sur lequel ils revenaient sans se lasser, était les vices et le luxe du pape et des cardinaux, leurs excès et leur arrogance.

Pierre était fort riche, et il faisait de sa fortune l'usage le plus noble et le plus chrétien ; sa conduite morale était telle que ses ennemis furent obligés eux-mêmes de l'admirer. Aussi eut-il dans ses travaux des succès inouïs. Le concile de Tours, convoqué par le pape Alexandre III, dut, malgré lui, enregistrer les progrès étonnants qu'avait faits l'hérésie par le ministère du marchand de Lyon et de ses disciples.

(1) LÉGER, Hisl, des Vaudois^ part. I, ch. ii. — Perrin» ch. L — db Thou, liv. VI, p. H8.

42 HISTOIHE PE LA DÉFORMATION. I^TAOO*

En attendaDt, Tévéque lui Intima 1^ àéfem^ de]3irécber, vu 6a qualité de Jaïqu^, le menaçant de l'excommunier s'il persévérait dans cette carrière illégale* A quoi Waldo répondit cqu'il s'a^ssait du^alut des âmes, et qu'il aimait mieux obéir à I^eu qu'aux hommeis ^ . L'évèque chercha vainement à s'emparer de lui; mais apnès avoir beau^ <:;oup souffert de la part des lémissaires de Borne, Waldo et les siens ise virent contrainte, en 1 166, à chercher un asile contre la rage de leurs persécuteurs. Ce Ait ainsi ^'ils portèrent la lumière de l'Ëvangile apostolique en Provence, en Languedoc, en Pic*airdie« datts les Pays-Bas^ en Flandre, en Allemagne et dam ia Bo* Ittème, où Waldo arriva l'aa 1170. Beaucoup d'ânm» â^'y convertirent par son ministère, et ce fut alors que se forma entre les Vaudois , les Boihèmes ^t les jNk)raves, une sainte ligue contre les doctrines et les eérémooies corrompues de l'église papale.

Waldo avait commencé ses travsmx en 1 1 60 et il moulut en Bohème l'an 1 179 • Ses disdples Bont généralement appelés les pauvres de Lyon , et le caractère distinotif que leur donne l'histoire, c'est leur zèle tpour l'évaugé* lisation« Ils eurent au plus haut point l'esprit mission-* naire.

Il serait aisé de prouver «par d'ahonda&tes ^^tations que , même <ians ses temps les plus ^cheux , l'égUse romaine ne cessa d'être avertie de ses coupables erreurs. Elle se vante de son unité non intenrompue , tandis Que» par le fait, touie son histoire, depuis le Vr au XV* siècle, n'est qu'un long récit de la IvMe acharnée des papes et des potentats contre ceux qui, .s'oppoMut aux usurpa*tîons de l'Eglise, furent, dans son propre sein, les auteurs de schismes profonds et durables.

CflAP«ll. TÉMOINS DE LA VÉRITÉ. 4S

L*Ângleterre eut aussi sa part de lumière au milieu des ténèbres. Déjà sous le règne de Henri II, quelques disciples d'un pasteur vaudois nommé Arnold portèrent leurs pas sur le territoire britannique. As y furent suivis à diverses époques par d'autres missionnaires , depuis l'an 1158 jusqu'à l'an 1515. Alors arriva d'Allemagne en Angleterre un ministre de Christ qui venait fortifier ses frères affligés. C'était Wallher LoUard. Dieu couronna son zèle du succès et du martyre. L'heureuse influence qu'il exerçait sur le peuple, lui attira, comme de coutume, la haine du clergé, ensorte qu'il dut quitter le royaume. De retour en Allemagne, il fut saisi par les Dominicains qui le livrèrent en 1523 au bras séculier, et il fiit brûlé publiquement à Cologne. Son -seul crime était d'avoir protesté courageusement contre les erreurs de Rome (1).

Cependant le nombre de ses adhérents s'accrut en Angleterre sous le règne d'Edouard III. Mécontent des prêtres, ce prince montra quelque faveur aux Lollards. Parmi les hommes qui épousèrent les opinions de cette secte méprisée, il y en eut un qui, par la puissance et la capacité de son esprit , comme par la hardiesse et Tin- Irépidité de son caractère , surpassa la plupart de ses contemporains même les plus distingués. Il s'appelait John deWickliffe, et il fut, au dire de plusieurs, l'étoile malînière de la Réformation. Qu'il ait soutenu les doctrines

(il) Voy. Mlair'i MéOory ifthe Wttid9nt0s, ^vol. I, p. 453.

et les principes des LoUards ouVaudois, c'est ce qui est parfaitement certain ; de plus , bien des faits attestent qu'il obtint la confiance particulière d'Edouard.

Par ses prédications et par ses écrits, Wickliffe contribua considérablement à ébranler l'édifice de la papauté» et il prépara les esprits à la lutte et au triomphe de la Réformation dont les approches se faisaient sentir. Né à Wickliffe, dans le comté de York, en 1324, il fit ses études à l'université d'Oxford. Toutes les forces de son intelligence se portèrent sur les objets relatifs aux saintes fonctions du ministère. Il devint habile dans la connaissance du grec et du latin, et au témoignage même de ses ennemis, il passait pour le meilleur théologien de son siècle. Mais il n'avait pas de plus douce occupation que l'étude approfondie de la Parole de Dieu ; aussi l'appelaiton communément « le docteur évangélique ; > beau titre à une époque si profane !

A l'occasion de la peste qui avait enlevé cent mille personnes dans la ville de Londres, il publia, l'an 1556, un écrit où il censure vertement l'ignorance et les vices du clergé. Il le représente comme la cause prochaine des jugements de Dieu, l'invitant à réformer ses œuvres et à produire des fruits convenables à la repentance. Il se mit aussi , avec beaucoup de zèle , à repousser les Dominicains dont quelques essaims se jetaient sur l'Angleterre, et en 1367 il fut au nombre de ceux qui les dénoncèrent à Rome. Lorsque les lords et les communes voulurent abolir le tribut que le roi Jean, comme les autres souverains de l'Europe, avait consenti de payer au pape, Wickliffe les soutint de toutes ses forces. Il les aida pareillement à dépouiller les cours ecclésiastiques de toute juridiction civile. Enfin , il se montra chaud partisan de

CHAP. II. TÉMOINS DE LA VÉEITÉ. Ao

la loi qui interdisait aux membres du clergé les fonctions politiques.

On comprend qu'une telle conduite ne lui valut pas une bonne note auprès du pape; aussi se vit-il, en 1570, privé d'une place élevée qu'il tenait de lui. Mais l'ardeur de Wickliffe n'en iîit point abattue. Les menaces de Rome ne pouvaient détruire le témoignage de sa conscience; et d'ailleurs beaucoup d'amis puissants lui assurèrent leur protection. Aussi, deux ans après avoir encouru la disgrâce de Sa Sainteté , Wickliife obtint le grade .de docteur en théologie et une place de professeur à l'université d'Oxford. De ce moment, il écrivit sur divers sujets plus ou moins en rapport avec son office. Ses traités contre les riches mendiants et contre les mendiants paresseux , et celui sur la pauvreté de Christ, rendirent de grands services dans un temps où les exigences pécuniaires de Rome étaient devenues exorbitantes.

Dans son ouvrage sur le Décalogue, Wickliffe condamne avec force le culte des images , l'invocation des saints et la doctrine du purgatoire. 11 déplore, du ton de la vraie piété, l'habitude des jurements qui souillait la bouche même des prélats. Il y trace d'ailleurs expressément les grandes lignes du système connu sous le nom de système évangélique.

L'Angleterre commençait à s'indigner des empiétements toujours plus scandaleux de la cour de Rome , et elle faisait entendre ses plaintes aux autorités du pays. Wickliffe s'y joignit de tout son cœur ; car il ne parait pas avoir jamais tenu le pape pour infaillible, ni son autorité pour absolue.

En 1374, il fit partie d'une ambassade qu'on envoya vers le pape , alors à Bruges , afin d'obtenir le redresse-

ment de quelques griefs. Profondément dégoûté par tout ce qu'il vit et entendit , Wickliffe revint en Angleterre avec la conviction que la suprématie du pape ne servait qu'à accréditer, sous le voile d'une grande dévotion, des habitudes d'ambition, de mondanité et d'avarice.

A son retour de Bruges , il obtint, par la protection royale, la paroisse de Lutterworth et un siège de chanoine à Aust. Mais trois ans après, Courtney, évêque de Londres, l'accusa d'hérésie devant la convocation du clergé. Jean de Gand, duc de Lancaster, et lord Percy se rangèrent du côté de Wickliffe , et au jour fixé pour les débats, il y eut , sur la question de savoir si l'on donnerait un siège à l'accusé , une altercation si violente entre le duc et Courtney, que l'on ne put procéder outre.

Edouard III étant mort, le protecteur de Wickliffe fat nommé par Richard II président des Communes ; et l'on demanda au Réformateur, de la part du roi et du parlement, son opinion sur les droits du pape aux subsides que lui payait l'Angleterre. Sur quoi Wickliffe répondit < que le pape^était déjà trop riche, tandis que les dernière» guerres avaient mis de l'embarras dans les finances du pays ; que les subventions ecclésiastiques devaient être envisagées comme une aumône ; et que l'Eglise ni ses biens n'étaient nullement inféodés au pape et aux évoques (1). >

Dès que le souverain pontife connut la réponse de Wickliffe , il le dénonça à la fois au roi , à l'évêque de Londres et à l'université, en le citant devant un synode qui devait s'assembler dans la chapelle de Lambeth , au commencement de 1378. Mais Wickliffe était tellement

(i) Dr, VaughafCê WicMiffê, ch. IV.

CBAP.tU TÉMOmS DE hk VÉBITÉ. 47

aimé du peuple^ que la foule s'assembla devant }a dia* pelle, et avec un aspect si formidable , que ses juges n'osèrent pas seulement siéger.

Cependant il avait rédigé un mémoire qtt*il destinait aux évèques. Il y demandait d'être jugé d'après la parole de Dieu, déterminé qu'il était à maintenir la loi de Jésus* Christ. Le genre humain tout entier, disait-il, n'a pas le droit de conférer à Pierre et à ses successeurs le gouvernement du monde* Dieu lui-même ne le pourrait sans se démentir, puisqu'il a promis que son épouse serait libre. Nul ne saurait obtenir un héritage étemel en vertu de titres humains , qu'mi préfère souvent aux Ecritures. Le pape n'est point impeccable. Cardinaux, prêtres et laïques sont tenus de le reprendre quand il s'égare, et même de le mettre en accusation,Ie cas échéant. Si des ministres ne remplissent pas leurs devoirs, les magistrats peuvent légalement les priver de leurs revenus , et cela nonobstant les censures ecclésiastiques. Il ajoutait d'ailleurs que tout pécheur justifié jouit actuellement de Dieu ; qu'un simple prêtre peut aussi bien administrer les sacrements qu'un évêque ; que la discipline de l'Eglise ne doit pas revêtir les caractères de la justice civile, ni celleci s'appuyer sur celle-là ; que le pouvoir c de lier et de délier » suppose chez celui qui l'exerce, qu'il se fait simplement l'exécuteur de la loi de Christ. Enfin , dans un écrit qu'il publia peu après , il s'élevait contre l'emploi de la contrainte dans le recouvrement des frais du culte, déplorant l'abandon qu'on avait fait, sous Constantin, du système volontaire, et voyant en cet acte une corruption de l'Eglise et l'adoption par elle d'un principe tout mondahi.

Comme on le croira sans peine , une telle exposition

de doctrine exaspéra la cour de Rome au plus haut degré (1).*

Dans son traité sur de Schisme des papes, >Wickli{fe fait sentir avec force la nécessité d'une réforme dans TEglise, par la considération même de l'état où se trouvait le pontificat, c Christ, dit-il, nous a déjà tendu sa main secourable en fendant en deux la tête de l'Antéchrist , et en faisant battre l'une contre l'autre les deux moitiés (2). >

Ce fut dans ce même temps qu'il acheva son livre sur <r la vérité et le sens des Ecritures. > Entre autres sujets qu'il y traite , et où il se montre bien supérieur à son époque, il parle de la suprême autorité de la Parole de Dieu et des droits inaliénables de la conscience individuelle , et il le fait en des termes qui attestent la clarté et la pureté de ses conceptions. Il est sûr aussi que l'on comprend toujours mieux par cet écrit combien Wicklifîe devait être odieux à la hiérarchie romaine , car il en attaquait la puissance dans sa source même.

Epuisé par tous ces travaux , il fit à cette époque une maladie qui le mit aux portes de l'éternité. Ses amis étaient dans les larmes , tandis que ses ennemis triomphaient. Des députations de moines des quatre ordres se présentèrent devant lui pour l'engager à rétracter publiquement ses écrits contre l'Eglise. Ce fut une scène qui eut quelque chose de sublime. Le Réformateur se fit asseoir sur son lit , et dirigeant ses regards sur ses confesseurs, il leur dit d'une voix ferme : < Je ne mourrai point, mais je vivrai, et je raconterai les mauvaises œuvres des

(1) Blair's Waidentes, vol. I» p. 459. — Vaughan's WicMiffe, ch. V.

(2) Ce fut eo 1378 que commença le grand schisme d'Occident, qui dura 71 ans, et durant lequel il y eut deux Papes et quelquefois trois Papes simultanément. (Trad.)

religieux. > Effrayés de ces paroles , et plus encore du ton qui les accompagnait, les moines laissèrent le ma« lade , emportant avec eux une prophétie que les événements se chargèrent de leur rappeler plus tard. Il faut remarquer en effet qu'environ trois cents des sermons de Wickliffe échappèrent à la furie de ses persécuteurs et qu'ils devinrent» entre les mains de Dieu, comme une verge dont il châtia moines , cardinaux et papes » bien longtemps après la mort de leur auteur.

Ce qui caractérise particulièrement l'activité religieuse derhonune éminent dont nous résumons l'histoire, c'est le zèle avec lequel il ne cessa de prêcher, selon le commandement du Seigneur, le glorieux Evangile du Dieu bienheureux. Et il est d'autant plus digne de l'observer, que l'église romaine avait presque renoncé à la prédication, sauf lorsqu'il s'agissait de défendre son abominable idolâtrie. Quant à notre Réformateur, il prêchait la Parole c en temps et hors de temps, > d'où il résulta que la connaissance de Dieu se répandit et que des milliers d'âmes reçurent les vérités du salut, c Prêchez toujours, disait-il, et n'eussiez-vous qu'une petite assemblée de bonnes gens. Christ bénira votre travail. > Puis il pressait le peuple de régler ses jugements sur ceux de l'Ecriture et non sur le bon plaisir du Pape et des évêques, lesquels , avait-il coutume de dire , ressemblent plus à des empereurs qu'à Jésus-Christ.

Au printemps de l'année 1381, nous trouvons Wickliffe à Oxford , enseignant publiquement que le pain et le vin de la Cène ne doivent point être envisagés comme s'ils étaient Christ lui-même, ni en tout ni en partie, mais simplement comme un signe efficace de sa présence. Tandis qu'il protestait ainsi contre la transsubstantiation,

ce dogme favori du papisme, Il reçut du chânéètîei^ de l'Université la défense de reparaître en pùMîc. Dès ce moment, il fat contraint de n'annoncer lé conseil de Dieu qu'à son petit troupeau de Lutterworth ; iomi sa plume ne perdit rien de sa courageuse activité.

Le 17 mai , son ancien ennemi Courttiey , primat du royaume , réunit à Londres un syftôde de moines Attquel il déféra les doctrines de Wickfiffe. Le roi et son gouvernement étaient pour le cleiTgé ; inâis le nôWem dhMtte^ lier de l'Université prit le parti du Héform^téu*. Dans une harangue violente, Târ'chevéquè , ctôyistt flétrir Wickliffe et ses adhérents , les désigna ^at^ lé limi de LoUards, et^ avec beaucoup de vérité, KeU qu'à mk\i^ vaise intention, il les accusa de nief le ponvoîf déS iudut gences, l'autorité du pape , la validité de la éoufefeSten auriculaire , la convenance d'invoquer ïés sarUtS^ tf épaisses, la légitimité du culte des imagés et des féliqués, enfin la réalité des miracles qui s'opéf aient dans Tégfisè romaine. Le Parlement, se rangeant du (iàté dé éette église corrompue, décréta prise dé corps couifé tous ceux qui soutenaient l'hérésie. Courtney fut retêtu ée la charge de grand inquisiteur, et lés sheriffs reçurent l'ordre d'obéir aux évêques. Ce fut en Vain que Wickliffe adressa des re{>ré$entations au roiïtichai*d ; mais il n'eu demeura pas moins ferme dans ses principes , et il le déclara noblement devant la convocation du clergé de 1382. Cet acte de courage chrétien le fit rayer du t*ôle de l'Université , et le pape Urbain le cita à Comparaître en sa présence dans la ville impériale. Wickliffe répondit à cette citation, qu'il ne pouvait suître le pape que juâqu'oii le pape lui-même suivait Jésus-Christ.

Le nombre de ceux qui adhérèrent à ses doctrines.

CHaP. 11. TÉMOINS DE LA TÉ1IITÉ« 51

malgfë tant devenations, fat extrèmenieiat considérable. Il en est qui le portent à la moitié de la popahrtkm do royaume. Ce nombre est exagéré sans doiEite. Toujours est-il qu'on ne vit jamais peut-être vm homme exercer une influence pareille ; mais c'est qu^il avait pour lui le Semeur et la vérité.

Jusqu'à l'heure de sa mort, Wickliffe continua de diri* ger cof^fre Romfe des armes vigoureusement trempées. Ses ennemis étaient {rfeins de rage ; mais , en dépit de leurs intentions sanguinaires , il plut à la scmveraiae Providcirce de te garantir de leur malice, et il fut appelé dans la joie de son Seigneur au moment même où il distribuait la Cène à ses paroissiens, le 51 décembre 1384.

Ses nombreux écrits se répandirent au loin après sa mort , et jetèrent partout les germes d'une réformation prochaine. Comme la reine, femme de Richard, était originaire de Bohême, il y eut des relations toutes naturelles entre l'Angleterre et cet illustre pays , qui avait déjà recueilli Waldo de Lyon et d'autres témoins de la vérité. Ces lumières vinrent se concentrer en Jérôme de Prague et en Jean Huss qui, l'un et l'autre, reçurent la couronne du martyre au concile de Constance.

Du reste, il faut dire, pour terminer ce qui concerne les LoUards, que, depuis l'an 1392, ils furent en Angleterre victimes d'horribles cruautés ; mais , par la grâce du Seigneur, le plus grand nombre d'entre eux demeurèrent fermes jusqu'à leur dernier soupir.

Cette revue rapide nous montre qu'il n'est pas une seule des vérités de la Réformation, qui n'ait eu des défenseurs dans ces siècles de ténèbres et malgré la triste servitude sous laquelle gémissait l'Eglise. Le grand Réformateur de l'Allemagne n'a point encore paru, que nous

voyons déjà ses opinions portées , comme un écho , de royaume en royaume, par la voix même de Dieu.

La nuit est lelle que les témoins mêmes de la vérité s'en ressentent ; mais enfin , c'est l'étoile du malin qui annonce l'approche du jour.

Rome, dans son apostasie, ne fut jamais en tranquille possession des peuples de l'Europe; Dieu se conserva toujours une race fidèle qui , résistant au joug, ne manqua poiut de protester contre les nombreuses défections de l'Antéchrist. C'est un fait d'une haute importance et qui ressort, avec une grande clarté^ du tableau que nous venons de retracer.

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