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mais comme Luther revenaU à Erfurt, et non loin de cette ville , il est surpris par un violent orage. Le ciel se couvre de ténèbres , image trop fidèle de l'état de son âme; l'éclair sillonne la nue, comme les flèches du Tout- Puissant dans sa conscience agitée ; le tonnerre gronde avec la terrible majesté de la voix de Dieu. Luther avançait en tremblant , quand la foudre éclate à ses côtés et s'enfonce près de lui dans la terre. Muet, éperdu, il tombe sur sa face , persuadé que l'heure du jugement a sonné pour lui. Cependant il reprend ses sens , et se relevant de terre , tel qu'un mort qui recouvre la vie , il rend de vives actions de grâces au Dieu puissant qui vient de l'épargner. Mais ce Dieu, toutefois, est, aux yeux du docteur en philosophie , le vengeur du crime et non pas encore un ami. Que faire donc pour calmer la frayeur qu'il inspire, pour acquérir la pureté qui lui plaît? Mille fois Luther entendit vanter les bienfaits de la vie monastique, et se persuadant follement qu'il y trouvera ce que son âme désire, il prend la double résolution de renoncer aux études de droit et d'entrer dans le couvent des ermites de Saint-Augustin à Erfurt. Ferme en son projet, Luther gagne sa nouvelle demeure, le 17 août 1505. Il s'imaginait avoir vaincu le monde , et s'être donné tout entier à la contemplation et à l'amour de Dieu ! <r Plaise au Seigneur , > lui écrivait son sage père , c que vous n'ayez pas pris une illusion de Satan pour un signe du ciel. »
Hélas ! notre Luther n'eut pas besoin d'être longtemps au couvent , pour voir à quels hommes il avait à faire. Les moines le traitaient avec dureté et lui imposaient les travaux les plus vils , à lui le docteur Martin Luther, qu'on appelait maintenant le frère Augustin. Il fallut
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remplir les fonctions de portier, femoirtef Thorloi^e, balayer Téglise, nettoyer les cellules dés moines et pis encore. Puis, lorsqu'il avait fait sa besogne, ott l'envoyait avec tïn grand sac solliciter de porte en porte les aumônes qui affluaient chaque semaine dans le couvent d'Erfurt. C'était assurément une rude mortification de la chair ; mais le jeune moine avait résolu de fournir la carrière jusqu'au bout.
Cependant , après ses louri^es , il cherchait la solitude et reprenait ses travaux littérairef. Alors venaient les supérieurs du monastère qui lui criaient d'une voix tonnante : < Allons ! allons ! ce n'est pas en étudiant, niaiâ en miendiant du pain , du blé , des œufs , des poissais , de la viande et de l'argent que l'on fait les affaires du cldkte. >
Tout cela ^ns doute servit à dompter son esprit et a humilier son orgtteiï, jusqu'à ce qu'enfin l'université dont Ltiffaer était membre, obtint du prieur des Augustifi» qtl'on le dispensât de ces fonctions serviles.
Avec quel plaisir inexprimable ne retouma-t-îl pas à se^ chers livres, où il avait à faire de nouvelles connaissances et de bien importantes. Ainsi, les œuvres de Saint Atigostin attirèrent particulièrement son attention, et notainmeiïf son Commentaire sur le livre des Psaumes. Rien ne lui fit plus d'impression dans la lecture de ce Père, que ses vues sur )a corruption du cœur humain et sur la souveraineté de la grâce divine. Les doctrines de saint Augustin s'accordaient si bien avec ses propres convictions ; et d'ailleurs , elles ressortaient si naturellement de ce qu'il connaissait des saintes Ecritures ! Il avait trouvé au couvent une vieille Bible retenue à sa place par une chaîne, et il ne cessait de la consulter.
CnMP.l. l^ALliMAGNE ET LutRen. 63
G'étâH \k inuifflent son ïîrre far?ori. Av«c David, < H lé méditait tout le jonf , i et maint emnl qu'il poiiTàit le Kre dans l'original , îl en sentait de phts éfn plus les béantes^.
Qoelquefcôs entraîné par l'élnde, il lui arrivait de né^ gliger les pralines exigées par les règles de Tordre. C'est alors qu'il si'imposâfft poiir peine toutes sortes de morlific&tîons ; car il ignorait encore que < Fexerciee corporel est «itik à peu de chose. » Maia ptos il luttait de la sorte eontre le mal, phis eelui-K^i gagnait de terMrn. Il jeêottafl, il priait, il teillait des nuits entières, il se dé^ dbiiiaitle cofpd^et te«t cela en pcire perte. La chair tiicnn* I^it et le GC&nr ne se dépouillait pas du pëchpé. Il ne trou- Ysût pats la Yitiie jMtice , k iM&&a même de ce c qu'il la diercliiait Comme par àe» œutres de toi^ Aussi derivaittl pixk^ tard au duc George de Saiie : t Vraiment , j'ai été nu moine pieut t et j'ai suivi les règles de mon ordre si sévèrement que je ne saurais le dire. Si jamais moîne était entré dams le ciel par sa moinerie, certes, j'y serais entré. C'est ce ôoiêA peuvent rendre témoignage tous les rcAigietix ^i nt'ont connu. Si cela eàc dû durer longtemps encore, je me serais martyrisé jusqu'à la mort à forée de teilles » de prières , de lectures et d'autres travant^(l)i.
Ni les doetrinei^, ni les pratiques monacales ne proco^ raient doQ<^ la pars au cénobite. Il se faisait de trop justes idées de la sainteté de Dieu et de la perfection de ses lois, pour se reposer uniquement sur celte incessante répétition de cérémonies extérieures ; et puis , en sondant les divers motifs qui l'animaient^ il voyait assez comijen ses actions en étaient souillées^ Toujours plus
(1) Mbrlb d'âubigné, t. I, p. 171.
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misérable , il tomba dans un désespoir qui menaçait son existence. Mais le Dieu des miséricordes eut pitié de ses angoisses , et lui envoya le messager de paix, dont son âme avait besoin* Staupilz , vicaire-général de Tordre, avait été amené d'une manière remarquable à la connaissance du salut par la foi au^Rédempteur. Il était ami de Frédéric-le-Sage, fondateur de TUniversité. Chef des moines Augusitins , il dut à cette époque visiter le couvent d'Erfurt, et ce fut un grand événenlent pour le monastère. Staupitz prit garde à tout; maiaun moine en particulier excita vivement sa compassion. C'était un jeune homme amaigri par l'étude, et sur la physionomie duquel se peignait un profond abattement. Le vicairegénéral connaissait toute son histoire. Il entre en conversation avec lui et gagne sans peine sa confiance. Luther lui raconte ses angoisses et l'inutilité de ses efforts pour vaincre le péché. Staupitz avait passé par les mêmes épreuves et il dit à son jeune frère : « Pourquoi te tourmentes-tu de toutes ces spéciflatiens et de ces hautes pensées ? Regarde aux plaies de, Jésus-Christ , au sang qu'il a répandu pour toi : c'est là que la grâce de Dieu t'apparaitra. Au lieu de te martyriser pour tes fautes, jette-toi dans les bras du Rédempteur. Confie-toi en lui, en la justice de sa vie , en l'expiation de sa mort. Ne recule pas ; Dieu n'est pas irrité contre toi, c'est toi qui es irrité contre Dieu. Ecoute le Fils de Dieu. Il est devenu homme pour te donner l'assurance de la faveur divine. Il te dit : Tu es ma brebis ; tu entends ma voix ; personne ne te ravira de ma main (1).
C'était une doctrine toute nouvelle pour Luther, et il ne
(1) Merle b'Aubigné, t. I, p. 180.
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la reçut pas de prime*]5aii\. Copmept s'assurer en la faveur de Dieu, avant (Tavôirâq^aaipli certaines conditions j^éliminatres f c II fajit, > répliqua^f;]! , c queje «hange pouE que Dieu m'accepte. >• On loi avait appris à chercher la gnice divtoe par' le'ûioyen de mîUe observances ; il n'était pas facile de renoncer à cette idée et d'aller au trône de la miséricorde comme un pauvre pécheur qui n'arien ^etne peutrieÉ.*« Il n'y a, > dit Staupitz; c de repebtance ^ritable que cellg qui commence par l'amour de Dieu et • de la justice. Ce quelles autres s'imaginent être la fin. et ^accomplissement de la rêpentance, n'en est au contraire que le comnféncement. Pour que tu sois rempli d'amour pour le bien, il faut avant tout que tu sois rempli d'anîour. •pour Dieu. Si tu veux te conveitir, ne recherclîe pa§ toutes ces macérations et ces martyres. Aime celui qui t'a^aimé le premier (1 ) > .
£les paroles, t[ue Luther écoutait ayac avidité, tombèrent au plus profond^ de son âme. Une lumière céleste . ' lui fit -voir qu'en eftet l'amour de Dieu est le puissani levief par lequel l'humanité se relève , et qu'il ne saurait y avoir d'espérance pour le pécheur sinon dans la souveraine grâce de celui <r qui a tant^aimé le «monde .que de donner «son. Fils unique, afin que quiconqua croit en lui^ ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. >
La bonn^ œuvre commencée de la sortt devait çubir de nouvelles épreuves. Pendant quelque temps Luther semblait avog: saisi la vraie doctrine <lu salut ; mais des doutes* reparureiit , et/iispersée par eux, sa paix s'évanouit. Retombant dans sonpremierxiéêoucagement, il/ut^derechef malade à la mort. Il alkit , pensait-il , paraître de-*
(1) Mbrle d'Aubionë, vol. I, p. 1.81.
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vant Dieu , et cette pensée le désespérait. A 6e moment critique, un vieux moine entrç dans sa cellule, fie n'était pas ua habile* théologien comme Staupitz ; mais il possédait la paix de l'âme , et Sachant d'où elle lui venait, il s'efforçait d'exprimer» ce . qu'il avait goûté , senti , et touché de la bonne Parole de vie. Il attira l'attention du malade sur ce seul mot du symbole des apôtres : « Je crois la rémission des péchés. > Heur eu^ pensée que le». Saint-Esprit daigna bénir. « Je crois^la rémission de$ péchés, > répète le jeune péMtent tout en I^mes. c Ah ! ' s'écrie le vieux moine , il ne s'agit pas de -croire seul^ ipent que les péchés de David et de Pleine leur sont pardonnes ; les démons eux-mêmes le croient. Le coqlmandèment de Dieu eiU que nous croyions au pardon de* nos péchés à nous. • — Dès cet instant Luther retrouva la paix ,'et sa santé ne tarda pas à se rétablir. U avait passé par les eaux prqfoftdes , mais sa joie en Ghriift n'en fat qpe plus vive.
, Le 2 mai 1507, Luther fut consacré prêtre devant son père qu'il avait invité à la cérémonie et qui ne lui *avait pas encore pardonné. de ^'être enfermé dans un dottre. Le bon vieillards sans dissimuler la peine qu'il en éprouvait encore, se conduisit avec son fils d'une manière affectueuse, et lifi fit même présent de vingt florins .
Après trois années , durant lesquelles Luther prêcha . fréquemment, soit au couvent, jsoit dans les lieux du voisinage , la Providence lui ouvrit une carrière à la fois plus bell^ et plus difficile. ^L'Université de Wittembçrg venait d'être fondée par l'fllecteur de Saxe , d'âpre les conseils de Staupitz. U fallait un professeur de physique et de dialectique.*Recommandé par le vicaire-général, Luther fut appelé à cette place honorable et délicate.
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Bien qu'il n'eût que vingt-cinq ans, il ne laissa pas de se faire promptement un nom parmi ses collègues et parmi les savants de son époque.
Quoiqu^il n'aimât guère la philosophie d'Aristote , ce fut pourtant ce qu'il §e vit dans ^obligation d'enseigner. Le travail auquel il se livra ne fut pas sans utilité pour la lutte où il dut s'engager plus tard contre les erreurs de l'école ; eh attendant il désirait vivement d'échanger cette étude contœ celle de la théologie , mais <r de cette théologie, > disait-il,' « qui recherche le fruit jfle la noix, la pulpe du froment, et la moelle des os (1).»
Pour acquérir le droit de professer la science vers lafuelle toul son cœur se portait, Luther se fit conférer, l'an 15ê9, le grade de bachelier en thédogie. A partir de cette époque*, il donna tous les jours une leçon sur la Parole de Dieu, leçon à laquelle assistaient les professeurs et les • étudiants.* C'est ainsi qu'il expliqua le Livre des Psaumes et l'Epitre aux Romains. En méditant la doctrine du grand A{>ôtre des Gentils , il vil sous un jour tout nouveau le dogme de la justification. Ces mots entre autres : c Le juste vi«rra parla foi > , se tracèrent dans son âme en traits ineffaçables.
jam^, mk n'avait entendu des leçons pareilles. Aussi y accourait-on de tous les points de l'Europe. Mellestadt, un èe^ hommes éminents de son siècle, disait, après les avoir suivies quelque temps : c Ce mdhe déroutera tous les autres docteurs ; il introduira une nouvelle doctrine, et réformera toute l'Eglise ; car il se fonde sur l^iparole de* Obrist , et personne au monde ne peut ni combattre ni renverser cette parole , quand même on l'attaquerait
(1) Merle d'âcbigné, vol. I, g. 193.
avec toutes les armes de la philosophie, des sophistes, des Scottîstes, des Albeftistes et des Thomistes (1), *
Bientôt Stailpitz invita jLutber à prêcher dans Téglise des Augustins. C'était une vieille petite chapelle en bois, au milieu d'une place de Wittemberg. Moitié par modestie, moitié, semble-t-il, par pressentiment des efifets immenses qu'allait produire sa prédication, Luther hésita beaucoup à faire ce qui lui était demandé, c Ce n'est pas une petite chose, disait-il , que de parler aux hommes à la place de Dieu > !
La réputation de Luther comme prédicateur ne se fit pas attendre. Dès son premier sermon, il eût sa place à part dans Topinion générale. Ce n'était pas le Ichoix seul de ses sujets qui le distinguait de ses contemporains ; mais la chaleur de ses sentiments, la facilité de sa^arole,' une physionomie qui exprimait toutes les émotions de son âme, un organe enfin et des gestes qui étaient en*par- . , faite harmonie avec le reste ; voilà ce qui faisait de lui un orateur éminent. Ses discours sortaient d'ailleu]:^ d'un cœur plein de bienveillance ; en sorte qu'ils avaient tout à la fois une autorité et une onction sans légales. Aussi Bossuet ne lui a-t-il qu'à moitié rendu justice en disant qu'il avait < une éloquence vive et impétueuse , qui entraînait les peuples et les ravissait > •
La popularité du prédicateur devint telle, que la petite église des Augustins ne put plus contenir la foule qui s'y pressait. « Le conseil de Wittemberg ayant alors choisi Luther pour son prédicateur, celui-ci dut prêcher dans l'église de la ville. L'impression qu'il y produisit fut encore plus grande. La force de son génie, l'éloquence de
(1) llBRLE D'AUBIGNÉ, VOl. I, p. 195.